Les pouvoirs thérapeutiques de la racine d’Échinacée

échinacée

Comme toute plante solaire, l’échinacée offre à la matière médicale son capitule floral, point culminant de cette plante, mais également ce qui lui est diamétralement opposé, à savoir, une souche racinaire ébouriffée. Bien que d’arrivée tardive en Europe (années 1930), les échinacées, dont on entama l’étude après la Seconde Guerre mondiale, en particulier en Allemagne, ont depuis lors, livré certains de leurs secrets.

Un peu d ‘histoire

Depuis la fin du XIXe siècle, des récoltes d’échinacées dans la nature ont été instaurées, et se sont multipliées à tel point qu’au début du XXe siècle, des botanistes tirèrent la sonnette d’alarme. Autant dire, qu’il s’agissait de récoltes sauvages ne prenant pas en compte les cycles de reproduction des plantes, alors que des prélèvements furent effectués dans des espaces protégés accueillant d’autres échinacées, telles que Echinacea atrorubens, Echinacea simulata et Echinacea paradoxa. D’autres échinacées voient leurs territoires se réduire comme peau de chagrin, c’est en effet le cas d’Echinacea laevigata et d’Echinacea tennesseensis.

Les peuples Omaha-Ponca et Lakota utilisaient l’Echinacea angustifolia dans un grand nombre de cas (maux de dents, migraine, brûlure, morsure de serpent, piqûre d’insecte, septicémie). Les Lakota employaient également l’Echinacea purpurea, ainsi que les Comanches, les Crows, les Cheyennes et les Delaware pour des raisons assez similaires qui poussèrent les précédents à faire usage de l’Echinacea angustifolia (morsure de serpent, piqûre d’insecte, maux de dents et de gorge, états infectieux, voire même maladies vénériennes).

Enfin, l’Echinacea pallida trouvait grâce aux yeux des Oglala, des Crows, des Cheyennes et des Meskwaki, dont ils broyaient le rhizome frais (maux dentaires, buccaux et gingivaux, refroidissement, rhumatismes, arthrite, colique, crampe d’estomac, variole, eczéma). De plus, les guerriers Hidatsu avaient coutume de mâcher la racine de l’Echinacea pallida en guise de stimulant lorsqu’ils étaient amenés par ailleurs à se déplacer de nuit.
Au-delà de cela, mentionnons qu’en 1969 Hartwell révéla qu’un certain nombre de tribus amérindiennes utilisaient indifféremment ces trois échinacées pour soigner notamment de nombreux cas de cancer du sein, avec succès.

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des racines d’échinacée ?

Propriété immunostimulante (immunostimulation non spécifique “innée” et immunomodulation spécifique “acquise”) :

L’échinacée module et renforce les défenses immunitaires de l’organisme face aux agents infectieux. Cette action, largement documentée, s’attribue à la fraction éthanolique lipophile (notamment les alkylamides) et à la fraction polysaccharide hydrophile. Les dérivés phénoliques de l’acide caféique (en particulier l’acide cichorique) semblent également jouer un rôle important dans cette action.

En particulier, l’échinacée exerce in vivo des effets bénéfiques sur l’immunosuppression induite par le stress de contrainte en augmentant la prolifération des splénocytes et l’activité des cellules tueuses naturelles (NK), tout en modulant les sous-ensembles de lymphocytes T et les niveaux de cytokines dans le sang.

Propriété anti-infectieuse :

  • Antibactérienne :

L’échinacée possède par ailleurs une action préventive et curative dose-dépendante antibactérienne inhibitrice sur la croissance de certains germes. Son effet antibactérien agit par conséquent directement sur Streptococcus pyogenes, Hemophilus influenzae, Legionella pneumophila, Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline et Mycobacterium smegmatis.

  • Antivirale :

L’échinacée exerce en outre une activité virucide globale vis-à-vis des virus à membranes. L’inhibition de la sécrétion est de fait induite par les virus de cytokines pro-inflammatoires (IL-6 et IL-8 (CXCL8).

L’acide cichorique et l’échinacoside possèdent notamment une activité antivirale. Cette plante est également antigrippale et inactive in vitro les coronavirus HCoV-229E, MERS-CoV, SARS-CoV-1 et SARS-CoV-2.

  • Antifongique :

Une activité antifongique a été démontrée sur Candia albicans, et sur des dermatophytes rencontrés dans le pied d’athlète. Cette action antimycosique a de fait été confirmée dans la prévention des infections urogénitales de la femme.

  • Antiparasitaire :

L’activité antiparasitaire de l’échinacée a effectivement été vérifiée pour les Trichomonas.

Propriété anti-inflammatoire :

Cette propriété est dépendante de la dose, et s’exerce localement et sur le plan général. Elle est portée par la fraction polysaccharidique, mais aussi par les alkylamides. Les mécanismes de cette activité anti-inflammatoire sont en somme à la fois vasculaire (de type anti-exsudatif) et tissulaire (baisse de la peroxydation lipidique et augmentation de la protection contre le stress oxydatif) par inhibition in vitro de la phosphatidylinositol-3-kinase, de la cyclo-oxygénase, de la 5-lipoxygénase et de la hyaluronidase.

L’activité anti-inflammatoire de l’échinacée pourrait en conséquence être due à de multiples métabolites actifs, qui agissent ensemble pour faire passer l’activation des macrophages de l’activation classique à une activation alternative. Cela est notamment illustré par le fait que dans les macrophages traités au lipopolysaccharides (LPS), l’échinacée inhibe l’expression de l’oxyde nitrique synthase inductible (iNOS) impliqué dans la réponse inflammatoire dans la défense et la réponse inflammatoire et la défense de l’hôte. L’iNOS et l’arginase métabolisent un substrat commun, la l-arginine, mais produisent des effets biologiques distincts. En effet, à l’inverse de l’iNOS, l’arginase participe activement à l’activation anti-inflammatoire. In vitro, l’activité de l’arginase des macrophages RAW est augmentée de manière significative par les extraits hydroalccoliques d’Echinacea purpurea, ainsi que d’E. angustifolia et d’E. pallida.

Outre son intérêt dans les infections ORL et respiratoires, l’activité anti-inflammatoire de l’échinacée s’exerce néanmoins dans d’autres domaines. Ainsi l’échinacée réduit le nombre de lésions, l’intensité de la douleur, le taux de récidive chez les patients présentant des ulcères aphteux mineurs récurrents, en même temps qu’elle favorise une amélioration complète. De même, l’acide cichorique possède un effet anti-inflammatoire dans un modèle animal de polyarthrite rhumatoïde.

Existe-il des précautions d’emploi concernant l’Échinacée ?

Contre-indications :

  • Contre-indiquée dans les maladies auto-immunes, et les maladies évolutives comme la tuberculose, la leucose, la collagénoses, SEP, SIDA
  • Déconseillée dans les maladies systémiques progressives
  • Éviter chez la femme enceinte ou allaitante, ainsi que chez l’enfant de moins de 12 ans
  • Contre-indiquée chez les personnes présentant des allergies aux astéracées
  • Prudence chez les personnes à risque hépatique (exemple : hémochromatose) ou exposées à des produits hépatotoxiques

Précautions d’emploi :

  • La Commission E et l’ESCOP recommandent de ne pas prendre d’échinacée pendant plus de 8 semaines, pour ne pas stimuler l’immunité de façon prolongée, ce qui pourrait en théorie l’épuiser, ou la rendre moins stimulable.
  • Une leucopénie a néanmoins été signalé en usage prolongé.

Interactions médicamenteuses :

  • Risque d’augmentation significative de la clairance du midazolam
  • Éviter en association avec les stéroïdes et les immunosuppresseurs
  • Interaction possible avec les enzymes CYP450 (inhibition de l’isoenzyme)
  • En revanche, pas d’interaction notée avec le cytochrome CYP2D6
  • Inhibition des isoformes 3A4, 1A2, 2C19, 2D9 du cytochrome P450 (alkylamides)
  • Un cas d’érythème noueux récurrent a toutefois été rapporté chez un patient ayant consommé conjointement loratadine et échinacée

Comment prendre l’échinacée et à quel dosage ?

  • En traitement préventif, la prise d’échinacée se fait habituellement 1 fois par jour, 5 jours sur 7.
  • En traitement curatif, la posologie peut en effet se multiplier par 3 ou 4, en plusieurs prises étalées sur 24H, pendant 1 à plusieurs semaines.

Forme sèche :

En complément alimentaire (extrait standardisé de plante fraîche, extrait sec, poudre en gélules, etc.), seule ou associée à d’autres plantes, comme le cyprès, à raison d’1 à 2 gélules ou comprimés par prise, selon les recommandations du fabricant.

Forme liquide :

L’échinacée en préparation magistrale d’extraits standardisés sous forme liquide (EPS)

Association avec le Cyprès :

En traitement curatif et préventif des infections ORL et bronchopulmonaires, notamment virales; herpès, zona et autres viroses.

Association avec la Canneberge et la Piloselle :

En prévention des cystites à Escherichia coli ou cystites débutantes.

Association avec la Busserole :

Pour les infections urinaires récidivantes, les cystalgies à urines claires.

Association avec le Plantain lancéolé et la Réglisse :

En cas de trachéobronchite avec toux mixte ou sèche avec baisse des défenses immunitaires.

Association avec l’Alchémille :

Par prévention des mycoses génitales.

Association avec la Bardane et l’Ortie racine :

Contre l’acné, notamment avec papulo-pustules, nodules, inflammation et surinfection cutanée.

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

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Clémentine. M.
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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