Les différentes techniques pour obtenir des huiles essentielles

huile essentielle

Une huile essentielle est un liquide odoriférant d’aspect fluide à épais et de couleur variable selon les plantes dont elle est extraite. Sécrétée par des cellules spécialisées, on la trouve aussi bien dans les feuilles (menthe poivrée, basilic grand vert), les fleurs (lavande, ylang ylang), le bois (cèdre Atlas, santal blanc), les racines (gingembre, valériane, vétiver), les graines (coriandre, anis vert, carotte). La taille de ces gouttelettes est de quelque micron, c’est pour cela que nous ne les voyons pas. Mais lorsque que l’on froisse la plante aromatique, les gouttelettes d’huile essentielle se libèrent dans l’atmosphère et parviennent jusqu’à notre nez. Les récepteurs olfactifs du nez s’activent alors : ils envoient des stimuli sensoriels à différentes zones du cerveau.

Les huiles essentielles, messagers chimiques, s’utilisent par les plantes aromatiques pour interagir avec leur environnement. Ces huiles permettent d’éloigner les maladies, les parasites, mais aussi jouent un rôle protecteur face aux rayonnements du soleil. Elles jouent un rôle important dans la reproduction et la dispersion des espèces végétales puisqu’elles permettent d’attirer les insectes pollinisateurs.

 

1- La distillation d’une huile essentielle à la vapeur d’eau :

La distillation à la vapeur d’eau, ou entraînement à la vapeur d’eau, est la technique la plus courante pour l’obtention des huiles essentielles. C’est la seule technique, avec l’expression à froid dans le cadre des huiles essentielles de zestes d’agrumes, autorisée par la Pharmacopée européenne. L’alambic a été inventé par les Pharaons et a été perfectionné par la civilisation Arabe. Il s’agit en général d’une cuve en métal inerte comme le cuivre ou l’inox avec un tamis au fond pour que les végétaux ne soient pas en contact direct avec l’eau.

La vapeur générée traverse le végétal et arrache par les micros gouttelettes d’huile essentielle. Cette vapeur d’eau chargée est refroidie dans un serpentin par un circuit d’eau froide. À la sortie du serpentin, on a un mélange d’eau aromatique et d’huile essentielle. L’huile essentielle, de densité plus faible que l’eau, surnage : il est alors possible de récupérer l’huile essentielle par différence de densité, grâce à un vase florentin ou essencier. L’huile essentielle se sépare de l’eau de distillation, l’hydrolat (aussi appelé eau florale dans le cas des fleurs).

A : Sous l’effet de la chaleur l’eau se transforme en vapeur.

B : La vapeur passe à travers les plantes, elle se volatilise et entraîne les molécules aromatiques.

C : Recondensée en passant dans le serpentin réfrigérant, les gouttelettes contenant l’huile essentielle sont récupérées en fin de circuit.

D : A la sortie de l’alambic, un essencier récupère l’huile essentielle qui flotte à la surface de l’eau de distillation.

 

2- L’expression à froid :

Le procédé d’extraction par expression à froid est assurément le plus simple, mais il est aussi malheureusement, le plus limité. Cette opération consiste à faire éclater par différents procédés les « poches » situées à la superficie de l’écorce de ces fruits, renfermant l’huile essentielle (bergamote, orange bigarade, citron, pamplemousse, mandarine, …).Seulement pour les procédés traditionnels, le produit obtenu se nomme bien « essence », car aucune modification du produit végétal n’intervient du fait de la méthode d’extraction. La Calabre et la Sicile en assurent la production mondiale.

La technique de l’expression à froid est réservé, la plupart du temps, aux variétés de fruits ou plantes comme les agrumes (oranges, citrons, mandarines…). Les huiles essentielles de ces fruits sont contenues dans les petites glandes de leurécorce (zestes).

Cette méthode se fait sans chauffage : elle consiste à soumettre la substance végétale à une forte pression à l’aide d’une presse hydraulique. Celle-ci se réalise grâce à des machines perfectionnées. Avant cette mécanisation, les méthodes d’extraction à froid ont longtemps été artisanales.

L’expression à froid est une technique née en Sicile, puis utilisée par tous les pays producteurs d’agrumes. Elle se faisait autrefois manuellement par un procédé dit « à l’éponge »; Le citron frais était coupé en deux, évidé de sa pulpe puis l’écorce abondamment mouillée était laissée environ dix heures au repos. Ensuite, il fallait presser les écorces plusieurs fois, pour en faire sortir l’essence, contre un assemblage d’éponges fixées dans un vase. La pression vérifiée, accompagnée par un mouvement de rotation de la main à l’aide d’un bâton spécialement conçu pour cela. Ainsi après décantation, on pouvait récupérer (à condition d’avoir le tour de main nécessaire, soit après un bon apprentissage) une essence d’une grande finesse dans le vase en terre par essorage des éponges.

 

3- L’enfleurage :

La technique de l’enfleurage (ou macération à saturation) est ancienne, et n’est plus guère usitée. Elle concerne les plantes ou parties de plantes dont l’arôme est trop fragile pour supporter la chaleur d’une distillation. Elle consiste à étendre une couche de ces substances végétales fragiles entre deux couches épaisses de matière grasse. On renouvelle les matières végétales fraîche jusqu’à saturation de la graisse en fragrance. On débarrasse alors le parfum de l’excédent graisseux et l’on obtient une essence absolue (ou absolu), une huile essentielle de très haute qualité olfactive. Notre laboratoire produit un enfleurage de rose de Damas selon la méthode traditionnelle grassoise au sein même de la vallée des roses d’El Kelaa M’Gouna. Cette technique est la seule qui permette de restituer au mieux la fragrance de la plante fraîche.

 

4- L’ extraction d’une huile essentielle par solvants :

La technique de l’extraction par solvants remplace aujourd’hui celle de l’enfleurage. Elle aboutit également à l’obtention d’absolus très recherchés par les parfumeurs pour la pureté de leur puissante odeur.

Les végétaux macèrent dans des solvants volatils (comme l’hexane) qui, après évaporation, donnent une pâte très aromatique, la concrète. La concrète se dilue dans de l’alcool éthylique puis filtrée et enfin concentrée par distillation sous pression réduite afin d’éliminer l’alcool. C’est ainsi qu’on obtient l’absolue. L’extraction au CO2 supercritique donne des extraits au dioxyde de carbone. Utilisée par exemple pour les écorces, les graines ou les épices. Ces méthodes s’utilisent davantage dans l’industrie des arômes alimentaires et la parfumerie.

 

5- L’extraction par micro ondes :

On emploie les micro-ondes pour deux types d’extractions : le VMHD (Vacuum Microwave Hydrodistillation : hydrodistillation à micro-onde sous vide), et l’ESSAM ( extraction sans solvant assistée par micro-ondes). Il s’agit en fait d’une hydrodistillation sans eau pour le VMHD et sans solvant pour l’ESSAM réalisée à l’aide d micro-ondes. Pour le VMHD, seule l’eau contenue dans la plante participera à l’extraction.

Les molécules absorbent l’onde et la transforment en chaleur. Ainsi, dans une plante, les molécules les plus chargées d’eau absorbent l’onde ce qui engendre une remontée subite de température. Le mélange entre donc rapidement en ébullition et la pression résidant dans l’enceinte de l’extraction va provoquer un éclatement de la structure cellulaire des végétaux et c’est ici que le processus d’une hydrodistillation simple va se mettre en marche. La vapeur entraine le contenu hors des cellules puis elle va se condenser afin de rendre l’état liquide à la substance.

Cette technique permet la libération plus rapide de la structure cellulaire, c’est-à-dire de l’ouverture des glandes et des poils sécréteurs. On économise donc du temps, de l’eau et l’huile essentielle ne contiendra aucune trace de solvant.

 

 

6- L’extraction au CO2 Supercritique :

Cette technique se rapproche énormément de l’extraction par solvant, le CO2 supercritique a la même fonction qu’un solvant sauf qu’il n’est pas nocif et qu’il ne reste plus aucune trace de celui-ci dans l’huile essentielle obtenu. L’état supercritique d’un élément s’obtient à le soumettant à forte pression ou température. On utilise l’état super critique du CO2 car il est très facile de l’obtenir : il suffit de le chauffer à une température égale à 31 °C ou bien de le mettre sous pression de 74 bars. Mais n’importe qu’elle autre fluide à l’état supercritique peut faire l’affaire.

Ce procédé consiste à placer les végétaux préalablement broyés dans un extracteur puis de les mettre en contacte avec le CO2 super critique, comprimé et chauffé à une température maximale de 40 °C. Ainsi, l’huile essentielle se dissout et le CO2, ici à l’état supercritique redevient gazeux et se sépare très facilement de l’huile essentielle obtenue. Cette huile est pure et reste très proche de la substance d’origines produite par la plante grâce à l’absence totale du dioxyde de carbone. Cependant, son utilisation se répand très peu car les prix de l’équipement coûtent très chers.

 

En conclusion, cette description des procédés de laboratoire nous fait saisir la complexité des processus d’obtention des huiles essentielles autant en terme de qualité des huiles essentielles que du prix de leur procédé d’extraction.

 

 

Arnaud. C (Docteur en Pharmacie)

1 commentaires sur “Les différentes techniques pour obtenir des huiles essentielles

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *