Essence d’Encens d’Oliban, plante mythique et rituelle

encens

Depuis la plus lointaine antiquité, l’encens, avec la myrrhe et d’autres aromates faisait partie des drogues brûlées dans les temples, au cours des cérémonies religieuses. Ces fumigations odoriférantes sont d’ailleurs actuellement toujours en usage et font partie des rites des religions actuelles. Plante mythique et rituelle de toutes civilisations du bassin méditerranéen, l’encens a donc été l’objet de toutes les convoitises des empires pour s’approprier les sites de production de la gomme-résine odoriférante.

Des thériaques médiévales aux compositions plus tardives, on trouve l’encens dans bien des compositions magistrales. Au XIXe siècle, avec l’avènement de la chimie de synthèse, le rôle de l’encens dans la pharmacopée décroit peu à peu. Il faudra attendre l’arrivée de l’encens dans le domaine de l’aromathérapie pour le voir s’offrir une nouvelle jeunesse.

Un peu de mythologie

Ovide, dans sa quatrième métamorphose, explique comment et pourquoi l’encens est né. C’est la relation du Soleil (Apollon) avec Leucothoé qui a valu à cette dernière d’être ensevelie vivante par son propre père. « D’un corps promis à la décomposition, le dieu avait fait un aromate destiné à relier la Terre et le Ciel ». L’encens, pur et sain, est l’émanation du Soleil divin à travers la figure d’Apollon, alors que Leucothoé sacrifiée est celle qui, « malgré tout, montera au ciel. »

Pendant longtemps, durant l’Antiquité, l’encens aura plus de valeur que l’or. C’est peut-être cette contrainte financière qui explique qu’à l’époque romaine, on ne donne plus « l’encens aux dieux que par miettes », nous dit Pline, qui ajoute : « Du reste, les dieux n’étaient pas moins propices quand on les suppliait avec de la farine salée ; bien au contraire, c’est l’évidence, ils étaient plus bienveillants ».

On est loin de l’abondance et de la prodigalité parfois indécente de Néron et d’Alexandre le Grand. Car Néron fit, en effet brûler pour les funérailles de son épouse Poppée autant d’encens que l’Arabie pouvait en produire pendant une année, tandis qu’Alexandre le Grand « s’étant emparé de l’Arabie, envoya à Léonidas un navire chargé d’encens et l’exhorta à implorer les dieux sans parcimonie ». Mais, comme dit Ovide dans sa huitième métamorphose, si « la piété est chère aux dieux, les honneurs qu’elle leur rend, elle les reçoit à son tour. » Quand on sait que Néron s’est suicidé et qu’Alexandre le Grand a probablement été empoisonné, cela en dit long sur la piété de ces deux hommes.

Un peu d’histoire

L’histoire de l’encens débute il y a plus de 6000 ans. Elle coïncide avec l’apparition des premières grandes civilisations de la Mésopotamie et de l’Égypte. L’encens d’origine est considéré comme l’un des premiers matériaux odorants à avoir été utilisé par l’être humain. On le retrouvait notamment dans les ingrédients des baumes qui servaient à la momification des égyptiens. On le brûlait aussi dans les temples pour communiquer avec les divinités.

Connu depuis des milliers d’années, l’usage de l’encens remonte aux plus anciennes religions orientales, en particulier en Inde, où l’Ayurvéda emploiera ses qualités. Mais, en ces temps reculés, ce sont moins ses propriétés médicinales qui intéressent l’homme.

Les Egyptiens en font un usage rituel lors des embaumements, comme attestent les gravures sur le temple de la Reine Hatchepsout (XVe siècle av. J.-C) à Louxor, évoquant les expéditions à la recherche des arbres à encens dans le pays de Punt (Somalie). Plus tard, les Grecs avec l’expédition d’Alexandre le Grand (IVe siècle av. J.-C), puis les Romains avec l’expédition d’Aelius Gallus (Ier siècle av. J.-C) tentèrent vainement de s’emparer des régions productrices d’encens d’Arabie du Sud et de Socotra. Les Yéménites détinrent le monopole de ce commerce par caravane jusqu’au VIe siècle.

La médecine grecque recommandait l’encens pour fortifier l’estomac affaibli (Galien, IIe siècle), lutter contre les mucosités, réchauffer le foie et contre la fièvre. En médecine arabe, il est prescrit contre la diarrhée et les vomissements, les ulcères de l’œil (Razès, Xe siècle), la toux, en fumigation contre la peste et en masticatoire pour les affections des gencives et des dents.

Quelles sont les propriétés pharmacologiques de l’essence de gomme-résine d’Encens ?

Propriété anti-inflammatoire :

Puissamment anti-inflammatoire, l’essence d’encens est cortison-like, elle stimule donc l’axe hypophyso-corticosurrénalien et est intéressante dans les états inflammatoires prolongés.

Propriété antimicrobienne :

L’effet antimicrobien de l’α-pinène a été démontré in vitro vis-à-vis du staphylocoque doré, d’Escherichia coli, de Proteus mirabilis, de Pseudomonas aeruginosa et de Klebsiella pneumoniae ; l’effet antifongique a été démontré in vitro vis-à-vis de Candida albicans et de dermatophytes. Son côté antiviral a quant à lui été démontré vis-à-vis de l’herpès – HSV-I).

Propriété sur le système nerveux central :

Cette essence possède une action centrale sur les rythmes de réordonnancement et de restructuration intérieure (physique, biologique, immunitaire, émotionnelle et psychologique). Harmonisante du système nerveux central, elle est également anxiolytique par voie locale, en massage manuel.

Propriété anticancéreuse :

Anti dégénérative, cette huile a su se démarquer en tant qu’inductrice d’apoptose dans certains cancers. Cytotoxique vis-à-vis de cellules de cancers du sein et du rein, elle est également cytotoxique sur cellules de cancer du pancréas.

Autres propriétés :

  • Désclérosante
  • Lymphotonique et décongestionnante
  • Asséchante et desséchante des muqueuses respiratoires
  • Antalgique
  • Cicatrisante
  • Immunostimulante (virus)

L’essence d’Encens requiert-elle des précautions d’emploi ?

  • Éviter en association avec la cortisone, risque d’interaction médicamenteuse
  • Ne pas utiliser sur une période prolongée, au risque de mettre au repos l’axe hypophyso-surrénalien et de subir une insuffisance surrénalienne aiguë à l’arrêt de la prise de l’essence
  • Éviter d’appliquer l’essence le soir (ou avant toute période de repos)
  • Déconseillée chez les personnes souffrant d’ostéoporose, en raison du risque de décalcification inhérent
  • Inhibitrice enzymatique, risque d’interactions médicamenteuses, demandez conseil à votre pharmacien
  • Dermocausticité, action révulsive sur la peau à l’état pur et agressive pour les muqueuses (rougeurs, irritations, prurit), dilution requise
  • Contre-indiquée chez la femme enceinte ou allaitante ainsi que chez l’enfant de moins de 7 ans
  • Déconseillée chez les personnes psychotiques
  • Interactions médicamenteuses avec les huiles essentielles contenant des cétones ou des phénols à plus de 10%
  • Autorisée chez les animaux

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

Clémentine. M.
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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