Huile essentielle de Laurier Noble, plante d’Hermès

laurier noble

Cet arbre a été vénéré dès l’Antiquité chez les Grecs et les Romains qui ornaient la tête de leur empereur avec une couronne de laurier. Dédié à Apollon, il représente la vitalité, la beauté et la victoire. Une couronne de baie de laurier (bacca laureati) était également offerte aux jeunes diplômés médecins, tradition qui deviendra le fameux baccalauréat sanctionnant la fin des études secondaires.

Les feuilles sont appréciées comme aromate dans les plats cuisinés, d’où son nom de laurier-sauce. L’huile obtenue à partir des baies sert, avec l’huile d’olive et la salicorne (soude végétale), à la fabrication du savon d’Alep et lui confère sa qualité de “surgras”. C’est le plus ancien savon, élaboré il y a 3500 ans. Aujourd’hui, il n’y a pas un seul guide qui omette d’en parler, ni une seule boutique qui lui ferait l’injure de ne pas la compter parmi son contingent aromatique.

Un peu de mythologie

Le laurier est avant tout une plante d’Hermès ! La couleur de l’aura de son huile essentielle n’est-elle pas bleue ? Le bleu ne renvoie-t-il pas au chakra de la gorge, siège de l’éloquence sous toutes ses formes ? Le laurier n’a-t-il pas quelques atomes crochus avec les Muses – poésie, chant, musique – entre autres ? Pourquoi donc évoque-t-on si peu Hermès dès qu’il est question du laurier et que l’on octroie l’entier mérite à une autre divinité, Apollon ? Sans doute parce que cela ne fut pas Hermès qui poursuivit la nymphe Daphné de ses velléités amoureuses.

Et c’est là que nous entrons dans le vif palpitant du sujet. Ovide, dans les Métamorphoses (Livre I), aborde la question de la genèse du laurier : une nymphe, Daphné, fille de Pénée, est le sujet de l’amourachement d’Apollon, après que ce dernier se soit moqué d’Éros qui, pour se venger, décocha l’aiguillon perfide de l’amour dans le cœur du dieu à la beauté trop séduisante. Son acharnement poussa la nymphe aux dernières extrémités, elle supplia les dieux de la métamorphoser afin d’échapper aux insistantes suppliques d’Apollon. Daphné devint ainsi racines, tronc, branches, feuillage… laurier.

L’on dit que la Pythie et ses prêtresses se livraient à la manducation des feuilles de laurier afin de favoriser leurs visions. Quoi qu’il en soit, le pouvoir visionnaire du laurier se perpétuera. Par exemple, la fille du devin Tirésias, Manto, était aussi surnommé Daphné. Théocrite, dans sa deuxième Idylle, nous décrit la magicienne qui cherche à déceler des présages dans le crépitement produit par des feuilles de laurier qui se consument, une technique passée dans l’augure populaire où la feuille qui brûle bruyamment est signe de bonne récolte, et de mauvaise dans le cas contraire.

Un peu d’histoire

Bien qu’il ourle le pourtour de la Grande Bleue Méditerranée comme une paire de cils, il n’en fut pas de tout temps ainsi. Le laurier a progressé surtout à l’initiative des hommes à partir d’un point que l’on pense situé en Asie mineure. Du temps d’Hésiode, soit au VIIIe siècle avant J.-C., il était commun en Béotie et formait la principale parure végétale de la vallée de Tempé dans laquelle coule le fleuve Pénée.

Il a donc peut-être été implanté il y a plus de 3000 ans par une société préhellénique. Puis les colons grecs l’ont importé au sud de l’Italie probablement aux VIe et Ve siècles avant J.-C., puisque l’on sait qu’il était très fréquent en Italie aux alentours du IVe siècle. Les Romains le déplacèrent en même temps qu’eux, en Narbonnaise, ainsi que dans la péninsule ibérique et au nord de l’Afrique.

Aujourd’hui, il suffit d’ouvrir les yeux pour constater que le laurier a largement dépassé le 45e parallèle, puisqu’on le trouve aussi bien au Finistère qu’en région parisienne. Cependant, ces arbres plantés et non venus d’eux-mêmes, ne fructifient généralement pas. Malgré tout, au fil de cette pérégrination, le laurier a essaimé de multiples manières, médicalement et symboliquement entre autres.

D’Hippocrate, l’on apprend que l’usage du laurier ne lui était pas inconnu : les frictions de son huile affaiblissaient le tétanos, ses feuilles calmaient les douleurs post-partum. Théophraste, qui n’est pas médecin, lui concède intérêt, étant botaniste, mais l’usage qu’il en fait dénote certaines connaissances thérapeutiques à son sujet : il « pense écarter de lui toute impureté contagieuse en se promenant toute la journée dans la cité, le jour de la fête de Choes, avec une branche de laurier entre les dents, après s’être purifié les mains et aspergé d’eau lustrale ».

Quelles sont les propriétés pharmacologiques de l’huile essentielle de feuilles de Laurier ?

Propriétés antimicrobiennes :

L’huile essentielle de laurier est immunostimulante, bactéricide, virucide et fongicide. Elle est de fait anti-infectieuse à tropisme pulmonaire et ORL avec une activité antibiofilm vis-à-vis de Staphylococcus aureus. Également antibactérienne vis-à-vis de Escherichia coli, Listeria monocytogenes et Salmonella typhimurium, le laurier a su montré une action antivirale, dont l’activité inhibitrice vis-à-vis de la réplication des virus SARS-CoV et HSV-1 a pu être démontré.

Propriété analgésique et anti-inflammatoire :

L’effet anti-inflammatoire du 1,8 cinéole a été démontré in vitro sur des globules blancs (monocytes) vis-à-vis d’inducteurs de l’inflammation comme l’interleukine-1β. Les médiateurs de la réaction inflammatoire comme les métabolites de l’acide arachidonique, les leucotriènes B, le thromboxane-B et les prostaglandines E sont significativement diminués au niveau pulmonaire, ainsi que le TNF-α (tumor necrosis factor). L’eugénol et les carbures MT sont aussi impliqués.

Ses effets antalgique, antinévralgique et anti-inflammatoire sont donc comparable à la morphine et au piroxicam.

Propriétés antispasmodique :

Antispasmodique (complémentaire), le 1,8 cinéole et l’acétate de terpényle que l’huile essentielle de laurier contient possèdent une action sur les muscles lisses de la trachée vis-à-vis de l’acétylcholine. Les lactones ST ralentissent ainsi la vidange gastrique.

Propriété insecticide :

Les propriétés insecticides du laurier ont été démontré vis-à-vis des poux, des acariens et du coléoptère de la farine. C’est également un répulsif vis-à-vis des mites.

Propriétés sur le système nerveux :

Neurotonique et stimulante cérébrale, l’huile essentielle de laurier est régulatrice du système nerveux végétatif (sympathique et parasympathique) à tropisme digestif, ainsi que Ʃ +

Autres propriétés :

  • Anti sclérosante
  • Régulatrice lymphatique
  • Vaso-coronaro-dilatatrice
  • Antidiabétique par inhibition de l’alpha-glucosidase
  • Antioxydante et antiproliférative vis-à-vis de cellules leucémiques (leucémie myéloïde chronique), activité antiproliférative vis-à-vis de cellules de cancer du sein (adénocarcinome du sein)
  • Décontracturante surtout par voie locale
  • Anti dégénérescente et antiputride
  • Expectorante et mucolytique par stimulation des glandes exocrines des muqueuses respiratoires

L’huile essentielle de Laurier requiert-elle des précautions d’emploi ?

  • Contre-indiquée chez la femme enceinte ou allaitante
  • Réservée à l’adulte (risque de convulsions chez l’enfant)
  • Ne pas inhaler, ni diffuser, ni mettre dans l’eau du bain
  • Ne pas associer avec la cortisone, risque d’interaction médicamenteuse, demandez conseil à votre pharmacien
  • Contre-indiquée chez les asthmatiques
  • Interdite aux animaux
  • Contre-indiquée en cas d’antécédents de convulsion
  • Prudence en cas de traitement antiépileptique

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

Clémentine. M.
Rédactrice d’articles scientifiques
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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