L’Hamamélis, le noisetier des sorciers amérindiens

hamamélis

Si l’étymologie ne nous renseigne guère sur ce qu’est l’hamamélis, en revanche les synonymes français et anglais nous en disent davantage : “Witch-hazel“→ Le noisetier de sorcière. En effet, cet arbuste endémique au territoire nord-américain a joué là-bas le même rôle, ou peu s’en faut, que le noisetier en Europe. De ses branches l’on a fabriqué des baguettes de sourcier, tandis que les sorciers amérindiens n’hésitèrent pas à avoir recours à lui pour traiter diverses affections : hémorragies, règles trop abondantes, inflammations cutanées et oculaires, tumeurs, etc.

Un peu d’histoire

En 1736, le célèbre botaniste John Bartram (1699-1777), qui parcourt les États-Unis pour collecter des végétaux, fait la rencontre de l’hamamélis. Peter Collinson (1694-1768), qui entretenait une correspondance avec Bartram, fut celui qui rapporta l’hamamélis en Europe au milieu du XVIIIe siècle. Mais ce n’est véritablement qu’au XIXe siècle que seront établies les propriétés thérapeutiques que nous lui connaissons, en particulier grâce aux travaux du médecin français Georges Dujardin-Beaumetz (1833-1895) qui feront entrer l’hamamélis dans la médication classique des troubles veineux. L’on doit aussi à d’autres chercheurs la mise en évidence des propriétés anti-infectieuses de cet arbuste sur des affections génito-urinaires dont la blennorragie. Par ailleurs, extraits hydroalcooliques et aqueux donnèrent de bons résultats sur les germes Gram + et Gram -, en particulier par l’action d’un ester, le gallate d’éthyle.

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des feuilles d’Hamamélis ?

Propriétés astringentes :

In vivo, l’hamamélis inhibe en effet l’activité de l’α-glucosidase et de l’élastase de leucocytes humains; enzymes de dégradation du tissu conjonctif. En protégeant ce dernier, l’hamamélis permet de conserver l’intégrité de la paroi des vaisseaux. Son activité astringente de resserrement des tissus, ses propriétés antihémorragiques et hémostatiques (favorisant la coagulation du sang) sont en relation avec sa porte concentration en tanins et en flavonoïdes. Elle explique l’usage de la plante dans le traitement des troubles de la circulation et de la microcirculation.

L’action astringente des tanins sur la muqueuse intestinale peut lui conférer des propriétés antidiarrhéique grâce à un ralentissement du péristaltisme intestinal.

  • Vasoconstrictrice et veinotonique :

L’hamamélis est notamment une plante aux vertus thérapeutiques reconnues, tant par voie orale qu’en application locale. La forme galénique semble en définitive constituer un critère d’efficacité important, comme le confirmait dès 1972 une analyse in vivo des propriétés veinotoniques et vasoconstrictrices de l’hamamélis.

Cette étude a par ailleurs testé plusieurs types de préparations à base de feuilles d’hamamélis. Non seulement, l’action veinotonique de ces préparations a été caractérisée, mais l’extrait fluide d’hamamélis s’est avéré être la forme galénique la plus active d’un point de vue vasoconstricteur, les teintures officinales et les atomisâts alcooliques étant beaucoup moins actifs. Il a été démontré que l’action vasoconstrictrice est essentiellement due aux proanthocyanides trouvées dans les feuilles.

  • Activité vitaminique P :

Ce sont les tanins et les flavonoïdes qui contribuent à cette activité. La résultante de cette action conduit notamment à une augmentation de la résistance des capillaires sanguins et une protection de l’endothélium vasculaire.

Propriétés anti-inflammatoires, antioxydantes et cytoprotectrices :

Les proanthocyanidines (catéchine et épicatéchine) de l’hamamélis exercent en effet une action anti-œdémateuse en inhibant l’activité de la 5-lipoxygénase sur la conversion de l’acide arachidonique en leucotriènes. Cette activité anti-inflammatoire a donc été confirmée in vivo. Les proanthocyanidols de l’hamamélis inhibent de fait l’élastase de polynucléaires humains.

Un topique contenant un distillat d’hamamélis appliqué topiquement sur la peau supprime en 24h l’érythème induit par les UV, confirmant ainsi l’activité anti-inflammatoire locale de la plante. Cette protection contre les dommages provoqués par les UV a ainsi été confirmée dans une étude réalisée chez 30 volontaires sains, montrant l’action anti-érythémateuse significative d’une lotion après-soleil contenant 10% d’hamamélis.

Outre le fait d’inhiber le facteur de nécrose tumorale α (TNFα) et de réduire l’inflammation, l’hamamélitanin possède également une action antioxydante efficace et protège les fibroblastes cutanés des dommages induits par des agents oxydants de type radical hydroxyle, anion superoxyde et oxygène singulet. La puissante activité antioxydante de l’hamamélis a notamment été démontrée dans plusieurs autres études.

L’hamamélitanin d’Hamamelis virginiana présente en outre une activité cytotoxique spécifique contre les cellules cancéreuses du côlon, ce qui pourrait expliquer l’usage de la plante pour inhiber la croissance du cancer du côlon.

Propriétés anti-infectieuses :

  • Bactériostatique et molluscicide :

L’extrait hydroalcoolique d’hamamélis exerce entre autres une activité bactériostatique, principalement des bactéries Gram (-). Plus récemment, il a notamment été montré une action de certains dérivés d’hamamélitanin sur les biofilms pathogènes avec potentialisation de la vancomycine dans le traitement des infections résistantes à Staphylococcus aureus.

L’hamamélitanin augmente la sensibilité aux antibiotiques des biofilms de Staphylococcus aureus, en inhibant la détection du quorum (quorum sensing), c’est-à-dire en perturbant les mécanismes régulateurs chargés de contrôler la densité bactérienne au sein du biofilm pathogène.

  • Antivirale :

L’hamamélis exerce une action antivirale sur le virus de l’herpès (HSV-1). Une étude de 2014 a montré que ses tanins sont actifs contre le virus de la grippe A et le papillomavirus humain.

Existe-il des précautions d’emploi concernant l’Hamamélis ?

Contre-indications :

  • En l’absence de données suffisantes, l’EMA ne recommande pas la prise d’hamamélis pendant la grossesse ou l’allaitement. L’agence européenne émet la même recommandation chez les enfants de moins de 12 ans, de même que chez les adolescents de moins de 18 ans en cas d’usage local anorectal dans l’indication hémorroïdaire.

Précautions d’emploi :

  • Il est conseillé de consulter un médecin en cas de saignement anorectal, avant de commencer un traitement avec l’hamamélis.
  • Rares cas d’hépatotoxicité par les tanins.

Comment prendre l’Hamamélis et à quel dosage ?

Forme sèche :

  • En complément alimentaire, sous forme d’extrait de plante fraîche standardisé, d’extrait sec, de poudre, en gélules.

Forme liquide :

En application locale :

  • Les formes liquides sans alcool sont également utilisables en application locale cutanée ou en bains de bouche. Des extraits d’hamamélis peuvent rentrer dans la composition de pommades (notamment sous forme de médicaments), de crèmes, de lotions ou de préparations magistrales à usage local.

L’Hamamélis en préparation magistrale d’extraits standardisés sous forme liquide (EPS)

En association avec la vigne rouge :

Dans l’insuffisance et/ou la fragilité veinocapillaire, la couperose, la réparation et la cicatrisation du tissu conjonctif après une brèche vasculaire.

En association avec la prêle :

Pour les lésions ligamentaires (entorse de cheville), musculaires, les hématomes ou les épistaxis.

En association avec le marron d’Inde :

Contre les crises hémorroïdaires et les saignements hémorroïdaires.

En association avec le noyer :

Dans la lutte contre les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) en poussée avec diarrhées sanglantes.

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

Clémentine. M.
Rédactrice d’articles scientifiques
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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