Calendula Officinalis, le Souci des jardins calendaire

Dans la Grèce antique, Théophraste et Dioscoride parlaient d’une plante appelée Klymenos. À la même époque, chez les Romains (Virgile, Pline, Columelle…), le cas de Caltha est évoqué. Certains écrivains bien peu avisés ont voulu voir dans ces deux appellations le souci. Si l’on oublie le premier de ces termes, la confusion sur le second terme a si longtemps persisté qu’au XVIe siècle, Jean Bauhin désignait le souci des jardins du nom latin de Caltha vulgaris, tandis qu’un autre caltha, Caltha palustris est surnommé quant à lui souci des marais, souci d’eau

Un peu d’histoire

Dès la fin du VIIIe siècle, on trouve en effet des soucis nommés solsequia dans le Capitulaire de Villis, mot très proche de solsequium. Mais ce chapitre donne à ce dernier un autre nom : Intubas. À ce titre, il se distingue clairement du souci carolingien, bien que les communautés des deux noms aient suscité beaucoup de confusion, car souci, chicorée et même pissenlit répondaient au titre de plantes « météorologiques » auxquelles se réfèrent solsequia et solsequium suivant la trace du soleil dans le ciel en s’ouvrant à son apparition en milieu de matinée et se refermant à sa disparition à l’approche de l’heure du thé.

Un peu de mythologie

La mythologie grecque tente alors d’expliquer ce phénomène à sa manière : quatre nymphes des bois sont tombées follement amoureuses du dieu Apollon et sont devenues jalouses les unes des autres. Cela les a tellement distraits qu’elles ont fini par ignorer leurs obligations envers Artémis, qui les a transformés en quatre soucis blanc terne qu’Apollon s’affligeait de voir. Il ne put faire autrement que d’en colorer les fleurs à l’aide des rayons du soleil. C’est à partir de ce jour que les soucis portent des capitules jaune d’or ou orange dont les têtes suivent la course du soleil pour évoquer les souvenirs d’amour de ces nymphes qui qui n’eurent d’yeux que pour le lumineux Phœbus.

Retour à l’histoire

La forme de solsequia devient alors soulcil, comme l’écrit Rabelais au XVIe siècle, puis soulcie, et enfin souci ; le mot apparaissant vers 1540. Le nom scientifique du souci, calendula, quant à lui, est plus ancien (il vient du temps de l’école de Salerne), et proviendrait du latin calandæ, qui désigne les calendes ; le premier jour de chaque mois, puisqu’il est vrai que sous climat clément, et en l’absence de gelées, le souci est capable de fleurir toute l’année, autrement dit tous les mois. Par conséquent, ce n’est pas seulement une plante météorologique, mais aussi une plante calendaire (d’où vient le mot calendrier).

Le souci était une plante très populaire au Moyen Âge et était considéré comme une panacée. Hildegarde ne l’a pas nommée en latin, puisqu’elle l’appelait en définitive Ringula, une forme proche de l’actuel Ringelblume allemand. L’abesse utilise ses propriétés puissantes pour guérir les ulcères de la peau et les démangeaisons causées par la gale du cuir chevelu et l’impétigo. Hildegarde le prescrivait également en cas de maladie intestinale et, comme Albert le Grand, le considérait comme un antidote contre les poisons, les morsures d’animaux venimeux et autres intoxications.

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des sommités fleuries de Souci des jardins ?

Propriétés anti-inflammatoires :

La puissante réponse anti-inflammatoire de l’extrait de C. Officinalis peut être médiée par l’inhibition des cytokines pro-inflammatoires (IL-1β, IL-6, TNF-α, YFN-y protéine C-réactive), de la cyclooxygénase 2 (COX-2), et de la synthèse ultérieure de prostaglandines. Cette activité, constatée avec les topiques locaux, est essentiellement due aux triterpénoïdes de la plante, et plus particulièrement au mono-ester de faradiol, qui exerce une action anti-œdémateuse équivalent à celle de l’indométacine.

Propriétés cicatrisantes et anti-inflammatoires cutanéo-muqueuses :

Des crèmes à base de souci ainsi que de romarin seuls ou en association peuvent notamment prévenir la dermite causée par le laurylsulfate de sodium, un composant retrouvé dans divers savons et shampoings.

Une revue de la littérature de 2009 a mis en évidence des données préliminaires en faveur de l’efficacité locale du calendula dans la prophylaxie de la dermatite aiguë au cours de la radiothérapie. Ainsi dans cette indication, lors d’un essai randomisé de phase III réalisé auprès de 254 patientes traitées pour un cancer du sein, une pommade au calendula s’est avérée très efficace pour prévenir des dermatites aiguës de degré 2 ou plus, davantage qu’une émulsion à la trolamine.

En 2018, il a été montré, dans un essai clinique contrôlé randomisé mené chez 72 femmes primipares, qu’une pommade au calendula augmente considérablement la vitesse de cicatrisation et de guérison d’une plaie par césarienne.

Propriétés antioxydantes :

Le souci des jardins réduit le stress oxydatif et la perte osseuse, et il préserve les fibres de collagènes. Une étude similaire montre que la prise orale de son extrait réduit la résorption osseuse inflammatoire, en relation avec ses propriétés anti-inflammatoires et avec ses effets sur le métabolisme osseux, sans affecter les fonctions rénale ou hépatique. Ces travaux indiquent que Calendula Officinalis peut constituer un traitement adjuvant potentiel dans le traitement de la parodontite.

Propriétés anticancéreuses :

Une revue systématique des études décrivant le rôle cytotoxique de C. Officinalis et son rôle thérapeutique sur des cellules cancéreuses a été réalisée en 2018 à l’aide de la base de données PubMed. Elle met en évidence que les extraits de C. Officinalis possèdent une activité cytotoxique vis-à-vis de différentes lignées de cellules cancéreuses, variable d’une étude à l’autre, en fonction de l’organe de la plante soumis à l’extraction, de la méthode d’extraction et des lignées de cellules cancéreuses utilisées pour chaque étude. Cependant, l’activité cytotoxique de la calendula est liée à plusieurs de ses composés bioactifs, qui exercent des rôles multiples dans l’activation des protéines apoptotiques et dans la diminution de l’expression des protéines qui inhibent la mort cellulaire.

Propriétés immunitaires et anti-infectieuses :

L’extrait éthanolique de calendula stimule la prolifération mixte de lymphocytes humains in vitro. Lors d’un essai contrôlé randomisé mené chez 18 patients, l’application locale de pommade de calendula a permis d’éviter une infection secondaire, et de réduire de 30 à 40 % le diamètre et la profondeur de la plaie en l’espace de 4 semaines.

Des études expérimentales ont démontré in vitro que les extraits de sommités fleuries de calendula ont un degré d’activité élevé contre 18 souches de bactéries parodontales anaérobies et aérobies facultatives, ainsi que contre 4 types de champignons différents, avec un effet inhibiteur comparable à celui exercé par des antifongiques de référence, l’amphotéricine B et la nystatine. Le souci exerce une activité antileishmanienne et sur le VIH in vitro.

Autres propriétés :

L’évaluation pharmacologique de C. Officinalis sur l’asthme bronchique de divers sujets met en évidence une activité antiasthmatique, antihistaminique, anticholinergique, antispasmodique, et un effet stabilisant des mastocytes.

Existe-t-il des précautions d’emploi concernant le Souci des jardins ?

Toxicité :

  • Par voie interne, le souci des jardins (calendula) est toxique à forte dose. Ne pas dépasser la posologie prescrite. En teinture mère, la dose maximale est de 30 gouttes à diluer, 3 fois par jour.
  • Respecter les recommandations du fabricant ou les modalités d’utilisation mentionnées sur la prescription médicale.

Contre-indications :

  • Selon l’EMA, l’usage du souci des jardins (calendula) n’est pas recommandé chez les femmes enceintes ou allaitantes, ainsi que chez les enfants de moins de 6 ans, en l’absence de données de sécurité.
  • L’agence européenne recommande de réserver l’usage du calendula aux enfants de plus de 6 ans pour l’usage cutané, et de 12 ans pour les bains de bouche et les gargarismes.
  • Allergie aux astéracées.
  • Hypersensibilité aux substances actives.

Précautions d’emploi :

  • Ne pas prolonger l’usage du souci des jardins par voie interne (infusion, teinture mère) plus de 2 semaines. Au-delà de cette durée, un avis médical ou d’un professionnel de santé spécialisé en phytothérapie est conseillé.
  • Suspicion de génotoxicité, mais pas de mutagénicité.

Comment prendre le Souci de jardins et à quel dosage ?

Forme liquide :

  • Teinture mère : 20 à 30 gouttes 1 à 3 fois par jour dans un verre d’eau. Ne pas dépasser cette posologie.
  • Extrait hydroalcoolique : 20 à 30 gouttes 1 à 3 fois par jour dans un verre d’eau. Ne pas dépasser cette posologie.
  • Infusion : Infuser 1 à 2 c. à café de fleurs séchées dans 150 à 200 ml, 1 tasse 2 à 3 fois par jour, pour les affections bucco-pharyngées ou les indications gastriques.

Usage externe :

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

 

Clémentine. M.
Rédactrice d’articles scientifiques
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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