La fumeterre, la subtile simple évanescente

fumeterre

La croyance des Anciens avait pour fondement l’idée d’une plante qui ne naissait pas d’une graine. Une plante aux feuilles cendrées dont la saveur évoque la suie et l’odeur de fumée, à l’aspect vaporeux et évanescent n’est pas sans évoquer une silhouette floue tout comme de la fumée jaillissant d’entre les entrailles de la Terre… Ce qui explique qu’au XIIe siècle environ, l’on ait désigné en latin médiéval cette plante sous le nom de fumus terrae, qui donnera par la suite l’actuelle « fumeterre ».

Un peu d’histoire

Les grands noms de l’Antiquité gréco-romaine remarquèrent les vertus toniques et dépuratives de la fumeterre. Galien la recommande dans les obstructions du foie et les affections hépatiques en général.

La fumeterre n’est guère mentionnée dans les manuscrits du Moyen-Âge, et ce sont essentiellement les médecins arabes (Sérapion, Avicenne,Mésué) qui continuent à l’utiliser. Selon eux, cette herbe possède de nombreuses vertus, agissant tant sur le foie, la vésicule biliaire que le sang. Elle aurait, disent-ils, la propriété de guérir les maladies oculaires et, appliquée sur les dartres, les ferait disparaître. On en fit même une « eau de beauté », apte à « rendre au corps un teint florissant ».

À la Renaissance, Matthiole, inspiré par Mésué, dira notamment de la fumeterre qu’elle est le plus doux des purgatifs. Elle fortifie et tonifie les viscères, désobstruant le foie, étant cholagogue et dépurative du sang, elle agit ainsi sur un certain nombre de maladies cutanées imputables à un dysfonctionnement de la sphère hépatique.

Au XVIIe siècle, deux sommités médicales, Johann Schroder et Lazare Rivière, se penchent sur l’humble fumeterre. Tout deux confirment notamment son action sur la rate, le foie et la vésicule biliaire, ajoutant à cela le rôle majeur qu’elle tient comme dépuratif du sang. Et, de siècle en siècle, la fumeterre poursuit ainsi son petit bonhomme de chemin médical.

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des parties aériennes fleuries de la Fumeterre ?

Propriété digestive :

La présence de la totalité des principes actifs des parties aériennes fleuries de la fumeterre (totum) est indispensable pour obtenir une action digestive efficace. Il a été en effet montré que lorsque les composants chimiques sont pris de façon isolée, les propriétés hépatobiliaires ne sont pas retrouvées.

  • Activité amphocholérétique :

La fumeterre est cholagogue et régule le flux biliaire. Cette action, attribuée à la protopine, alcaloïde majeur de la famille des fumariacées, aboutit à la stimulation de la sécrétion biliaire, et à la réduction de l’hypersécrétion pathologique.

Une étude clinique menée in vivo contre placebo, sur des personnes indemnes de maladie hépatobiliaire, a notamment démontré cette action amphocholérétique. Les variations du débit biliaire ont été appréciées chez les différents sujets en fonction du taux de cholérèse de base. Il en ressort que lorsque le débit est faible, la plante augmente la cholérèse (+ 37). Quand il est élevé, la fumeterre diminue la cholérèse de façon très importante (- 63 %). Par contre, en cas de débit moyen, les variations du débit moyen, les variations du débit biliaire sont faibles et peuvent être considérées comme non significatives. De nombreuses autres études ont confirmé ce résultat tout à fait caractéristique mettant en évidence l’activité amphocholérétique de la fumeterre.

Cholagogue et amphocholérétique, la fumeterre stimule la sécrétion biliaire et réduit l’hypersécrétion pathologique (protopine).

Activité sur les troubles hépatobiliaires :

La fumeterre est un tonique amer avec une action eupeptique. Au niveau hépatique, la fumeterre est par ailleurs un inhibiteur léger du CYP3A4 et inducteur des CYP2D6, 2E1, 1A1 et 1A2.

Cette plante permet un nette régression des troubles hépatiques ainsi qu’une réduction du taux de bilirubine et possède une action hypocholestérolémiante. Elle est un atout majeur dans la réduction des céphalées avec troubles fonctionnels digestifs.

Activité antiseptiques digestives :

Parasiticidesin vitro en synergie avec Artemisia annua, A. absinthium et Asimina triloba, la fumeterre est également de fait antibactériennes, antivirales et antifongiques.

Propriété métabolique :

Des travaux de 2019 ont étudié l’effet d’extraits aqueux et méthanoliques de F. officinalis sur la glycémie chez des sujets normo-glycémiques et diabétiques induits par l’alloxane. Un effet hypoglycémiant significatif a été constaté à toutes les doses, ainsi qu’une amélioration des tests de la fonction hépatique et rénale chez le sujet diabétique, de même qu’une réduction des dommages cellulaires glomérulaires, de l’inflammation interstitielle, de la nécrose des cellules tubulaires et des phénomènes de thrombose au niveau des reins. Cette étude conclut que la fumeterre pourrait avoir un potentiel antidiabétique, probablement en raison de ses activités antioxydantes et inhibitrices de l’alpha-amylase.

Propriété spasmolytique :

La fumeterre possède une action spasmolytique sur la musculature lisse, au niveau :

  • Du sphincter d’Oddi
  • De l’intestin, des poumons et de l’utérus

Au niveau de l’intestin, la fumeterre exerce également une activité anti-inflammatoire. Ces propriétés trouvent leur application dans les troubles fonctionnels intestinaux chronique.

Propriété dermatologique :

Aux propriétés antihistaminiques, essentiellement due à la protopine, cette plante est aussi anti-infectieuse, ces vertus bactéricides antistaphylococciques sont en relation avec certains alcaloïdes isoquinoléiques de la fumeterre (allocryptopine, sanguinarine, berbérine).

Bénéfique en dermatologie par l’acide fumarique qu’elle contient, la fumeterre est employée traditionnellement dans de nombreux pays pour soigner les troubles cutanés (dermatites, notamment atopiques, eczéma, psoriasis…). L’action de l’acide fumarique confirme plusieurs études randomisées et contrôlées chez des patients et une étude in vitro sur des cellules mononucléées sanguines humaines isolées de patients atteints de psoriasis.

Propriété neurotonique :

La fumeterre possède une activité sédative via la protopine qui augmente la fixation du GABA sur les récepteurs centraux au niveau des membranes synaptiques cérébrales, mais également sérotoninergique.

Inhibitrice de l’acétylcholinestérase, en relation avec certains alcaloïdes isoquinoléiques de la plante (fumaranine et fumarostrejdine), la fumeterre possède des propriétés potentiellement utiles dans la maladie d’Alzheimer.

Existe-il des précautions d’emploi concernant la Fumeterre ?

Contre-indications :

  • Contre-indiquée en cas d’obstruction des voies biliaires, de calculs et/ou de maladies biliaires ou hépatiques
  • Selon l’EMA, l’utilisation de la fumeterre n’est pas recommandée chez la femme ou allaitante du fait de la présence d’alcaloïdes
  • Contre-indiqué en cas d’hypersensibilité aux substances actives

Précautions d’emploi :

  • À utiliser avec prudence et sous surveillance médicale en cas d’insuffisance hépatique sévère ou en cas de calculs susceptibles d’obstruer les voies biliaires
  • Réservé à l’adulte
  • L’usage prolongé de la fumeterre peut s’avérer dangereux par accumulation d’alcaloïdes

Interactions médicamenteuses :

  • De par son activité sur les CYPs, la fumeterre peut interagir avec certains médicaments de chimiothérapie. Vérifier le type d’interaction avec une éventuelle association de la fumeterre à l’un de ces produits. L’intensité de l’interaction peut être évaluée sur le site de la banque de données sur les médicaments Thériaque (Hedrine)
  • Ne pas utiliser chez les patients prenant de la cyclosporine
  • Inhibition probable du CYP3A4 par la berbérine

Comment prendre la Fumeterre et à quel dosage ?

Forme sèche :

  • En complément alimentaire, sous forme de gélules (extrait) de 200 mg, 1 gélule matin et soir ou de gélules de 220 mg, 1 gélule 3 fois/jour, et jusqu’à 5/jour

Forme liquide :

La Fumeterre en préparation magistrale d’extraits standardisés sous forme liquide (EPS)

Association avec le curcuma et la gentiane :

En cas de troubles de la digestion.

Association avec la mélisse :

Dans le traitement des gastralgies sur reflux biliaire, de nausées et de spasmes intestinaux.

Association avec l’artichaut :

Pour les troubles digestifs post-cholécystectomie.

Association avec le bardane et la pensée sauvage :

Contre les dermatites et l’eczéma.

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

Clémentine. M.
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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