Le Chardon-Marie, symbolique de la Rose mystique

Bien plus employé par la médecine populaire, le chardon-Marie devra attendre l’orée du XVIe siècle avant que les thérapeutes le prennent enfin en considération. Cependant, dès le XVIIIe siècle, les vertus du chardon-Marie, aussi diverses soient-elles, sont jetées aux orties par les praticiens. Qu’importe. Le XXe siècle saura redorer le blason de cette plante répudiée.

Un peu d’histoire

Le nom de chardon-Marie vient d’une légende qui daterait du Moyen-Âge. Fuyant les persécutions d’Hérode, la Vierge Marie, voulant protéger son enfant, se serait cachée sous un bosquet de chardons. En l’allaitant, quelques gouttes de lait tombèrent sur les feuilles de la plante, d’où ses nervures blanches si caractéristiques et son nom de chardon-Marie. Cette légende a pu être à l’origine de son indication galactogène traditionnelle, à moins que ce ne soit l’inverse, puisque le chardon-Marie favorise la production de prolactine.

Paracelse le préconisait contre les « brûlures intérieures » et le botaniste anglais John Gerard pour les « maladies de la mélancolie ». La racine, apéritive et pectorale, ainsi que les feuilles toniques amères furent vantées durant la Renaissance contre diverses affections. Matthiole, beaucoup plus précis, l’annonce par ailleurs hydragogue, cholagogue et diurétique. Aujourd’hui, la médecine traditionnelle chinoise indique que le chardon-Marie tonifie l’énergie des méridiens du Foie et des Reins, cela en dit long sur la perspicacité du médecin toscan, ayant vraisemblablement constaté l’action du chardon-Marie sur les états congestifs et surtout sa capacité circulatoire à bien des égards.

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des akènes de Chardon-Marie ?

Propriété hépatique :

  • Action hépato protectrice :

La silymarine protège le foie par différents mécanismes :

→ La stabilisation de la membrane plasmique de l’hépatocyte. Elle inhibe l’absorption de certaines toxines comme celles par exemple de l’amanite phalloïde, en empêchant leur fixation à la surface cellulaire et en bloquant le système de transport membranaire de ces poisons.

→ Le piégeage de nombreux radicaux libres via la formation de composés plus stables et moins réactifs. Elle contribue également au maintien du niveau de glutathion et de superoxyde dismutase dans le foie.

→ L’augmentation, in vitro, de la synthèse des protéines hépatocytaires grâce à la stimulation qu’elle exerce sur l’ARN polymérase 1 qui est impliquée dans la synthèse des ARN ribosomaux. In fine cela augmenterait la synthèse protéique, contribuant ainsi à augmenter les capacités de régénération du foie.

Une méta-analyse d’essais contrôlés randomisés menée en 2019 auprès de 1198 personnes atteintes de tuberculose a non seulement montré que la silymarine du chardon-Marie exerce une activité prophylactique de vis-à-vis des lésions hépatiques induites par les médicaments antituberculeux, mais qu’elle améliore également la fonction hépatique des patients traités.

  • Action sur la stéatose hépatique :

Dans un modèle in vivo de stéatose hépatique non alcoolique (SHNA), l’administration d’un extrait hydroalcoolique de fruits frais de chardon-Marie diminue la sévérité des atteintes hépatiques, ainsi que l’inflammation et la destruction des hépatocytes. Une autre étude utilisant un modèle différent de SHNA a également montré que l’administration de silybine permet de réduire la stéatose, l’inflammation, la peroxydation lipidique, la sécrétion d’insuline, avec récupération d’un poids de la glande hépatique presque normal.

  • Action protectrice et curative vis-à-vis de toxiques :

La prise de silybine améliore significativement l’état de santé chez des personnes intoxiquées par l’amanite phalloïde après échec d’un traitement de référence. La silymarine protège de fait le foie contre les dommages induits par le paracétamol, l’azidothymidine (AZT), l’acétaminophène, l’éthanol et la D-galactosamine.

  • Action cholagogue :

En favorisant l’expression membranaire de la pompe d’exportation des sels biliaires qui permet l’élimination de la bile, la silymarine protège notamment in vivo de la cholestase induite par les œstrogènes.

Propriété métabolique gluco-lipidique :

Cet effet du chardon-Marie pourrait s’expliquer d’une part via l’action agoniste de l’isosilybine A sur la PPARy (facteur de transcription impliqué dans la régulation du métabolisme gluco-lipidique) et d’autre part, via l’action de la silybine qui diminue la résistance à l’insuline de cellules musculaires.

In vitro, la silybinine régule le métabolisme lipidique, favorise la thermogénèse et la brunisation de cellules adipeuses, ce qui suggère un intérêt du chardon-Marie dans la prise en charge de la surcharge pondérale et de l’obésité.

Propriétés antioxydante et anti-inflammatoire :

Les propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires de la silymarine sont considérées comme responsables de ses actions protectrices. Plusieurs mécanismes sont impliqués, notamment une action antiradicalaire et de chélation du fer libre et du cuivre, ainsi qu’une stimulation des protéines de choc thermique et des sirtuines.

In vivo, l’administration per os de silymarine avant un stress de contention permet en effet de réduire les atteintes hépatiques en diminuant le stress oxydant et la réponse inflammatoire.

Propriété néphroprotectrice :

La silymarine protège contre la néphropathie induite par les produits de contraste utilisés en radiologie, comme l’indique une étude in vivo de 2019. Ce composé préserve en effet la fonction rénale, diminue les dommages oxydatifs systémiques et rénaux (propriétés anti génotoxiques et anti-apoptotiques, respectivement) d’une manière dépendante de la dose, et se révèle supérieur au traitement classique à la N-acétylcystéine.

Propriété sur le système nerveux central :

Un étude in vivo de 2019 a montré que la silibinine empêche l’altération de l’apprentissage et de la mémoire causée par un exercice physique excessif, et réduit en outre l’apoptose et la sénescence des cellules de l’hippocampe.

La silymarine présente notamment un effet antidépresseur lié au moins en partie à son action sur la production de monoxyde d’azote (NO).

Existe-il des précautions d’emploi concernant le Chardon-Marie ?

Contre-indication :

  • Contre-indiqué en cas d’obstructions des voies biliaires
  • Prudence en cas d’allergie aux astéracées
  • Les recherches menées chez la femme enceinte et chez l’enfant de moins de 18 ans font qu’à ce jour il n’y a pas de données suffisantes pour exclure tout risque lié à l’utilisation de cette plante. En conséquence, par mesure de précaution, l’utilisation de médicaments contenant cette plante est déconseillée par l’EMA dans ces cas spécifiques. Elle recommande par conséquent une durée maximale de traitement de deux semaines. Le chardon-Marie était traditionnellement recommandé aux femmes qui allaitaient, et nous ne disposons à ce jour d’aucun rapport médical signalant d’effets indésirables dans ce cas.

Précautions d’emploi :

  • L’utilisation concomitante de diurétiques de synthèse n’est pas recommandée, sauf avis médical

Interactions médicamenteuses :

  • L’effet antidiabétique de la silymarine pourrait s’ajouter à celui d’autres plantes (ginseng, cannelle).
  • En cas de diabète traité par des médicaments hypoglycémiants de synthèse, une surveillance médicale est de mise, afin que le médecin puisse surveiller la glycémie et adapter, si besoin, la posologie des médicaments classiques.
  • Le chardon-Marie pourrait néanmoins interagir avec certains médicaments de chimiothérapie.
  • Prudence en cas de co-administration avec des médicaments à faible marge thérapeutique.
  • Surveiller d’éventuelles interactions médicamenteuses, la silymarine diminue l’activité des enzymes du cytochrome P-450 (CYP), de l’enzyme UDP-glucuronosyltransférase (UGT) et réduit le transport de la glycoprotéine P (P-gp)
  • La silymarine réduit en particulier l’activité de l’enzyme CYP3A4 et l’activité de l’uridine diphosphoglucuronosyl transférase (UGT1A6/9), elle peut donc altérer le métabolisme hépatique de certains médicaments, leur pharmacocinétique et ainsi entraîner une toxicité accrue, mais d’autres travaux montrent que l’extrait de chardon-Marie n’a pas d’influence significative sur les activités des CYP1A2, CYP2C9, CYP2D6 ou CYP3A4/5

Comment prendre le Chardon-Marie et à quel dosage ?

Les principes actifs du chardon-Marie sont peu solubles dans l’eau. Aussi il est préférable de se tourner vers une extraction utilisant l’alcool comme solvant et d’utiliser la plante sous forme de comprimés, gélules ou extraits liquides standardisés.

Forme sèche :

  • En complément alimentaire, seul sous forme d’extrait standardisé de plante fraîche, d’extrait sec ou standardisé, de poudre, en gélules ou comprimés, ou associé à d’autres plantes.

Forme liquide :

  • Extrait fluide de plante fraîche standardisé : 5 ml 2 fois par jour dans un verre d’eau.
  • Extrait fluide hydroalcoolique : 30 à 50 gouttes, 3 fois par jour. L’alcool étant nocif, il est déconseillé en cas d’atteinte hépatique. Le chardon-Marie ne doit pas être utilisé sous cette forme pour traiter une maladie du foie.
  • Décoction , dans un but non thérapeutique : 20 g de graines pour 1L d’eau, à faire bouillir 30 mn. Une tasse avant chaque repas. (La très faible hydrosolubilité des flavonolignanes rend improbable une activité anti-hépatotoxique des infusions de chardon-Marie.

Le Chardon-Marie en préparation magistrale d’extraits standardisés sous forme liquide (EPS)

Association avec l’olivier :

Pour lutter contre l’insulinorésistance ainsi que le diabète de type 2.

Association avec le desmodium :

En cas d’hépatopathie avec ou sans insuffisance hépatocellulaire. Hépato protection lors d’exposition à des toxines (notamment certains médicaments), élévation des enzymes hépatiques.

Association avec le curcuma :

Dans la stéatose hépatique non alcoolique.

Association avec l’astragale et le ginkgo biloba :

En prévention du risque vasculaire (cardiaque, cérébral) après 60 ans dans un contexte métabolique (insulinorésistance).

Association avec la fumeterre et la mélisse :

Contre les troubles dyspeptiques d’origine hépatobiliaire, ainsi que les nausées.

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

Clémentine. M.
Rédactrice d’articles scientifiques
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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