Le Curcuma, racine prodigieuse aux nombreux bienfaits

Matière médicale, plante tinctoriale mais aussi épice, le curcuma prodigue ses bienfaits aux hommes depuis 3 000 ans. Cette plante vivace, dont certains spécimens ornent de nos jours les boutiques des fleuristes, est surtout connue pour ses parties souterraines qui, à la manière du gingembre, sont en effet constituées de rhizomes.

Un peu d’histoire

Le curcuma est connu du monde occidental depuis l’Antiquité si l’on en croit les descriptions qu’en donne Dioscoride. En Europe, au XVIIe siècle, Lémery le considérait en effet comme apéritif et comme « propre à lever les obstructions de la rate, à soigner la jaunisse et la pierre » (par pierre entendre lithiase). Au XIXe siècle, on l’utilisait par ailleurs comme stimulant du foie, tonique des fonctions digestives et diurétiques. Enfin, au XXe siècle, le médecin français Henri Leclerc reprendra un certain nombre de ces indications thérapeutiques.

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques du rhizome de Curcuma ?

Propriétés anti-inflammatoires :

De nombreux composés du curcuma présentent des effets anti-inflammatoires et antalgiques principalement via les composés volatiles comme le germacrone (sesquiterpène isolé des huiles volatiles). Ces effets bénéfiques sont montrés aussi bien in vitro qu’in vivo, en réponse à des inflammations aiguës ou chroniques. Ces propriétés anti-inflammatoires et chondroprotectrices sont par ailleurs largement documentées en rhumatologie (arthrite, arthrose).

  • Études sur l’inflammation aiguë :

Le mécanisme le plus fréquent invoqué est celui impliquant les prostaglandines, dont la sécrétion est significativement diminuée. En cas d’inflammation, les composés actifs du curcuma inhibent également la trypsine et la hyaluronidase, composés essentiels au développement de certains états inflammatoires, notamment articulaires.

  • Études sur l’inflammation chronique :

De nombreuses études ont en définitive été réalisées chez l’homme (inflammation postopératoire, cicatrisation, prévention de la résorption osseuse, récupération locomotrice et sensorielle après traumatisme médullaire, protection pulmonaire…).

Propriétés immunomodulantes et anticancéreuses :

Le curcuma stimule la phagocytose, l’activité des cellules tueuses (NK), ainsi que la production d’immunoglobulines de type G (Ig G). Il inhibe l’intégrase de VIH-1, qui catalyse l’interaction du génome viral dans l’ADN de la cellule infectée.

Les propriétés anticancéreuses de la curcumine sont désormais bien documentées. Ses potentialités anticancéreuses concernent plus particulièrement les atteintes des ovaires, de la peau, de l’œsophage, du côlon et des cellules lymphomateuses. Selon une revue de la littérature scientifique de 2019, bien que la curcumine présente une faible biodisponibilité, son rôle dans le traitement avancé du cancer et dans les soins d’accompagnement a été étudié dans de nombreux essais cliniques. Après des résultats prometteurs dans les essais de phase I et II, plusieurs essais de phase III dans différentes indications sont en cours courant 2019 afin de rechercher les effets anticancéreux directs. Les auteurs précisent que ce composé exerce par ailleurs des effets bénéfiques sur les effets secondaires (neurotoxicité, cardiotoxicité, néphrotoxicité, hématotoxicité, etc.) liés au traitement du cancer.

Propriété hépatoprotectrice :

En cas d’agression hépatique, la curcumine a notamment un rôle protecteur majeur par activation dans les foie des systèmes enzymatiques antioxydants : superoxyde dismutase, catalase, glutathion peroxydase et transférase.

Propriétés gastro-intestinales :

Lors d’une administration quotidienne, le curcuma engendre :

Au niveau de l’estomac :

  • Augmentation de la sécrétion de gastrine.
  • Inhibition de la formation d’ulcère induite par différents stress : alcool, indométacine…
  • Inhibition d’Helicobacter pylori.

Au niveau de la vésicule :

  • Action cholérétique, cholagogue et préventive de la lithiase biliaire.

Au niveau du pancréas :

  • Augmentation de l’activité des lipases et des amylases pancréatiques, de la trypsine ainsi que de la chymotrypsine.

Au niveau du tractus gastro-intestinal :

  • Anti-inflammatoire de la muqueuse intestinale. In vitro, la curcumine, réduit la réponse inflammatoire intestinale en diminuant de fait le stress du réticulum, protégeant ainsi l’intestin de l’invasion bactérienne. Dans un modèle animal de MICI, l’administration orale de curcuma améliore notamment l’inflammation colique en diminuant l’interleukine-23 (IL-23) et la myéloperoxydase (MPO). Cette action passe par des mécanismes cellulaires et géniques. La démethoxycurcumine inhibe l’induction de la iNOS dans un modèle in vitro d’inflammation intestinale de muqueuse humaine. La curcumine régule les fonctions barrière de l’intestin.
  • Activité prébiotique : il a été montré en 2019 par des chercheurs iraniens que l’extrait de curcuma présente de façon significative, dans un modèle artificiel, une excellent résistance au suc gastrique et intestinal humain par rapport à un prébiotique standard (inuline). Non seulement il est digéré par des probiotiques, notamment le Lactobacillus rhamnosus GG (LGG) et le Bifidobacterium animalis BB12, mais il favorise également la croissance de ces bactéries même après 72 h. Cette même étude a montré par ailleurs que le curcuma exerce des effets suppresseurs sur la production d’interleukine-8 (IL-8) induite par le lipopolysaccaride (LPS), mettant en évidence son activité anti-inflammatoire.

Protection cardiovasculaire :

  • Protecteur de la peroxydation lipidique :

Par son action antioxydante, le curcuma réduit entre autres la peroxydation lipidique induite par des molécules chimiques (tétrachlorure de carbone, paraquat et cyclophosphamide). Le curcuma freine ainsi le processus athéromateux au niveau du système artériel, en diminuant les dépôts lipidiques aortiques et les teneurs sanguines en lipides peroxydés in vivo, et en augmentant l’efflux de cholestérol dans les cellules spumeuses.

  • Protecteur myocardique et vasculaire :

Il a été montré qu’un extrait hexanolique standardisé de curcuma limite les lésions du tissu cardiaque après ischémie/reperfusion, en diminuant l’inflammation. Par un mécanisme épigénétique, la curcumine contribue à prévenir les accidents vasculaires cérébraux (AVC).

  • Effet hypolipémiant :

Le curcuma est hypocholestérolémiant (il abaisse le cholestérol LDL et l’ApoB, et il augmente le cholestérol HDL et l’ApoA). Il diminue l’absorption intestinale du cholestérol. Il restaure les voies métaboliques dans un modèle dyslipidémiques.

Propriétés métaboliques :

Les polyphénols du curcuma diminuent la réponse inflammatoire des cellules adipeuses, et améliorent par conséquent la réponse métabolique. In vitro, la curcumine et ses dérivés inhibent en effet l’absorption du fructose, via les transporteurs de glucose GLUT2 et GLUT5.

Propriétés neuroprotectrices, anti-neurodégénératives et neuropsychiques :

Une revue de littérature scientifique de 2018 indique que Curcuma longa augmente les niveaux des antioxydants et abaisse ceux des oxydants, tout en inhibant l’activité de l’acétylcholinestérase dans le système nerveux. Son effet neuroprotecteur se manifeste notamment par une réduction des cytokines pro-inflammatoires (IL-6, d’IL1β, de TNF-α). Le curcuma améliore les maladies neurodégénératives et exerce un potentiel thérapeutique dans les troubles associés à la neuro-inflammation et à un déficit en neurotransmetteurs, tels que la maladie d’Alzheimer et la dépression.

Activités antimicrobienne et anti-infectieuse :

Le curcuma possède également des propriétés antimicrobiennes, antifongiques et antiparasitaires. Notamment, la curcumine favorise in vitro l’élimination de M. tuberculosis par les macrophages. Elle est notamment efficace sur Trichomonas vaginilis.

Existe-il des précautions d’emploi concernant le Curcuma ?

Contre-indications :

  • Le curcuma est contre-indiqué en cas d’obstructions des voies biliaires, de présence de calculs biliaires infracentimétriques, ainsi que de maladies biliaires ou hépatiques.
  • L’EMA ne recommande pas le curcuma durant la grossesse ou la lactation.

Effets secondaires :

  • Sous forme liquide, le curcuma peut parfois colorer la salive en jaune.

Précautions d’emploi :

  • Déconseillé chez les enfants et les adolescents de moins de 18 ans.

Interactions médicamenteuses :

  • Le curcuma ayant une action antiagrégante plaquettaire à forte dose et anti-inflammatoire, son association avec un anti-vitaminique K peut modifier l’INR (indicateur de la coagulation sanguine) et nécessite d’adapter la dose d’anticoagulants si nécessaire ainsi qu’une surveillance de l’INR entre 3 et 7 jours après l’introduction et l’arrêt de la prise de la plante.
  • Le curcuma pourrait potentialiser l’effet des nouveaux anticoagulants oraux comme le rivaroxaban, en interagissant au niveau du CYP3A4.
  • De même, le curcuma peut interagir avec certains médicaments de chimiothérapie. Vérifier le type d’interaction en cas d’éventuelle association du curcuma à l’un de ces produits. L’intensité de l’interaction peut en effet s’évaluer sur le site de la banque de données sur les médicaments Thériaque (Hedrine).
  • Les interactions du curcuma au niveau du cytochrome amènent donc à déconseiller l’emploi simultané du curcuma avec certains médicaments de chimiothérapie.

Comment prendre le Curcuma et à quel dosage ?

Forme sèche :

  • En complément alimentaire, sous forme de gélules d’extrait sec, d’extrait standardisé de plante fraîche ou de poudre de curcuma.

Forme liquide :

  • Extrait fluide de plante fraîche standardisé : 5 ml par prise, 2 fois par jour dans le l’eau.
  • Infusion : 1 à 2 g de poudre de curcuma, éventuellement avec 3 ou 4 grains de poivre noir, dans 150 ml d’eau bouillante durant 10 à 15 minutes, 1 tasse 1 à 2 fois par jour.

Le Curcuma en préparation magistrale d’extraits standardisés sous forme liquide (EPS)

En association avec le chardon-Marie :

Dans la stéatose hépatique, le syndrome métabolique ou diabète de type 2.

En association avec la réglisse :

Pour lutter contre la gastrite, les suites d’ulcère gastroduodénal, les hépatites, les troubles fonctionnels intestinaux, la colite, l’inflammation ostéoarticulaire et viscérale (endométriose).

En association avec l’astragale et le ginkgo biloba :

Dans la protection cardiovasculaire, immunitaire et cérébrale.

En association avec le cassis et la scrofulaire :

Contre l’arthrose douloureuse et la chondroprotection.

En association avec la fumeterre :

Dans la lutte contre la dyspepsie et la lithiase biliaire.

En association avec le desmodium :

Dans l’utilisation d’un traitement de fond de détoxication hépatique, polymédicamentation, notamment chez la personne âgée, et dans les troubles de la digestion.

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

Clémentine. M.
Rédactrice d’articles scientifiques
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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