La Scrofulaire noueuse, plante de l’arsenal anti-scrofuleux

Parfaitement ignorée de l’Antiquité et du Moyen-Âge, la scrofulaire fit de timides débuts au XVIe siècle, repérée par Jérôme Bock et Léonard Fuchs comme remède anti-hémorroïdal, vulnéraire et plus spécifiquement des maladies de la peau. Cela peut passer pour anecdotique, mais derrière l’étrange nom de ces plantes se dissimule un pan de l’histoire médicale de l’Europe, ayant cours depuis bien plus longtemps que la date à laquelle on se décida à faire appel à elle en tant que matière thérapeutique.

Un peu d’histoire

Entamons donc notre propos par les bases étymologiques que posait Paul-Victor Fournier dans son Dictionnaire : « Leur nom est formé du latin scrofulae = écrouelles. »

Mais, tout d’abord, que sont ces écrouelles, alias scrofule, que l’on désigne aussi sous l’inquiétant sobriquet d’abcès froid ? Les écrouelles sont des plaies qui résultent de l’ouverture d’un abcès localisé au niveau du cou, plus précisément sur les ganglions lymphatiques, après que ceux-ci aient été infectés par le bacille de Koch responsable de la tuberculose pulmonaire.

Avant cela, on s’est longtemps perdus en conjecture sur ce qu’étaient vraiment les écrouelles, enfin, lorsqu’on avait réellement affaire à elles, puisque le terme médical d’écrouelles, véritable fourre-tout, renvoie tant à des affections scrofuleuses proprement dites qu’à des affections confondues avec elles. Ainsi pouvait-on dire d’un non-scrofuleux qu’il avait la scrofule, terminologie aussi galvaudée que les mots lèpre et peste, répondant à tout et n’importe quoi, et ne favorisant donc pas la représentation claire et nette de la maladie et, partant, de sa remédiation.

Si la scrofulaire, du moins celle qu’on appelle noueuse, se retrouve embarquée dans le ban de l’arsenal anti-scrofuleux, il y a une parfaite explication à cela : « Ces lésions cutanées qui se forment dans les ganglions lymphatiques infectés par la tuberculose sont volumineuses, bien délimitées et fermes à la palpation. Elles ressemblent à la racine de la scrofulaire noueuse et, selon la théorie des signatures, on la considérait comme le remède approprié pour soigner les scrofules ».

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des parties aériennes de Scrofulaire noueuse ?

Propriétés anti-inflammatoires et analgésiques :

Les composés responsables de cette activité sont principalement les iridoïdes, dont l’harpagoside, principe actif qui a été le plus étudié, compte tenu de sa présence dans Harpagophytum procumbens. Il a été montré que la concentration d’harpagoside dans les parties utilisées des deux plantes est similaire.

In vitro, l’harpagoside interfère dans la voie de signalisation d’un facteur de transcription, le facteur nucléaire kappa B (NF-kB). De plus, il a été mis en évidence que l’aucubine, présente uniquement dans la scrofulaire et non pas dans l’harpagophytum, exerce les mêmes effets.

Le mode d’action anti-inflammatoire de ces deux iridoïdes a été bien identifié. Autant l’harpagoside d’une part, et d’autre part l’aucubine, composé spécifique de la scrofulaire, empêchent la phosphorylation et la dégradation de la sous-unité inhibitrice IKB-α. Elles bloquent la translocation de la sous-unité p65 du NF-kB dans le compartiment nucléaire.

Ce mécanisme induit une inhibition de l’expression de l’ARNm, une forte inhibition de la synthèse protéique du facteur de nécrose tumorale alpha (TNF-α) et de l’interleukine (IL6), qui sont des cytokines pro-inflammatoires, ainsi que de la cyclooxygénase 2 (COX-2) et de la NO synthase inductible (iNOS), ce qui provoque une suppression de la synthèse de prostaglandines de type 2 (PGE2) et du monoxyde d’azote (= oxyde nitrique = NO), principaux médiateurs de l’inflammation.

De fait, la scrofulaire est employée dans les mêmes pathologies inflammatoires rhumatismales que l’harpagophytum, tout en bénéficiant d’une action pharmacologique plus puissante.

Propriétés antioxydantes :

La scrofulaire noueuse (notamment sous forme de forme de poudre très fine) apporte aux cellules spléniques exposées au H2O2 une protection significative contre le stress oxydatif, caractérisée par une diminution de la formation des formes (= espèces) réactives de l’oxygène (FRO) ainsi que du niveau de malondialdéhyde (MDA), et par une augmentation de l’activité du glutathion peroxydase (GPx).

Autres propriétés :

  • Antispasmodique
  • Dermatologique (Effet sur la cicatrisation des plaies – Action dans le psoriasis)
  • Hépatoprotectrice
  • Antimicrobienne

Existe-t-il des précautions d’emploi concernant la Scrofulaire ?

Contre-indications :

  • La scrofulaire n’est pas conseillée chez la femme enceinte ou allaitante, ainsi que chez les enfants de moins de 12 ans.
  • La scrofulaire est une plante très toxique pour les animaux.

Effets secondaires :

  • La scrofulaire peut entraîner des nausées et des vomissements à forte dose.
  • Une accélération du transit ou de la diarrhée est possible à forte dose ou chez les sujets sensibles, en relation avec la présence de glucosides anthraquinoniques.

Précautions d’emploi :

  • La scrofulaire ne se recommande pas en cas d’ulcère gastroduodénal évolutif, ou d’insuffisance cardiaque sévère.

Interactions médicamenteuses :

  • La scrofulaire peut interagir avec la warfarine, ce qui nécessite un suivi médical, avec dosage de l’INR après le démarrage et après l’interruption de l’administration de la plante.
  • Elle peut également interagir avec les médicaments antiarythmiques; en raison de la présence de traces de glucosides cardiotoniques, ce qui nécessite également un suivi médical en cas d’association.

Comment prendre la Scrofulaire et à quel dosage ?

Forme liquide :

  • Extrait fluide de plante fraîche standardisé, principale forme galénique disponible pour cette plante : 5 à 10 ml par jour dans un verre d’eau.

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

Clémentine. M.
Rédactrice d’articles scientifiques
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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