L’olfactothérapie : le pouvoir de sentir et l’art de ressentir

olfactotherapie

« De tous les sens, l’odorat est celui qui me frappe le plus. Comment l’odeur, le goût, se font-ils parfum, comment nos nerfs se font-ils nuances, interprètes subtiles, sublimes de ce qui ne se voit pas, ne s’entend pas, ne s’écrit pas avec des mots ? L’odeur serait comme une âme, immatérielle. » Ces phrases de Marcel Hanoun, cinéaste et penseur, illustrent poétiquement les mystères de l’olfaction.

D’après une étude récente(1), l’être humain peut distinguer mille milliards d’odeurs différentes. Pendant longtemps on a estimé que l’odorat était un des sens le moins développé chez l’homme. Il est vrai que notre muqueuse nasale ne représente guère que 3 cm2, contre 30 à 100 cm2 chez le chien ! Certes, nous avons perdu au cours de l’évolution nombre de nos gènes olfactifs (environ 60 % d’après les études les plus récentes), nous ne nous servons plus de notre odorat pour flairer notre proie ou pour retrouver notre chemin. Néanmoins, le bébé humain, « le plus beau des mammifères »(2), rampe, guidé par son odorat, jusqu’au sein de sa mère dès ses premières minutes de vie. Il parvient à reconnaître l’odeur de sa mère dès son troisième jour d’existence. Les premiers liens affectifs de l’être humain passent donc par l’odorat. Le système olfactif est l’un des premiers à se développer chez le fœtus (dès sa 8ème semaine)(3) et in utéro, les odeurs véhiculées via le liquide amniotique lui offrent ses premières expériences olfactives.

Tandis que la vue se développe, il semble que le sens de l’odorat s’amenuise chez l’homme d’autant que notre société moderne mène la vie dure aux odeurs jugées « désagréables », notamment les odeurs corporelles naturelles.

Il apparaît que les femmes sont plus douées que les hommes (une fois de plus !) pour « détecter, identifier, discriminer et mémoriser les odeurs ».(4) Cette finesse de l’odorat féminin peut être multiplié par 100 à certaines périodes de leur cycle !(5)

L’odorat, en lien direct avec le cerveau

Notre muqueuse olfactive, située dans la cavité nasale, est composée de récepteurs directement connectés au bulbe olfactif du cerveau. Ces récepteurs neuronaux baignent dans le mucus aqueux sécrété en permanence par des cellules glandulaires et sont renouvelés tous les deux ou trois mois.

Les molécules chimiques odorantes volatiles présentes dans l’air entrent en interaction avec les récepteurs olfactifs et peuvent déclencher un influx nerveux provoquant un ensemble de réactions biochimiques avant d’atteindre la région préfrontale du cerveau, qui abrite le bulbe olfactif. Ce dernier trie et décode les informations, puis les projette sur les aires corticales. Ce sont l’hypothalamus, le cortex et le système limbique qui les interprétent en tant qu’odeurs chargées de sens. Le cortex, siège de la perception rationnelle, identifie et conscientise le message olfactif. L’hypothalamus teinte « affectivement » le message olfactif. Quand au système limbique, siège de la mémoire émotionnelle (hippocampe) et du plaisir, il génère une réponse biochimique.

Ainsi, l’odorat est un sens primaire, en lien direct avec notre système limbique, contrairement à la vue ou l’ouïe qui empruntent des voies plus complexes.

Partant de ce constat, il est aisé de comprendre comment ce sens, en lien direct avec nos mémoires les plus profondes, peut influencer notre humeur, notre comportement et plus notre santé au sens large. L’étude des états cérébraux montre comment les odeurs influencent notre fonction respiratoire, notre rythme cardiaque, notre mental…

Certaines perceptions olfactives nous influencent sans que l’on ne puisse les conscientiser. On parle alors d’un « effet subliminaire ».(6)

Les huiles essentielles, messagères mémorielles

Les huiles essentielles, concentré de molécules aromatiques, constituent par conséquent un formidable support thérapeutique. Leurs innombrables champs d’action se retrouvent en olfactothérapie, en agissant sur les différentes fonctions de notre organisme et en rééquilibrant notre terrain.

Les molécules aromatiques sont un moyen d’équilibrer notre système nerveux et nos comportements. C’est une voie privilégiée pour libérer certains blocages émotionnels ou pour contrer des phénomènes d’addiction.

Les travaux du Dr Beghin(7) mettent en évidence l’activité des molécules aromatiques sur les différentes zones du cerveau. Cette lecture fort intéressante permet de formuler des choix thérapeutiques ciblés. Ainsi, le Dr Baudoux propose des associations moléculaires pour stimuler ou apaiser nos différents cerveaux. Par exemple, afin de libérer le cerveau droit et laisser émerger notre sens artistique, un mélange d’huiles essentielles de lavande vraie (Lavandula Vera), de cèdre (Cedrus Atlantica), d’ylang-ylang (Cananga Odorata) est bénéfique.

Afin de se libérer d’une dépendance au tabac, le mélange suivant(8) est proposé :

Santal (Santalum Austracaledonicum) 0,5 ml

Eucalyptus globulus 0,5 ml

Cyprès de Provence (Cupressus Sempervirens) 0,5 ml

Camomille noble (Chaemaemelum nobile) 0,5 ml

Menthe des champs (Mentha Arvensis) 1 ml

HV de noisette qsp 10 ml

Cette formule peut être utilisée par la voie sublinguale (l’oralité étant un paramètre important dans le sevrage) en absorbant 3 à 4 gouttes à chaque pulsion.

Par voie olfactive, 3 gouttes seront déposées sur la face interne des poignets. Il s’agit ensuite de rapprocher du nez les mains jointes et respirer longuement et profondément le mélange.

Ce geste pourra être reproduit 2 à 3 fois successivement à chaque pulsion.

Les récepteurs gustatifs et olfactifs, fortement liés, sont ainsi saturés et apaisent les pulsions. Il est ainsi possible de réguler, en complément d’un accompagnement thérapeutique adéquat, des comportements néfastes pour la santé tels que la boulimie, l’alcoolisme ou les phénomènes de dépendance de tous ordres.

Par son lien direct avec notre rhinencéphale (cerveau limbique), l’olfactothérapie constitue une alternative thérapeutique réelle et permet des ouvertures encore mal mesurées. Certaines expériences ont été menées avec des patients dans le coma afin de susciter des réactions, ou avec des personnes ayant subi des traumas physiques afin de les aider dans leur rééducation.(9)

Salvador Dali disait que l’odorat était, parmi nos cinq sens, celui qui nous transmettait la « meilleure impression de l’éternité ».

Qui n’a jamais fait l’expérience d’une plongée dans nos souvenirs intimes suite à une expérience sensorielle en lien avec une fragrance ou une saveur qui nous ramène instantanément à un état antérieur, à une émotion, à un fragment de vie ? Marcel Proust a formidablement décrit ce phénomène avec sa madeleine de Combray : « …à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. II m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? »(10).

Il en est de même pour se reconnecter à une situation vécue, pour renouer avec l’origine d’une frayeur ou à l’inverse d’une joie ou d’un état de bien-être.

Alors, à vos fioles ! Et laissez vous porter !

Avertissement :

Les huiles essentielles sont des remèdes puissants. Demandez conseil à votre médecin, votre naturopathe ou votre pharmacien pour en connaître les modes d’utilisation.

Sources :

. FAUCON M., Traité d’aromathérapie scientifique et médicale, Editions Sang de la Terre et Médial, 2012

. FRANCO S., Cours d’Aromathérapie, Ecole de naturopathie Aesculape, 2014

. WILLEM J.P, Les huiles essentielles, médecine d’avenir, Editions du dauphin, 2002

. http://www.olfactotherapie.com

1) http://www.journaldelascience.fr/cerveau/articles/lhomme-sait-distinguer-1000-milliards-dodeurs-au-moins-3487

2) Référence au merveilleux livre de Michel ODENT, Le bébé est un mammifère, Editions L’instant présent, septembre 2011

3) http://naitreetgrandir.com/fr/etape/0_12_mois/developpement/fiche.aspx?doc=naitre-grandir-developpement-sens-odorat

4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Olfaction

5) http://www.psycho-ressources.com/bibli/femmes-et-hommes.html

6) Voir expérience de Radil en 1998, cité par André Holley in Eloge de l’odorat, Odile Jacob, 1999

7) Cité dans l’ouvrage de Michel Faucon, voir sources

8) Cours d’aromathérapie, Ecole Aesculape, Samuel Franco

9) http://www.topsante.com/medecine/medecine-divers/hopital/olfactotherapie-une-technique-utilisee-pour-reeduquer-les-sens-des-patients-53119

10) PROUST Marcel, Du côté de chez Swann, 1913

 

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