La Grande Camomille, plante médicinale de la femme

grande camomille

Autrefois, la grande camomille portait le nom de Chrysanthemum parthenium. Si on lui a depuis conservé son adjectif, ce chrysanthemum a disparu au profit d’un tanacetum qui confine à la tanaisie, alors que ce précédent substantif la rapprochait de la vaste tribu des « chrysanthèmes », mot forgé grâce à deux racines grecques : chrysos, « or » et anthemos, « fleur ».

Un peu d’histoire

Cazin, évoquait une Matricaria parthenium, dont la planche XXIV du Traité raisonné nous rassure de suite quant à son identité : il s’agit bien de la grande camomille qui partage avec sa cousine la matricaire bien des caractères communs qui peuvent s’expliquer, entre autres, par ce parthenium qui était, il y a fort longtemps, le nom que l’on accordait à plusieurs plantes, et qui provient du grec parthenos signifiant « jeune fille »; une façon de montrer que la grande camomille est, elle aussi, une plante de la femme.

Au Moyen-Âge, elle est répandue et prisée, mais sans doute encore confondue avec la matricaire, au fur et à mesure de son déploiement géographique d’Est en Ouest, étant effectivement originaire du Proche-Orient et du Sud-Est de l’Europe.

Ses propriétés emménagogues n’ont pas échappé au médecin anglais Nicolas Culpeper qui écrivait au XVIIe siècle que la grande camomille est « un fortifiant naturel de la matrice (…) Elle nettoie celle-ci en expulsant les restes du placenta après l’accouchement (chose importante sans quoi des infections peuvent car se déclarer). Elle prodigue tout le bien qu’une femme peut attendre d’une plante ».

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des parties aériennes fleuries de la Grande Camomille ?

Propriétés antimigraineuses :

Dans un modèle de migraine, l’extrait de grande camomille enrichi en parthénolide réduit de manière significative, dans les neurones du noyau spinal caudal du nerf trijumeau, l’expression de la protéine c-Fos (impliquée dans les processus nociceptifs, c’est-à-dire dans la perception de la douleur) induite par la nitroglycérine. Dans le même temps, le parthénolide purifié inhibe l’activation neuronale induite par la nitroglycérine dans d’autres noyaux cérébraux, et freine de manière significative l’activité du facteur nucléaire kappa B (NF-kB), qui joue notamment un rôle central dans la réponse immunitaire ainsi que dans les réactions inflammatoires.

Chez l’homme, de nombreux essais cliniques répondant à des critères scientifiques rigoureux (études randomisées, à double insu, multicentriques et contrôlées par placebo) ont en effet mis en évidence l’activité antimigraineuse de la grande camomille.

Propriétés anti-nociceptives et anti-inflammatoires :

  • Effet antalgique :

Démontré in vivo, au niveau crânien, le parthénolide inhibe entre autres la nociception et la vasodilatation neurogène dans le système trigéminovasculaire en ciblant le canal d’ankyrine 1 (TRPA1). La migraine est ainsi déclenchée par la libération du peptide lié au gène de la calcitonine (CGRP) par les neurones trijumeaux. Le parthénolide abroge en définitive les réponses nociceptives évoquées par la stimulation des terminaisons trigéminales périphériques. Le ciblage du canal TRPA1 et la désensibilisation neuronale par le parthénolide inhibent la libération du CGRP par les neurones du trijumeau ainsi que la vasodilatation méningée médiée par le CGRP. L’agonisme partiel du canal TRPA1, associé à la désensibilisation et à la défonctionnalisation des nocicepteurs, entraîne en outre une inhibition de la libération du CGRP dans le système trigémo-vasculaire qui peut de fait contribuer à l’effet antimigraineux du parthénolide.

Autres propriétés :

Activité anticancéreuse : une étude de 1999 a montré que le parthénolide inhibe également in vitro la croissance de cellules tumorales. Cela a été confirmé en 2006 contre deux lignées cellulaires de cancer du sein humain et une lignée cellulaire de cancer du col utérin,  puis en 2007 par une autre équipe, sur des lignées cellulaires de carcinome pulmonaire humain, de médulloblastome humain, d’adénocarcinome du côlon humain, et sur des cellules endothéliales de la veine ombilicale humaine, confirmant ainsi le potentiel antiprolifératif du parthénolide.

Existe-il des précautions d’emploi concernant la Grande Camomille ?

Contre-indications :

  • L’EMA ne recommande pas l’usage de la grande camomille chez la femme enceinte ou allaitante (Tanacetum parthenium est emménagogue, elle provoque la menstruation et peut être abortive), ainsi que chez les enfants et les adolescents de moins de 18 ans.
  • Déconseillée chez les personnes présentant une allergie déclarée aux astéracées.

Précautions d’emploi :

  • Une consultation médicale préalable est nécessaire afin de poser le diagnostic de migraine et d’en déterminer l’origine.
  • Suivi médical en cas de prise d’antiagrégant plaquettaires et des anticoagulants.

Interactions médicamenteuses :

  • Potentialisation possible de l’effet des antiagrégants plaquettaires ainsi que des anticoagulants.
  • La grande camomille inhibe modérément l’activité des cytochromes CYP2C8, CYP1A2, CYP2D6, CYP2C9, ainsi que CYP3A4 au niveau hépatique.

Comment prendre la Grande Camomille et à quel dosage ?

Forme sèche :

  • En complément alimentaire, sous forme d’extrait standardisé ou de poudre, en gélules.

Forme liquide :

La Grande Camomille en préparation magistrale d’extraits standardisés sous forme liquide (EPS)

En association avec le saule :

Dans la prophylaxie de la migraine. L’efficacité de cette association a notamment été démontrée dans une étude prospective ouverte de 2006.

En association avec le griffonia et la valériane :

Dans la prévention des céphalées de tension et des migraines à point de départ craniocervical.

En association avec la fumeterre :

Dans la prévention des migraines à composante digestive et hépatobiliaire.

En association avec le radis noir :

Dans la prévention de migraines aggravées par la contraception orale ou avec participation hépatique.

En association avec la sauge sclarée :

Dans la prévention des migraines dans un contexte de ménopause ou d’insuffisance œstrogénique.

En association avec le millepertuis :

Dans la prévention des migraines survenant dans un contexte dépressif; névralgie essentielle.

En association avec l’aubépine :

Dans la prévention des migraines sur terrain sympathicotonique et anxieux.

En association avec l’alchémille :

Dans la prévention des migraines cataméniales.

En association avec le ginkgo biloba :

Dans la prévention des migraines dans un contexte d’insuffisance circulatoire cérébrale.

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

Clémentine. M.
Rédactrice d’articles scientifiques
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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