La Grande Bardane, petit trésor de la nature

bardane

La bardane, outre son implication médicinale dans la vie quotidienne des hommes, a aussi été une plante liée au domaine spirituel. Déjà, il y a 2000 ans, Pline indiquait qu’elle faisait partie des plantes favorites des druides. Plus tard, on la retrouvera dans le cortège des plantes solsticiales et de celles que l’on jette (entre autres) dans le feu lors de la Saint-Jean afin de se prémunir de l’orage. Du fait qu’elles poussent dans le voisinage de l’homme, on a dit qu’elles étaient des plantes compagnons. Voyons voir maintenant à quel point les bardanes sont de bonne compagnie d’un point de vue médicinal !

Un peu d’histoire

Au Moyen-Âge, on la retrouve dans la pharmacopée d’Hildegarde sous le nom de “Cletta”. Selon elle, la racine de la bardane est parfaitement inutile, lui préférant de loin ses feuilles dont elle indique tout de même qu’elles sont dangereuses pour l’homme cuites comme crues, sauf en de rares exceptions : douleurs pectorales et respiratoires, calculs rénaux. Ce n’est que plus tard, semblerait-il, que la bardane rencontre un grand succès comme topique des maladies cutanées, telle qu’on la considère encore aujourd’hui.

Elle est alors très prisée, au même titre que la grande aunée (Inula helenium), comme vulnéraire et résolutive, en particulier par usage externe sur les maladies de peau (scrofule, gale, lèpre, teigne – bien sûr ! – dartres, comme l’indique Albert le Grand au XIIIe siècle). On la dit aussi diurétique, sudorifique, détersive, pectorale et un peu astringente, et intervient en cas de lithiase, de crachement de sang, de goutte, d’arthrite, de rhumatismes, etc.

Au XVIe siècle, la carrière médicinale de la bardane prend un nouveau tournant puisque c’est grâce à des décoctions de sa racine que l’on parvient à guérir le roi Henri III de la grande vérole (syphilis). Cette nouvelle ligne sur son CV conforta son statut de panacée. En cela, Lazare Rivière (1589-1655) s’attachera à l’étude de la bardane en raison de ses soi-disant propriétés antisyphilitiques, tandis qu’Olivier de Serres rapporte les autres usages de son temps (cicatrisante sur les ulcères, antivenimeuse sur les morsures de serpents et « autres bestes malignes »).

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des racines de Bardane ?

Propriété anti-infectieuse :

La bardane est une antibactérienne non spécifiquein vitro sur Bacillus subtillis, Escherichia coli, Shigella flexneri et S. sonnei, Pseudomonas aer. due aux dérivés polyacétyléniques. Elle est également antistaphylococcique et antimycosique sur Candida albicans.

Propriété anti-inflammatoire :

Anti-inflammatoire par l’arctigénine, par action sur la production du NO et la sécrétion des cytokines pro-inflammatoires (TNF-alpha, IL-6). Les lignanes, comme la diarctigénine, antagonisent le facteur d’activation plaquettaire (PAF), impliqué notamment dans le bronchospasme du choc anaphylactique ou l’inflammation de l’allergique aiguë, par libération d’histamine et sollicitation et appel d’éicosanoïdes (leucotriènes, thromboxanes, prostaglandines).

In vivo, la poudre de racine de bardane diminue l’inflammation intestinale en cas de colite (par baisse de l’IL-6 et du TNF-α). De même, la bardane stimule l’activité des macrophages.

Chez l’homme, l’infusion de racine d’A. lappa améliore notamment l’état inflammatoire et le stress oxydatif chez les patients souffrant d’arthrose du genou.

Propriété sur le métabolisme glucidique :

Antidiabétique par les lignanes, la bardane est hypoglycémiante par inhibition de l’alpha-glucosidase, et augmente ainsi la tolérance aux hydrates de carbone. Confirmant l’usage traditionnel de la racine de bardane pour diminuer l’hyperglycémie, des études ont montré que cette plante limite par ailleurs l’élévation de la glycémie après ingestion de glucides, de par son rapport d’inuline et par activation de la signalisation intracellulaire du métabolisme énergétique (AMPK).

Propriété hépato protectrice :

Grâce à ses lactones sesquiterpéniques et ses propriétés antiradicalaires, la bardane protège les cellules hépatiques des dommages induits par des substances hépatotoxiques tels que l’éthanol, le tétrachlorure de carbone, l’acétaminophène et le paracétamol.

Propriété néphroprotectrice :

La bardane protège in vivo le rein vis-à-vis de la génotoxicité induite de fait par le cadmium.

Propriété régulatrice des fonctions de sécrétions et d’élimination :

  • Action sudorifique, séborégulatrice :

Régulation cutanée de la sécrétion de sébum et favorise la maturation de l’abcès et l’élimination du pus (usage traditionnel).

  • Action cholérétique et diurétique :

Usage traditionnel confirmé par des études indiquant que les acides alcools de la racine augmentent la cholérèse hépatique, exercent un effet laxatif intestinal et une action rénale de type aquarétique uricorusique et anti-urolithiasique par alcalinisation des urines.

Propriété antimutagène, antitumorale et anti-auto-immune :

L’arctigénine contenue dans Arctium lappa est une substance pharmacologiquement active qui confère une protection neuronale et possède des propriétés antidiabétiques, antitumorales et antioxydantes.

Une étude de 2015 montre que l’arctigénine inhibe les cellules Th17 et améliore l’encéphalomyélite auto-immune expérimentale, mettant en évidence des propriétés anti-inflammatoires et immunosuppressives. Cela indique qu’elle pourrait être un médicament thérapeutique potentiel pour la sclérose en plaques ou d’autres maladies inflammatoires auto-immunes.

Propriété antioxydante :

Cette activité antioxydante résulte de la capacité démontrée in vitro et in vivo de la bardane à piéger les radicaux libres, et à augmenter des antioxydants endogènes comme le glutathion.

Existe-il des précautions d’emploi concernant la Bardane ?

Contre-indications :

  • Selon l’EMA, par principe de précaution, l’usage de la bardane n’est pas recommandé chez la femme enceinte (propriétés ocytociques, c’est-à-dire utéro stimulantes) ou allaitante
  • Réservée à l’adulte
  • Ne pas utiliser en cas de colique hépatique ou crise de colique néphrétique en raison de ses effets cholérétique et diurétique

Précautions d’emploi :

  • Risque de réactions allergiques, probablement dû à ses sesquiterpène-lactones. Prudence en cas d’allergie préexistante aux plantes de la famille des Astéracées.

Interactions médicamenteuses :

Comme toutes substances contenant des principes actifs, le risque d’interactions médicamenteuses est à prendre en compte.

La bardane ne dérogeant pas à cette règle, voici la liste des interactions médicamenteuses à considérer :

  • Posologie à adapter en cas de prise d’antidiabétiques
  • Éviter en association avec les hypoglycémiants
  • Risque d’interactions médicamenteuses avec les anticoagulants et les diurétiques de synthèse

Comment prendre la Bardane et à quel dosage ?

Forme sèche :

  • En complément alimentaire (extrait standardisé de plante fraîche, extrait sec, poudre sous forme de comprimés ou gélules, ou en vrac en sachet jusqu’à 500 g de poudre) à raison de 200 à 600 mg par prise, 2 ou 3 fois par jour.

Forme liquide :

En usage local : Des extraits de bardane peuvent rentrer dans la composition de crèmes, de lotions ou de préparations magistrales à usage local.

La Bardane en préparation magistrale d’extraits standardisés sous forme liquide (EPS)

Association avec la Pensée sauvage :

Pour traiter l’eczéma sec ou prurigineux, ainsi que les dermites sèches.

Association avec le Plantain :

Pour traiter l’eczéma suintant ou prurigineux, ainsi que l’eczéma associé à de l’asthme et les dermites.

Association avec l’Échinacée :

Pour traiter la folliculite dans le cadre d’un syndrome métabolique, ainsi que les infections à staphylocoque (furoncle, eczéma surinfecté).

Association avec le Cyprès :

Indiquée dans les maladies éruptives virales (herpès, varicelle, roséole infantile, Molluscum contagiosum).

Association avec la Réglisse :

Dans le traitement de la candidose digestive et cutanée.

Association avec le Radis noir :

Indiquée dans la dyshidrose des extrémités, les dermites en relation avec une fragilité hépatique ou pour un besoin de détoxication (exemple : métabolique ou médicamenteuse).

Association avec l’Ortie racine :

En traitement de l’acné ‘floride” maculo-papuleuse du visage et du dos de l’adolescent.

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

Clémentine. M.
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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