Le Cyprès, l’arbre de vie aux multiples vertus

cyprès

Qui n’a dans la mémoire ces paysages méditerranéens où le sombre cyprès dresse sur le bleu violent du ciel ses étroites colonnes endeuillées ? Avant d’embellir la Côte d’Azur et de jouer l’utile rôle de rempart face au vent et au sable, le cyprès prit racine en Asie mineure, où sa présence est consignée dans un vieux texte assyrien du XVIe siècle avant J.-C. Si le cyprès est qualifié d’arbre de vie, c’est en raison de sa pérennité et de son évident caractère semper virens.

Un peu d’histoire

Très anciennement naturalisé, on le retrouve notamment sur deux îles méditerranéennes, la Crète et Chypre, amené là par les Phéniciens. De là, il essaime en Grèce et en Italie (avec quelques difficultés d’acclimatation d’après Pline), puis à l’ensemble du pourtour méditerranéen (Midi de la France, Espagne, Maroc, Égypte…), tout en suivant un chemin inversement dirigé vers le nord de l’Inde et la Chine.

En Grèce, le cyprès était tout à la fois; un médicament et la matière permettant d’honorer les divinités.

De par sa verticalité, et son solide ancrage en terre, et même si plié par le vent il ne rompt pas, il représente pour les Chinois la passerelle permettant d’unir le Ciel et la Terre. C’est pourquoi on utilisera particulièrement l’huile essentielle de cyprès en tant qu’huile de transition et de séparation, afin d’adoucir les peines des personnes trop focalisées sur leur passé, qui sont incapable de se projeter en avant sans crainte, peureuses et inquiètes à l’idée que l’avenir, le fatum, leur réserve un mauvais tour. Une huile essentielle parfaite pour Horace !

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des noix de Cyprès ?

Propriété antivirale :

Les oligomères proanthocyanidoliques ou OPC sont des polymères de flavonoïdes dont le mode d’action antiviral est double :

  • D’une part, ils possèdent des propriétés de fixation aux protéines, notamment sur les substrats des enzymes et sur les protéines de surface des cellules. De fait, les OPC entravent l’adhésion des virus sur leur cellule hôte, limitant ainsi la reconnaissance virus/cellule hôte et la réplication virale.
  • D’autre part, ils induisent une lyse des virus, ce qui permet la diminution rapide de la charge virale.

Action sur le virus de l’herpès :

In vivo, chez des patients atteint de lésions herpétiques, l’application locale de crème contenant 5% de proanthocyanidines diminue le nombre de lésions herpétiques. En effet, une étude clinique en double aveugle contre placebo démontre qu’après le traitement local, une nette diminution du nombre de lésions herpétiques est mise en évidence et démontre l’intérêt thérapeutique du cyprès en cas d’infections herpétique.

Propriété protectrice du tissus conjonctif :

In vitro, une étude a mis en évidence l’effet inhibiteur des OPC sur la collagénase, empêchant ainsi l’inhibition de la synthèse de collagène et sa dégradation, telles qu’on les constate au cours du vieillissement ou lors de certaines agressions externes.

Les OPC sont également inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine et de la trypsine, une endoprotéase qui hydrolyse les liaisons peptidiques et dégrade les protéines.

Propriété circulatoire et angioprotectrice :

Riche en tanins, et notamment en oligomères proanthocyanidoliques (OPC), la noix de cyprès exerce une action veinotonique, astringente, vasoconstrictrice et antihémorragique.

Dans une étude randomisée d’une durée de 2 mois, la poudre de cyprès s’est avérée nettement plus efficace que la diosmine (veinotonique de référence) sur des symptômes d’insuffisance veineuse (jambes lourdes, douleurs, crampes, œdèmes) : 80% de bons et très bons résultats contre 53% avec le produit de référence.

L’utilisation traditionnelle des noix de cyprès pour diminuer les symptômes de l’insuffisance veineuse ou des troubles hémorroïdaires serait liée notamment à son action de protection du tissu conjonctif.

Existe-il des précautions d’emploi concernant le Cyprès ?

  • Le cyprès est contre-indiqué chez la femme enceinte ou allaitante
  • Pas d’usage prolongé
  • Aucune interactions médicamenteuses n’a été rapporté jusqu’à présent

Comment prendre le Cyprès et à quel dosage ?

Forme sèche :

  • En complément alimentaire, sous forme de gélules d’extrait de plante fraîche standardisée, d’extrait sec ou de poudre, seul ou associé à d’autres plantes.

Dans l’indication antivirale, on trouve une association cyprès et échinacée sous forme de comprimé d’extrait de plante fraîche standardisé, dont la posologie est de 2 cp/jour 5 jours sur 7 en entretien (exemple : prévention virale), et de 4 cp 2 à 3 fois par jour en cas d’infection virale aiguë.

Forme liquide :

  • Extrait de plante fraîche standardisé : 5ml 1 à 2 fois par jour dans un verre d’eau en entretien, 2 à 3 fois plus en cas d’infection virale aiguë.
  • Décoction : 20 à 30 g de cônes par litre d’eau, faire bouillir 10 à 15 mn, puis filtrer. Prendre 1 tasse 2 à 3 fois par jour, voire plus si besoin.

Le Cyprès en préparation magistrale d’extraits standardisés sous forme liquide (EPS)

Association avec l’échinacée :

Prévention des infections ORL et respiratoires à répétition, ainsi que leur traitement. Infections virales aiguës (grippe, virose, rougeole, varicelle, zona…) ou chroniques.

Association avec le plantain et le ginkgo biloba :

Bronchite chronique (BPCO), emphysème, insuffisance respiratoire.

Association avec la réglisse :

Herpès récidivant.

Association avec l’hamamélis :

Viroses, antihémorragique et protecteur du tissu conjonctif (épistaxis, hémorroïdes), troubles circulatoires veineux.

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

  • Al-Snafi, A. E. (2016). Medical importance of Cupressus sempervirens-A review. IOSR Journal of Pharmacy
  • Khadidja Mazari, Nassima Bendimerad, Chahrazed Bekhechi, Xavier Fernandez. Chemical composition and antimicrobial activity of essential oils isolated from Algerian Juniperus phoenicea L. and Cupressus sempervirens L. Journal of Medicinal Plants Research Vol. 4(10), pp. 959-964, 18 May, 2010
  • Orhan, I. E., & Tumen, I. (2015). Potential of Cupressus sempervirens (Mediterranean Cypress) in Health. The Mediterranean Diet, 639–647
  • Amouroux P., Procyanidines polymères du cyprès : contribution au développement d’un nouveau type d’antiviral. Thèse Sciences Clermont-Ferrand, 1998
  • Amouroux P. et al; Etude de l’influence de la formulation galénique d’une crème dermique à base de procyanidines polymères sur son efficacité vis-à-vis des lésions cutanées induites par le virus de l’herpès; J Pharm Belg., 1998
  • Clément C., Mise en évidence et recherche du mode d’action antiviral d’un proanthocyanidol, Mémoire CNAM, CRA, Clermont-Ferrand, 1993
  • Meunier M.T. et al., Inhibition of angiotensin I converting by flavanolic compounds ; in vitro and in vivo studies, Planta Med., 1987
  • Etude clinique randomisée poudre totale de cyprès contre diosmine (non publiée). Documentation scientifique du laboratoire Arkopharma, citée dans 100 plantes médicinales Max Rombi, Romart, 1991

 

Clémentine. M.
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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