CBD, ses propriétés, ses indications mais surtout ses interactions !

CBD

Depuis quelques mois apparaissent sur le marché français de nombreux produits contenant du cannabidiol (CBD). Contrairement au THC, le CBD est antagoniste non compétitif des récepteurs CB1 et ne présente donc pas les effets psychotropes du THC. Cependant, il possède de multiples actions sur de nombreux récepteurs ou molécules du système nerveux central induisant des effets anti-inflammatoires, antispasmodiques, antalgiques ou encore anticonvulsivants, mais il est également un puissant inhibiteur des cytochromes P450 pouvant entraîner de nombreuses interactions médicamenteuses.

Le rôle du CBD dans la réduction de certains symptômes dans le domaine somatique

Le CBD est un antidouleur et un anti-inflammatoire efficace. Il réduit en effet les symptômes des douleurs aiguës et chroniques, ou encore celles induites par un traitement lourd, et ce, sans l’effet d’accoutumance de certains médicaments existants.

De plus, il est utile pour le traitement de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin comme la maladie de Crohn. Le CBD possède par ailleurs des propriétés antioxydantes jugées efficaces contre des inflammations de la peau telles que le psoriasis.

Dans les différentes études effectuées, l’on peut observer une diminution de la douleur, notamment chez des personnes souffrant de cancer ou d’arthrite.

Le rôle du CBD dans la réduction de certains symptômes dans le domaine psychique

Le CBD possède en effet des vertus relaxanteset apaisantes, et réduit le stress. On lui confère notamment des effets anxiolytiques car il procure de nombreux bienfaits aux personnes souffrant de stress post-traumatique.

Le CBD occasionne aussi des effets positifs sur l’humeur ainsi que des propriétés sédatives permettant une amélioration du sommeil. Il est en outre, pourvu d’un potentiel d’action antipsychotique qui aide les patients souffrants de schizophrénie, de trouble bipolaire, de dépression ou d’autres troubles mentaux. De plus, contrairement à d’autres médicaments antipsychotiques, le CBD est dépourvu d’effets secondaires.

Concernant les effets anxiolytiques, plusieurs études, principalement réalisées sur des animaux, suggèrent que le CBD réduit le stress et l’anxiété autant dans leurs aspects comportementaux que physiologiques. Il semblerait même que des effets anxiolytiques soient observables dès la prise de petites doses de CBD, à savoir moins de 5 mg par kilo. Des études cliniques avec des sujets humains vont dans le même sens et suggèrent que le CBD est, de fait, efficace dans la diminution de l’anxiété.

Le CBD dans la prévention de maladies chroniques et neurodégénératives, et le renforcement du système immunitaire

De manière plus précise, le CBD empêche la croissance de tumeurs en limitant la migration des cellules cancéreuses pouvant ainsi prévenir l’apparition de métastases. Il permet également d’activer une apoptose, (à savoir un processus par lequel des cellules déclenchent leur autodestruction). Il serait ainsi efficace contre les différentes maladies tumorales et les cancers. De plus, à travers des effets neuroprotecteurs, le CBD peut réduire la sévérité des symptômes lors de certaines maladies neurodégénératives. Il permet, par exemple, de prévenir certains troubles cognitifs chez des patients souffrants d’Alzheimer, ou chez des personnes souffrant de diabète, il réduit l’hypertension artérielle, pouvant mener à des complications à long terme comme des maladies cardiovasculaires, et pourrait même stabiliser les taux de glycémie.

L’efficacité du CBD pour prévenir ou traiter des maladies graves et/ou chroniques est jusqu’ici largement étudié et documenté. Le CBD fournit des effets bénéfiques dans le traitement de plusieurs maladies pour lesquelles l’activation du système immunitaire est impliquée, comme le cancer, la maladie d’Alzheimer, la sclérose en plaques, le diabète de type I et de type II, la maladie Parkinson, la chorée de Huntington, l’arthrite et d’autres troubles cérébraux ou inflammations. Il bénéficie notamment d’effets anti-inflammatoires et immunomodulateurs, à savoir qu’il stimule ou freine les réactions du système immunitaire, ainsi que des effets neuroprotecteurs en protégeant les cellules cérébrales. À titre d’exemple, plusieurs études animales ont montré une diminution de la croissance des tumeurs cancéreuses et une inhibition des métastases avec l’administration de CBD.

D’autres essais cliniques ont relevé une amélioration de la qualité de vie dans le cas de la maladie de Parkinson, ainsi que des effets bénéfiques sur la spasticité lors de sclérose en plaques. Une amélioration de l’activité cognitive et locomotrice a également été observée lors de la maladie d’Alzheimer et d’autres troubles neurologiques.

L’intérêt du CBD dans le traitement de troubles neurologiques diagnostiqués

Lors de nombreuses recherches, il s’est avéré que le CBD pouvait aussi soigner ou réduire les symptômes liés à différentes formes d’épilepsie ou à d’autres troubles neurologiques (ex. sclérose en plaques). Il est particulièrement mis en avant comme un traitement efficace pour prévenir ou réduire les crises épileptiques. Les effets anticonvulsifs du CBD s’appliquent également aux crises induites par d’autres troubles neurologiques.

En effet, plusieurs études et rapports ont montré les effets anticonvulsifs du CBD. Ces recherches suggèrent notamment que le CBD – entre 25 et 50 mg par kilo administrés durant une période de trois mois à une année – pourrait diminuer la fréquence des crises. Un certain nombre d’études ont testé les effets du CBD chez des enfants atteints d’une sévère et rare forme d’épilepsie résistante aux traitements – le syndrome de Dravet – et ont obtenu des résultats relativement positifs avec l’administration de CBD, à raison de 25 mg par kilo pendant trois mois, par rapport à l’administration d’un placebo.

CBD et interactions médicamenteuses

Comme toutes substances contenant des principes actifs, le risque d’interactions médicamenteuses est par conséquent à prendre en compte.

Puissant inhibiteur des cytochromes P450, le CBD est métabolisé par les CYP3A4 et 2C9, ce qui a pour conséquence de nombreuses interactions pharmacocinétiques.

Les médicaments à marge thérapeutique étroite :

Un certain nombre de médicaments sont connu pour avoir une marge thérapeutique étroite (MTE), c’est à dire que l’écart entre la concentration nécessaire pour avoir un effet bénéfique et celle qui est toxique est faible. Le risque de surdosage toxique (comme dans le cas du CBD étant un inhibiteur enzymatique) ou de sous-dosage (dans le cas d’inducteurs enzymatiques – absence d’effet thérapeutique) est très élevé avec ces produits. Différents facteurs peuvent modifier la cinétique de ces produits, notamment, pour ne citer que celui qui nous intéresse : la co-administration avec une substance inductrice ou inhibitrice du métabolisme hépatique.

Les interactions d’origine pharmacocinétique :

Les interactions d’origine pharmacocinétique sont liée à une modification du devenir du médicament dans l’organisme. Dans le cas qui nous intéresse, des interactions apparaissent entre des médicaments métabolisés par les mêmes systèmes enzymatiques :

  • Les inducteurs enzymatiques accélèrent le métabolisme d’autres molécules et diminuent leur activité thérapeutique; c’est l’échappement du traitement.
  • Les inhibiteurs enzymatique (comme c’est le cas du CBD) ralentissent le métabolisme et augmentent la quantité de médicaments dans l’organisme; il y a donc un risque d’apparition d’effets indésirables liés à un surdosage.

Médicaments métabolisés par l’isoenzyme CYP 3A4 et CYP 2C9 du cytochrome P450 (liste non exhaustive) :

  • Anticancéreux
  • Antiarythmiques
  • Inhibiteurs calciques
  • Antihypertenseurs
  • Statines
  • Diurétiques de synthèse
  • Vasodilatateurs
  • Anticoagulants
  • Antiagrégants plaquettaires
  • Hypoglycémiants
  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)
  • Opioïdes
  • Progestatifs
  • Immunodépresseurs
  • Antimigraineux (y compris les triptans)
  • Neuroleptiques
  • Benzodiazépines et apparentés
  • Antidépresseurs
  • Corticoïdes
  • Antihistaminiques H1
  • Atropiniques
  • Antirétroviraux
  • Antibiotiques
  • Antifongiques azolés
  • Antidiabétiques oraux

En résumé, tout inhibiteur des CYP2C9 et/ou 3A4 est susceptible d’accroître les concentrations plasmatiques du CBD et donc les effets indésirables. La co-prescription de telles substances nécessite donc de surveiller la survenue d’effets indésirables de type cannabinoïdes et de diminuer les posologies si nécessaire. À l’inverse, les inducteurs enzymatiques tels que les anticonvulsivants pourraient en théorie réduire les concentrations du CBD, et donc leur efficacité.

Pour ces raisons, le traitement au CBD ne doit pas être utilisé en automédication. Le CBD doit nécessiter l’avis de votre médecin traitant en amont et consommé dans le cadre d’une surveillance médicale.

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Clémentine. M.
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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