Le Millepertuis, le dictame du poison de l’âme

millepertuis

La théorie des signatures démontrerait que le millepertuis, s’épanouissant plus particulièrement lors du solstice d’été, est une plante solaire dont la symbolique nous dirige directement auprès de sa propension à savoir chasser les affres grisantes de la dépression. Le millepertuis préserve des esprits malins qui, à notre époque moderne, sont autant d’exemples des difficultés que nous pouvons rencontrer, dès lors que s’estompe notre propre soleil intérieur, se muant inexorablement en une pâle et terne piécette d’argent.

Un peu d’histoire

L’histoire du millepertuis remonte à plus de 2500 ans. Cité entre autres par Pline l’Ancien, Dioscoride, Théophraste et Galien, pour ses propriétés cicatrisantes et antinévralgiques, il était réputé au Moyen Âge pour traiter la mélancolie. Considéré comme une plante magique, il s’employait pour chasser l’esprit des ténèbres et exorciser les personnes « possédées », d’où son appellation latine Fuga dæmonum (« fuis le démon ») que l’on retrouve pour l’un de ses nombreux noms vernaculaires, « chasse-démon ».

Dans les campagnes, les paysans accrochaient notamment un bouquet de millepertuis aux portes des granges. Ils pensaient sans doute que l’herbe de Saint-Jean agissait sur le démon. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à cette époque les problèmes mentaux et les troubles du comportement étaient mal compris, et déchiffrés en fonction des croyances du moment et du lieu. Toute anomalie ou déviance psychique était notamment interprétée comme étant potentiellement liée à l’intrusion d’un esprit extérieur, généralement malfaisant.

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des sommités fleuries de Millepertuis ?

Propriétés antidépressives :

Ces propriétés ont d’abord été attribuées à l’hypéricine, mais en réalité les préparations qui en sont dépourvues sont actives, indiquant que son activité est faible sur la composante dépressive. Cependant, en liant aux récepteurs des neuropeptides Y1 et Y2, supposés jouer un rôle dans les états anxieux et dépressifs, et en montrant une action sédative et mélatoninergique, l’hypéricine participerait à l’activité anxiolytique du millepertuis. Il est apparu par ailleurs que l’hyperforine était l’un des constituants majeurs impliqués dans l’activité antidépressive de la plante. Les principes actifs du millepertuis semblent agir de façon synergique.

Une revue de la littérature de 2014 sur l’hyperforine a montré qu’en plus de ses intéressantes propriétés antidépressives, la molécule possède potentiellement un grand intérêt pharmacologique. Elle intervient au niveau du métabolisme du précurseur du peptide β-amyloïde (APP), prévenant la voie amyloïdogénique en favorisant la formation du dérivé sAPP. Elle inhibe indirectement la recapture de neurotransmetteurs, et module leur concentration dans l’espace synaptique, tout en régulant les concentrations cellulaires des cations tels que le Na+, le Ca2+ et le Zn2+. Les canaux TRPC6 et les mitochondries semblent en effet deux cibles privilégiées de l’hyperforine qui, au niveau du système nerveux central, exerce préférentiellement son action sur le cortex adulte et non sur l’hippocampe.

Propriétés anxiolytiques et hypnotiques :

In vivo, l’administration répétée d’H. perforatum induit notamment un effet anxiolytique et antipanique, et exerce un effet antistress sur le mode défensif. La plante diminue la consommation d’alcool chez le sujet dépendant, et améliore la mémoire et l’apprentissage.

Par ailleurs, le millepertuis exerce un effet sédatif chez le sujet, et augmente la durée du sommeil paradoxal chez les volontaires sains.

Propriétés antioxydantes et neuroprotectrices :

Les extraits normalisés d’Hypericum perforatum contiennent en effet des flavonoïdes connus pour leurs propriétés antioxydantes. Leur effet a été évalué in vitro sur un système modèle pour les troubles neuronaux, la mort cellulaire de neurones hippocampiques induite par le glutamate, due à l’épuisement des niveaux de glutathion et à l’augmentation de la quantité d’oxygène réactif intracellulaire. Le millepertuis augmente par ailleurs leur survie, et protège ces neurones de la mort cellulaire induite par le glutamate, en atténuant les flux de calcium dans la cellule et en modifiant son statut énergétique, ce qui montre un effet cytoprotecteur neuronal.

In vivo, le millepertuis réduit l’accumulation de la substance β-amyloïde. Il entraîne une augmentation modérée, mais statistiquement significative, de la glycoprotéine P cérébrovasculaire impliquée dans l’exportation de la substance β-amyloïde du cerveau dans le sang, ce qui pourrait constituer une nouvelle stratégie thérapeutique pour protéger le cerveau de l’accumulation de cette dernière, et ainsi entraver la progression de la maladie d’Alzheimer.

Propriétés antalgiques :

Des études précliniques indiquent également une utilisation potentielle du millepertuis dans le traitement médical de la douleur. Chez l’animal, de faibles doses d’extraits secs (0,3 % d’hypericine, 3 à 5 % d’hyperforine) exercent par ailleurs un effet antinociceptif, soulagent les états hyperalgésiques aigus et chroniques et augmentent l’analgésie opioïde. Des études cliniques montrent une efficacité sur les douleurs dentaires.

In vivo, le millepertuis exerce en outre une activité antinociceptive notable dans deux modèles de douleur neuropathique (provoquée par un antirétroviral et par l’oxaliplatine) et pourrait être utilisé pour le soulagement de ce type de douleur, seul ou en association avec la morphine.

En topique local (pommade), le millepertuis réduit significativement l’intensité de la douleur périnéale post-épisiotomie, comme l’indique un essai randomisé contrôlé contre placebo de 2018.

Propriétés anti-inflammatoires :

L’hyperforine contenue dans le millepertuis est un agent anti-inflammatoire. Elle inhibe entre autres la 5-lipoxygénase (5-LO) et la cyclooxygénase-1 (COX-1), suggérant un potentiel thérapeutique dans les maladies inflammatoires et allergiques liées aux eicosanoïdes.

In vivo, le millepertuis exerce une activité anti-inflammatoire comparable à l’indométacine et analgésique comparable à la pentazocine et à l’aspirine. Par ailleurs, il potentialise l’action pharmacologique de ces molécules.

Autres actions :

  • Action spasmolytique, liée aux flavonoïdes.
  • Activité anti-vasoconstrictrice similaire à celle de l’aubépine, avec amélioration du débit coronarien, lié aux proanthocyanidines.
  • Bactériostatique, et bactéricide (hyperforine, flavonoïdes, phloroglucinol) en particulier sur staphylococcus aureus. L’hyperforine semble être le principal agent antibactérien. Cette activité est plus élevée contre les bactéries à Gram (+) que les bactéries Gram (-). Les extraits alcooliques (méthanol/éthanol) possèdent une activité plus prononcée que les extraits aqueux.
  • Antiviral potentiel modéré in vitro par action directe au niveau membranaire et indirecte sur les cellules infectées.
  • Activité diurétique.
  • Augmentation de la température dose-dépendante.
  • La prise de millepertuis améliore la tolérance au glucose chez les sujets en bonne santé qui ingèrent de la metformine, par rapport à la metformine seule.

Existe-t-il des précautions d’emploi concernant la Millepertuis ?

Contre-indications :

  • Le millepertuis est contre-indiqué chez la femme enceinte ou allaitante, ainsi que chez l’enfant ou l’adolescent de moins de 18 ans.
  • Contre-indiqué chez les personnes présentant des troubles bipolaires.
  • Une cirrhose modérée du foie peut en outre augmenter les taux plasmatiques d’hypéricine, de pseudohypéricine et d’hyperforine.

Précautions d’emploi :

  • Photosensibilisant (par induction de la formation d’O2 singulet). Il est déconseillé de s’exposer au soleil de façon prolongé.
  • Bien que le millepertuis soit en vente libre, son usage devrait toujours se faire sous surveillance médicale.
  • L’efficacité du millepertuis est donc dépendante de la dose. Son activité s’installe progressivement, et met 10 à 14 jours pour produire ses premiers effets. Il n’induit pas d’accoutumance. Le millepertuis est actuellement l’un des antidépresseurs les plus maniables, alliant efficacité et parfaite tolérance. Il n’altère pas les fonctions psychomotrices. Sa prise est compatible avec une vie professionnelle incluant la conduite automobile.

Interactions médicamenteuses :

  • Interactions avec des médicaments « à faible marge thérapeutique », notamment les antirétroviraux (anti-VIH tels que l’indinavir), la digoxine, la théophylline, les anti-vitamines K, la ciclosporine, les contraceptifs oraux, les antidépresseurs IRS, l’amitriptyline, la cyclosporine, la fexofenadine, l’indinavir, la méthadone, le midazolam, la nevirapine, le phenprocoumon, la simvastatine, le tacrolimus et la warfarine. Ces interactions sont liées à une induction enzymatique du cytochrome P450 et à une induction de la glycoprotéine P membranaire.
  • Réduction possible de l’effet du médicament secondaire à une diminution de la concentration plasmatique, par suite d’une induction possible de l’isoenzyme CYP2C9, du CYP3A4 et du CYP1A2, induction de l’activité du CYP3A, avec réduction de l’efficacité thérapeutique des médicaments métabolisés par le CYP3A, d’autres sources ne retrouvent pas d’altération de l’activité des CYP2C9, CYP1A2, CYP2D6.
  • Interactions avec inhibiteurs de protéase et de transcriptase, immunosuppresseurs ciclosporine et tacrolimus, irinotecan, imatinib, contraceptifs hormonaux minidosés, antidépresseurs sérotoninergiques par induction du cytochrome P450 CYP3A4 (hyperforine) et de la glycoprotéine P (hypéricine).
  • Une interruption brutale de la prise du millepertuis peut donc aussi entraîner une augmentation de la concentration plasmatique de ces médicaments.
  • Le millepertuis induit progressivement et puissamment l’activité du CYP3A4, l’élimination de l’éthinylestradiol, substrat majeur du CYP3A4, sera fortement accélérée en présence du millepertuis, par conséquent, l’effet contraceptif ne sera plus assuré et il faudra prévoir un autre mode de contraception.
  • En 2014, la MHRA (Medicines and Healthcare Products Regulatory Agency) agence britannique de régulation des médicaments, a en effet émis une alerte sur le risque d’interaction entre millepertuis et contraceptifs hormonaux à base de progestérone, pilules combinées microdosées et implants d’étonogestrel : 19 interactions suspectes ont été signalées entre 2000 et 2014, dont 15 grossesses non désirées.

Comment prendre le Millepertuis et à quel dosage ?

Forme sèche :

  • En complément alimentaire, sous forme d’extrait sec ou standardisé en gélules.

Forme liquide :

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

Clémentine. M.
Rédactrice d’articles scientifiques
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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