Le Desmodium, plante de la cytolyse hépatique

desmodium

Desmodium, plante de la cytolyse hépatique, tire son nom du grec « desmos » qui signifie « lien » ou « faisceau« , et fait allusion aux étamines qui se réunissent en tube à leurs extrémités, tandis qu’Adscendens fait référence aux propriétés des parties ariennes à ascensionner les troncs des palmiers à huile dans les lieux humides et ombragés. Un bon moyen mnémotechnique pour se souvenir que lorsque les transamines grimpent, il faut recourir à Desmodium adscendens.

Un peu d’histoire

Les diverses propriétés du desmodium sont liées aux feuilles de cette plante sauvage et vivace, une liane largement utilisée sur plusieurs continents dans les zones tropicales et subtropicales de la planète, comme l’Inde ou l’Amérique du Sud. Ainsi, les tradipraticiens amérindiens du Venezuela l’emploient pour traiter l’épilepsie. Mais c’est surtout en Afrique, notamment de l’Ouest (du Sénégal au Congo en passant par la Côte d’Ivoire) qu’elle est utilisée de manière intensive en médecine traditionnelle pour traiter diverses affections hépatiques dont l’hépatite virale. Au Ghana, les tiges ainsi que les feuilles de desmodium sont largement utilisées dans le traitement de l’asthme.

Les propriétés du desmodium ont notamment été découvertes par le Dr Pierre Tubéry et son épouse Anne-Marie dans les années 1960 au cours de leur travail (1959-1963) dans un dispensaire-hôpital du Cameroun. C’est en apprenant les surprenants résultats obtenus avec des décoctions de desmodium dans le traitement de la phase ictérique des hépatites virales qu’ils ont mené leurs recherches, au contact notamment de leur infirmier camerounais, François Nkodo, qui leur permit d’en déterminer la posologie dans cette indication. Ultérieurement ils menèrent ainsi l’identification botanique de la plante au Muséum d’histoire naturelle de Paris. On doit en effet au Dr Tubéry d’avoir introduit le desmodium en France et de l’avoir fait connaître.

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des feuilles de Desmodium ?

Propriétés hépatoprotectrices :

L’effet hépatoprotecteur du desmodium vis-à-vis de composés hépatotoxiques, est en rapport avec sa teneur en saponosides triterpénoïdes. Selon une étude in vitro, les soyasaponines I et III, la déhydrosoyasagénine I et le soyasapogénol E protègent les cellules hépatiques des dommages induits par des substances hépatotoxiques (tétrachlorure de carbone) avec normalisation des taux des transaminases hépatiques, essentiellement les TGO (ASAT). Cette activité anti-hépatotoxique a donc été confirmé in vivo avec une décoction de desmodium quantifiée en d-pinitol.

L’effet du desmodium a en définitive été évalué dans une étude clinique réalisée sur 50 patients présentant une hépatite virale lesquels ont reçu un traitement à base de desmodium (3 fois / jour) pendant 45 jours. Les résultats montrent une efficacité du desmodium sur l’évolution des myalgies, de l’ictère, des transaminases, la bilirubine et la négativation de l’antigène Hbs dans la moitié des cas en 45 jours dans le cadre de l’hépatite virale B.

Propriétés antioxydantes, anti-radicalaires :

Une étude a d’ailleurs démontré l’effet protecteur contre le stress oxydatif d’un extrait hydroalcoolique de Desmodium adscendens sur les cellules hépatiques et rénales.

Propriétés anti-inflammatoires, antiallergiques, antiasthmatique, antispasmodiques :

Ces propriétés sont en relation avec plusieurs mécanismes identifiés tels que des métabolites de l’acide arachidonique inhibés par un extrait de Desmodium adscendens (cette action passe par une inhibition de l’oxygénation NADPH-dépendante de l’acide arachidonique par les microsomes corticaux rénaux), la diminution compétitive in vivo de la concentration et de la libération d’histamine et de spasmogènes dose-dépendante au niveau intestinal et pulmonaire ainsi que la baisse des réactions physiologiques aux stimuli allergiques.

Son activité d’inhibition des contractions des muscles lisses, notamment respiratoires, en réaction à différents allergènes et antigènes, par différents modes d’action synergiques :

  • Modulation de la voie de la cyclooxygénase avec, entre autres, catalyse de la PGH2 et PGE2 myorelaxante et production de prostacyclines relaxantes.
  • Activité relaxante in vitro des muscles lisses due notamment à la déhydrosoyasaponine I, puissant activateur spécifique de l’ouverture des canaux potassiques calcium-dépendants, ce qui provoque une hyperpolarisation des membranes. Cela entraîne une relaxation des bronches in vivo, plus progressive du fait du site d’action membranaire intracellulaire.

Action sur le système nerveux central :

In vitro, la desmodeléganine extraite des feuilles de desmodium inhibe par ailleurs fortement l’activité monoamine oxydase.

Le desmodium provoque in vivo et à forte dose un ralentissement du système nerveux central qui se traduit notamment par une analgésie dose-dépendante, une diminution de l’activité motrice et du comportement exploratoire, une baisse de la phase tonique des convulsions induites par le pentylènetétrazole et l’acide kaïnique, et une inhibition de la propagation des crises convulsives.

In vivo, l’extrait éthanolique de Desmodium adsendens présente en outre des activités analogues à celles des antipsychotiques, avec des risques, d’effets secondaires moteurs (accroissement de la catalepsie par l’halopéridol) n’apparaissant qu’aux doses les plus élevées de l’extrait.

Existe-il des précautions d’emploi concernant le Desmodium ?

Contre-indications :

  • En l’absence de données, le desmodium n’est pas conseillé chez la femme enceinte ou allaitante.
  • Contre-indiqué en cas de maladies systémiques progressives ainsi que de maladies auto-immunes si pris au long cours (possibilité d’effets hépatotoxiques).

Précautions d’emploi :

  • Déconseillé chez les enfants de moins de 12 ans.

Interactions médicamenteuses :

  • Le desmodium interagit notamment avec les stéroïdes et les immunosuppresseurs.
  • Faible activité sur les CYP2B1 et 2B2, inhibiteur du CYP2E (éviter avec le disulfirame)
  • Les extraits de Desmodium adscendens inhibent les isozymes CYP2E, et induisent les isozymes CYP2B1/2B2

Comment prendre le Desmodium et à quel dosage ?

Forme sèche :

  • En complément alimentaire sous formes d’extrait standardisé de plante fraîche ou extrait sec en gélules.

Forme liquide :

Le Desmodium en préparation magistrale d’extraits standardisés sous forme liquide (EPS)

En association avec le chardon-Marie :

Dans l’hépatoprotection, les hépatites et l’élévation des enzymes hépatiques.

En association avec le curcuma et la piloselle :

Pour la détoxication et la protection hépatorénale.

En association avec le plantain et le ginkgo biloba :

Contre l’asthme ou les bronchites asthmatiformes à répétition.

En association avec l’astragale et l’orthosiphon :

Dans la néphroprotection, l’insuffisance rénale.

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

Clémentine. M.
Rédactrice d’articles scientifiques
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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