Le Ginkgo, arbre primitif vivipare du Mésozoïque

ginkgo

La plus ancienne plantes médicinales du règne végétal est, comme le disait Darwin, un véritable « fossile vivant ». Le ginkgo fait parti d’un groupe végétal qui s’est développé au Carbonifère, à la grande époque des prêles géantes, il y a de cela 200 à 250 millions d’années. Cet arbre possède entre autre l’avantage de pouvoir vieillir durant des millénaires. Si on s’accorde généralement pour dire que 4000 ans est un âge respectable pour un ginkgo.

Un peu d’histoire

Curiosité botanique, le Ginkgo ne produit ni fleur, ni fruit, ni graine. Ce que l’on considère comme étant le fruit du ginkgo n’est autre qu’un énorme ovule. Par ailleurs, à l’instar d’un animal ovipare, le ginkgo pond des œufs ! Il se singularise donc des plantes vivipares sur ce point. Aucun insecte ne se nourrit de ses feuilles et de ses fruits, il résiste contre les champignons et supporte pollution atmosphérique ainsi que pollution du sol. Un ginkgo calciné lors de l’explosion atomique à Hiroshima le 6 août 1945 produisit même une pousse le printemps suivant. La persistance du ginkgo peut aussi s’expliquer par la durée de sa période de reproduction bien qu’il devienne sexuellement mûr entre 40 et 70 ans.

Cet arbre est de plus en plus souvent planté en milieu urbain. On lui préfère les pluies d’or automnales ; en effet, la frondaison jaune beurre chute sur une très courte période et met en évidence l’origine d’un des surnoms du ginkgo, l’arbre aux 1 000 écus. Cette appellation est directement liée à l’arrivée du ginkgo en Europe au XVIIIe siècle.

La médecine chinoise s’intéressa la première aux vertus thérapeutiques du ginkgo. C’est Chen Nong qui le décrivit comme stimulant circulatoire 2 700 ans av. JC. Ce n’est pourtant qu’au début du XXe siècle, que l’on amorça les recherches pharmacologiques. En 1936, un médecin hongrois Szent Györgyi, mit de fait en évidence la présence et le rôle des fameux flavonoïdes contenus dans les feuilles du ginkgo. Depuis, on a multiplié les applications thérapeutiques, à tel point que cet arbre primitif offre des espoirs dans le traitement de la maladie d’Alzheimer.

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des feuilles de Ginkgo biloba ?

Propriétés neuroprotectrices et anti-dégénératives :

L’activité neuroprotectrice du ginkgo est en effet liée à ses flavonoïdes et ses terpènes, qui agissent de façon synergique. Elle passe notamment par une action sur l’état d’oxydation cellulaire, les systèmes de neurotransmetteurs, le débit sanguin cérébral, et le taux de monoxyde d’azote, mais elle inclut aussi une activité non cholinergique, impliquant notamment des mécanismes mitochondriaux, cytoprotecteurs et anti-apoptotiques.

Le ginkgo possède de fait des effets potentiels dans la démence sénile ou la maladie d’Alzheimer comparable au Donépézil.

Propriétés anti-ischémiques :

In vivo, le prétraitement avec un extrait de ginkgo avant une ischémie-reperfusion cérébrale permet en effet de réduire le volume de la zone infarcie en limitant la mort cellulaire neuronale.

Chez le sujet âgé, le prétraitement avec bilobalide avant une ischémie cérébrale permet notamment de diminuer la libération de glutamate et la taille de la zone infarcie, de préserver les niveaux d’ATP du cerveau ischémié, de limiter le gonflement mitochondrial induit par le calcium, et d’améliorer les fonctions sensorimotrices.

Ginkgo biloba exerce un effet cardioprotecteur après une ischémie-reperfusion, tant chez le sujet sain, en diminuant la taille de la zone infarcie que chez le sujet diabétique.

Propriétés vasodilatatrices et vasculoprotectrices cérébrales et périphériques :

In vivo, l’ajout de G. biloba sur une lignée de cellules endothéliales entraîne la modification de la perméabilité membranaire en agissant sur certains canaux ioniques, et provoque la libération de la prostaglandine PG12 à partir de l’endothélium vasculaire aortique. L’extrait de ginkgo exerce également in vivo une activité vasorelaxante en induisant la libération de monoxyde d’azote (= oxyde nitrique = NO) par les cellules endothéliales basilaires cérébrales. Chez le sujet âgé, l’extrait de ginkgo exerce un effet protecteur sur les artérioles mésentériques, améliorant ainsi l’élasticité vasculaire.

Il existe en définitive un nombre croissant d’études cliniques montrant l’intérêt des extraits de G. biloba dans les maladies cardiovasculaires et vasculaires périphériques et au cours des complications vasculaires du diabète, en relation avec leurs activités antioxydantes et de piégeur de radicaux libres, de stabilisateur de membrane, d’inhibiteur du PAF, de vasodilatateur et de régulateur du métabolisme.

La plante exercerait également un effet favorable dans la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) comme semble l’indiquer deux études portant sur 119 personnes.

Propriété sur l’amélioration de la cognition et de la plasticité cérébrale :

In vivo, le ginkgo agit en tant qu’ “amplificateur cognitif”, améliore la plasticité synaptique au niveau des cellules de l’hippocampe, qu’il protège vis-à-vis du stress oxydatif, et la cognition chez les sujets âgés, ce qui pourrait de fait atténuer leur déficit d’apprentissage spatial et de mémoire. Chez eux, l’administration à long terme d’extrait de Ginkgo biloba améliore notamment la mémoire spatiale et la motivation avec des changements significatifs dans le contenu et le métabolisme des monoamines dans plusieurs régions du cerveau.

Propriété sur les vertiges :

L’extrait de Ginkgo biloba EGb 761 améliore in vivo la motricité vestibulo-oculaire, la compensation vestibulo-rachidienne ainsi que la mobilité dans un modèle animal de vertige (labyrinthectomie unilatérale).

Propriété rhéologiques :

L’amélioration de l’écoulement du sang induit par le ginkgo au niveau de la micro-et macro-circulation est liée à l’amélioration de la déformabilité des globules rouges, la diminution des niveaux de fibrinogène, l’amélioration de la viscosité sanguine et de la vaso-élasticité, notamment chez le patient diabétique.

Autres propriétés :

  • Hypolipémiantes :

Une méta-analyse de 2018 suggère que les extraits de feuilles de Ginkgo biloba constituent en effet un traitement adjuvant lorsqu’ils sont associés aux statines pour prendre en charge les dyslipidémies et que leur association améliore les paramètres lipidiques sanguins par rapport au traitement par les statines uniquement.

  • Antivirales :

La ginkgétine, un des flavonoïdes du ginkgo, inhibe la sialidase du virus de la grippe. In vivo, elle améliore de façon importante la survie des sujets infectés par le virus de la grippe.

  • Anticancéreuses :

In vitro, la ginkgétine induit la mort cellulaire autophagique dans le cancer du poumon non à petites cellules.

  • Anti-vitiligo :

Plusieurs études cliniques semblent par ailleurs indiquer une activité favorable de la plante dans cette maladie dépigmentante de la peau. Un essai clinique pilote ouvert de 2011 mené chez 12 patients de 12 à 35 ans pendant 12 semaines a montré en définitive que la prise de 60 mg d’un extrait de ginkgo améliore significativement l’étendue du vitiligo au niveau cutané.

Le ginkgo diminue la dépigmentation et améliore la repigmentation dans le vitiligo.

Existe-il des précautions d’emploi concernant le Ginkgo biloba ?

Toxicité :

  • Les graines de ginkgo ne doivent pas être consommées car elles contiennent des alcaloïdes potentiellement toxiques.

Contre-indications :

  • Contre-indiqué en cas d’hémophilie.
  • Contre-indiqué chez la femme enceinte ou allaitante; les propriétés antiplaquettaires du ginkgo pourraient par conséquent prolonger le temps de saignement. Pendant la lactation, la sécurité de la feuille de ginkgo est inconnue et doit être évitée jusqu’à ce des études de haute qualité soient menées chez l’humain pour prouver sa sécurité.

Précautions d’emploi :

  • Arrêt du traitement 3 jours avant une intervention chirurgicale.
  • Selon l’EMA, en l’absence de données suffisantes, l’utilisation des médicaments contenant du ginkgo biloba n’est pas recommandée chez les enfants et les adolescents de moins de 18 ans.
  • Le ginkgo ne sert à rien en tisanes.
  • Plusieurs études pharmacodynamiques suggèrent que le ginkgo inhibe l’agrégation plaquettaire (ginkgolide B).
  • En dehors des indications aiguës comme la crise hémorroïdaire, la durée d’un traitement avec le ginkgo biloba devait durer au moins 3 mois (8 semaines selon l’EMA) pour pouvoir bénéficier de ses bienfaits.

Interactions médicamenteuses :

  • Il convient d’être prudent et d’assurer une surveillance médicale en cas d’association du ginkgo biloba avec des anticoagulants ou avec des antiagrégants plaquettaires. Il en est de même en cas de prise conjointe avec les anti-inflammatoires, les anticonvulsivants, les sédatifs et les antiépileptiques.
  • Les effets rhéologiques du ginkgo peuvent se surajouter à ceux des plantes possédant des propriétés anticoagulantes ou fluidifiantes sanguines.
  • Le Ginkgo biloba ne devrait pas être associé avec :
    • Des médicaments de la classe des benzodiazépines, parce que les ginkgolides agissent comme des agonistes des récepteurs de l’acide gamma-aminobutyrique (GABA)
    • Des anticoagulants oraux, telle la warfarine
    • L’aspirine (augmentation du temps de saignement)
    • Des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), parce qu’en agissant sur le facteur d’agrégation plaquettaire (FAP) ils diminuent l’agrégation
  • Action sur les cytochromes CYP3A4, 2C9 et 2C19

Comment prendre le Ginkgo biloba et à quel dosage ?

Forme sèche :

  • En complément alimentaire, sous forme d’extrait de plante fraîche standardisé, d’extrait sec ou standardisé, d’extrait aqueux, de poudre, en gélules ou comprimés ou en vrac.

Forme liquide :

Le Ginkgo biloba en préparation magistrale d’extraits standardisés sous forme liquide (EPS)

Association avec le ginseng :

Pour l’amélioration des performances cognitives, notamment lors du travail intellectuel avant examen, concours ou pendant une sollicitation cognitive intense.

Association avec l’astragale et le curcuma :

Pour la protection cardiovasculaire après 60 ans (protection contre le vieillissement tissulaire et cérébral).

Association avec la prêle :

En cas de retard de cicatrisation, prévention des chéloïdes et vergetures, prévention et protection cardiovasculaire chez les personnes âgée, prévention du vieillissement.

Association avec le millepertuis :

En cas de dépression légère à modérée avec ralentissement cérébral cognitif.

Association avec la grande camomille :

Contre les céphalées, les migraines, notamment dans un contexte d’insuffisance circulatoire cérébrale.

Association avec le plantain :

Pour lutter contre l’asthme, broncho-pneumopathie chronique obstructive, du fait de la capacité du ginkgo à inhiber le facteur d’activation des plaquettes (PAF).

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

 

Clémentine. M.
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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