Le rôle de l’homéopathie dans les hépatites aiguës

Les hépatites aiguës correspondent à des altérations histologiques des hépatocytes dont la physiopathologie complexe peut s’étudier en fonction de paramètres cliniques, biologiques, immunologiques et étiologiques. Si la présence d’un ictère d’origine cytolytique ou d’origine cholestatique par arrêt de la fonction biliaire est habituellement observée, elle ne représente pas un caractère obligatoire de l’affection. La cause de l’hépatite aiguë doit être déterminée afin de choisir la thérapeutique adéquate, médicale ou chirurgicale.

L’étiologie des hépatites aiguës

Nous éliminerons de cet article la question des obstructions aiguës des voies biliaires extra ou intrahépatiques qui nécessitent en effet un traitement chirurgical.

Les hépatites virales :

Ce sont les plus fréquentes. On distingue actuellement un certain nombre de virus responsables : Les virus A, B, C, Delta, autres virus Epstein-Barr, cytomégalovirus, virus amaril de la fièvre jaune, infections à Coxsackie, à Herpèsvirus, etc.

Les hépatites toxiques :

Ces hépatites sont dues à différentes substances pharmacodynamiques hépatotoxiques pouvant entraîner selon les cas des lésions de cytolyse, de stéatose ou plus rarement une cholangite et une péricholangite :

  • Des médicaments : paracétamol, chlorpromazine, antibiotiques, I.M.A.O., etc.
  • L’amanite phalloïde
  • Des solvants : dérivés nitrés, hydrocarbures halogénés
  • Des métaux : arsenic, mercure, plomb, etc.

Les hépatites microbiennes :

Ces formes sont essentiellement des manifestations ictériques qui se produisent soit au cours de septicémies, soit au cours de maladies infectieuses microbiennes : leptospiroses, brucelloses, fièvre typhoïde et paratyphoïde, etc.

Cette étude étiologique permet notamment de faire la relation entre les hépatites et une thérapeutique homéopathique. En effet, comme le souligne le professeur R. Brette :

« Multiples apparaissent les étiologies des ictères par hépatite dont le mode de constitution et les aspects cliniques sont variés. Ils revêtent tantôt une allure cytolytique, tantôt un aspect rétentionnel cholestatique. Les virus entraînent indifféremment l’un ou l’autre, mais sont plus souvent cytolytiques de même que les toxiques alors que le nombre de médicaments courants est à l’origine d’hépatite cholestatique.

« Dans la majorité des cas, il semble donc qu’un mécanisme immunoallergique intervienne dans l’apparition des lésions de l’hépatocyte ou des canaux biliaires, ce qui explique la similitude des aspects anatomocliniques créés par des agents étiologiques apparemment très divers. »

Puisque, quelle que soit la cause, les lésions anatomopathologiques observées dans les hépatites aiguës sont identiques et les manifestations cliniques semblables, les médicaments homéopathiques seront communs.

Les conditions nécessaires à la mise en place d’un traitement homéopathique sont en effet pleinement réunies :

  • Il existe en effet une possibilité de réversion du syndrome de par la capacité de régénération des hépatocytes
  • Il existe également des substances pharmacodynamiques capables, à doses pondérables, d’enregistrer des lésions anatomopathologiques semblables, qu’il s’agisse de cytolyse ou de cholestase.

Parmi les médicaments homéopathiques à choisir, certains doivent ainsi s’employer dès la phase de début (triade de Caroli quand on la rencontre) ; trois médicaments principaux correspondent à la phase aiguë cytolytique, tandis que d’autres se destinent à la correction de la cholestase, de l’insuffisance hépatocellulaire responsable des troubles digestifs accompagnateurs.

La phase de début des hépatites virales

Souvent précédée d’une période de dysphagie, elle associe céphalées migraineuses, urticaire et arthralgies.

Deux médicaments doivent se prendre lorsqu’on l’observe :

Apis mellifica :

Sa pathogénésie comprend :

  • Des éruptions œdémateuses de couleur rouge rosé, pruriantes, brûlantes, améliorées par des applications froides
  • Des douleurs articulaires
  • Un œdème de la gorge
  • Des céphalées congestives

Bryonia alba :

Sa pathogénésie comprend :

  • Des céphalées migraineuses, avec nausées, goût amer, constipation
  • Des arthrites aiguës

C’est aussi un médicament de syndrome fébrile adynamique avec sécheresse des muqueuses.

Posologie : Prendre ces 2 médicaments en 9 CH, par prises alternées de 5 granules, d’autant plus souvent que les symptômes sont plus importants.

Les médicaments de la phase d’état (médicaments de cytolyse)

Phosphorus :

C’est le médicament clé de l’hépatite virale. Hormis le fait que le phosphore blanc est l’une des plus puissantes substances hépatotoxiques et qu’il peut ainsi être déjà indiqué sur une notion de similitude anatomopathologique, la pathogénésie de Phosphorus comprend :

  • Une phase d’agitation suivie d’asthénie et de vertiges
  • Des céphalées avec bouffées congestives
  • Une hyperthermie avec sensation de chaleur interne brûlante et des sueurs chaudes abondantes
  • Des troubles digestifs avec une langue rouge et vernissée, une soif vive d’eau froide (souvent rejetée peu de temps après l’ingestion), des nausées, des gastralgies, une diarrhée abondante, indolore, brûlant l’anus ou une constipation
  • Un foie gros, congestionné, douloureux, sensible au toucher et à la pression
  • Une possibilité d’ictère
  • Une tendance aux hémorragies

Posologie : Prendre un tube-dose de Phosphorus 9 ou 15 CH matin et soir pendant 10 jours, puis le matin seulement les 10 jours suivants. Les prises ultérieures seront fonction de l’amélioration des examens biologiques en général et du taux des transaminases en particulier.

Arsenicum album :

La pathogénésie de cette substance recouvre aussi les symptômes de l’hépatite avec :

  • Alternance de phases d’agitation et de prostration
  • Des céphalées congestives et migraineuses améliorées par le froid
  • Une hyperthermie avec sensation de brûlure et recherche de la chaleur
  • Des troubles digestifs avec vomissements et diarrhée brûlante, douleurs améliorées par la chaleur, soif vive de petites quantités d’eau froide
  • Un foie douloureux
  • Une possibilité d’ictère
  • Une tendance à l’anémie
  • Un prurit brûlant amélioré par la chaleur
  • Une aggravation nocturne vers 1 heure du matin

Mais surtout, à ce tableau clinique, s’ajoutent une grande faiblesse, une grande asthénie qui rendent le malade anxieux.

Posologie : Prendre un tube-dose de Phosphorus 9 ou 15 CH matin et soir pendant 10 jours, puis le matin seulement les 10 jours suivants. Les prises ultérieures seront de l’amélioration des examens biologiques en général et du taux des transaminases en particulier.

Mercurius solubilis :

Si pour Arsenicum album, c’était la faiblesse, l’asthénie ainsi que l’anxiété qui dominaient le tableau clinique, ici ce sont par ailleurs les signes digestifs qui occupent le devant de la scène :

  • Syndrome gastro-entéritique avec stomatite : Langue humide gardant l’empreinte des dents, gingivite, dysphagie, goût métallique, haleine fétide, soif, nausées, diarrhée glaireuse, irritante, sanguinolente
  • Hyperthermie avec sueurs qui ne soulagent pas
  • Douleurs de l’hypocondre droit aggravé couché sur le côté droit
  • Possibilité d’ictère
  • Prurit aggravé à la chaleur du lit
  • Insomnie

Posologie : Prendre un tube-dose de Mercurius solubilis 9 ou 05 CH matin et soir pendant 10 jours, puis le matin seulement les 10 jours suivants. Les prises ultérieures seront fonction de l’amélioration des examens biologiques en général et du taux des transaminases en particulier.

Les médicaments complémentaires

Ce sont des médicaments de cholestase et d’insuffisance hépatocellulaire. Leur prescription est appelée par les données biologiques (baisse de l’albumine, diminution du taux de prothrombine, augmentation du taux de bilirubinémie). Le choix est fait en fonction des symptômes réactionnels cliniques du malade. Nous soulignons que ces médicaments doivent être prescrits en plus des médicaments précédents, car ils ne comportent pas dans leur pathogénésie de phénomènes de cytolyse hépatique :

Chelidonium majus :

C’est un bon médicament de cholestase, prescrit sur la notion clinique d’endolorissement de la région hépatique avec irradiation à la pointe de l’omoplate droite. On note également un désir de boissons et d’aliments chauds, une langue saburrale, une bouche amère et une haleine fétide.

Posologie : Prendre en 4 ou 5 CH, 5 granules 2 fois par jour.

Lycopodium :

Médicament de la cellule hépatique et des voies biliaires, il est conseillé sur cette notion qui domine sa pathogénésie et sur les symptômes suivants :

  • Sensibilité de l’hypocondre droit (la malade ne peut se coucher sur le côté droit)
  • Appétit vite rassasié
  • Ballonnement post-prandial surtout sous-ombilical, avec maximum vers 16-17 heures
  • Constipation avec besoins inefficaces

Posologie : Prendre en 5 CH, 5 granules 2 fois par jour.

China rubra :

Médicament d’hypertrophie du foie et de la rate, prévenant la tendance aux hémorragies, corrigeant en outre l’anémie et le ballonnement abdominal avec hyperesthésie pariétale.

Posologie : Prendre en 5 ou 7 CH, 5 granules 2 fois par jour.

Hydrastis canadensis :

Ce médicament est indiqué devant un ictère qui se résorbe lentement, une constipation intense ainsi qu’un affaiblissement de l’état général dû à un « bouchon muqueux des voies biliaires ».

Posologie : Prendre en 4 ou 5 CH, 5 granules 2 fois par jour.

Ainsi conduit, un traitement homéopathique chez un malade atteint d’hépatite aiguë permet une régression très rapide des signes cliniques, une normalisation des paramètres biologiques en 2 à 3 semaines. Il évite ainsi l’asthénie séquellaire ainsi que le risque de rechute.

 

Clémentine. M.
Rédactrice d’articles scientifiques
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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