Le Gattilier, le pouvoir anaphrodisiaque de la déesse Héra

baies de Gattilier

Le gattilier était bien connu des anciens Grecs : Hippocrate (contre blessures, tumeurs et inflammations ; en cataplasmes), mais surtout Dioscoride, qui est l’un des premiers à mentionner les propriétés emménagogues et galactogènes du gattilier, mais également ses pouvoirs anaphrodisiaques, de par son statut de plante humide et froide ; des propriétés qui sont le reflet des usages cultuels que l’on a pu faire du gattilier au temps des Grecs.

Un peu de mythologie

Le gattilier était placé sous le patronage de la déesse Héra, qui « apparaît aux yeux des Grecs comme la déesse du mariage légitime, la protectrice de la fécondité du couple et […] de la femme en couches ». Associer cette plante à cette déesse, cela en dit long sur le niveau de connaissance des anciens à son sujet. À l’automne, lors des Thesmophories, les jeunes filles s’ornaient de fleurs de gattilier pour conserver intactes leur pureté et leur virginité.

De même, « les Athéniennes s’en faisaient une couche pour obtenir à son simple contact de rester chastes durant la fête des Thesmophories », pour lesquelles continence absolue et jeûne rituel étaient de mise. Pour être plus précis, c’était surtout les prêtresses de Déméter qui officiaient de la sorte à cette période de l’année, bien qu’à travers cette pratique liturgique il ne s’agissait pas d’assurer à la femme l’infertilité, une nécessaire abstinence étant vue comme une phase préparatoire à la fertilité dont on écartait symboliquement les hommes par les pouvoirs anaphrodisiaques du gattilier.

Un peu d’histoire

Dioscoride surnommait cette plante agnos, un mot grec qui signifie chaste. En latin, castus rend compte de la chasteté, mais il y a eu une grosse confusion entre agnos et agnus (agneau en latin), d’où le nom vernaculaire d’agneau-chaste que porte parfois le gattilier, ce qui, bien évidemment, ne veut rien dire mais reste toutefois cocasse.

Agnus-castus exprime donc assez bien le pouvoir anaphrodisiaque de la plante. Mais cela serait oublier le mot vitex, provenant d’un autre mot grec, vieo, qui veut dire tresser, en raison de la souplesse des rameaux que porte la plante et dont on tirait bénéfice dans la vannerie, mais aussi dans la fabrication de liens.

La propriété anaphrodisiaque du gattilier pour l’homme ne quittera plus la réputation de la plante. Au Moyen-Âge, il prend les sobriquets d’herbe au poivre et de poivre de moine. Les substances échauffantes, comme la roquette et le poivre, étaient bannies des monastères. Les fruits du gattilier, à l’arôme épicé et poivré, se substituèrent ainsi au poivre et permettaient aux moines de jouir d’une certaine innocuité charnelle…

Le gattilier est donc régulièrement cultivé dans les cloîtres médiévaux, les moines s’en faisant des ceintures afin de s’ôter du désir de Vénus (la pratique de telles ceintures perdurera longtemps, puisqu’elle avait encore cours au XIXe siècle).

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des baies de Gattilier ?

Inhibition de la sécrétion de prolactine :

Le gattilier inhibe in vitro la sécrétion de prolactine par les cellules pituitaires. Cette propriété confirmée in vivo est liée à l’activité agoniste dopaminergique de certains déterpènes comme le rotundifurane et les clérodadiénols.

Cliniquement, la diminution de la sécrétion de prolactine permet un allongement de prolactine permet un allongement de la durée de vie du corps jaune et donc une régulation de la durée des cycles. Cette action a notamment été démontrée chez les femmes présentant une hyperprolactinémie latente : le gattilier rétablit une phase lutéale normale. Une autre conséquence de la baisse de la sécrétion de prolactine est la réduction des mastodynies. Une étude en double aveugle contre placebo avec un extrait de gattilier a donc été conduite sur 3 cycles sur 97 femmes, âgées en moyenne de 35 ans, présentant des mastodynies prémenstruelles. Après 1 à 2 cycles de traitement, on a observé une diminution significative des douleurs chez les femmes traitées, et une stabilisation après le 3e cycle.

Le mode d’action de l’extrait des fruits de gattilier est de type dopaminergique, par action agoniste directe au niveau central (via une affinité des diterpènes pour le récepteur D2 à la dopamine, plus particulièrement au niveau du système mésolimbique et extrapyramidal) et indirecte au niveau périphérique, via l’inhibition de la sécrétion de prolactine. Les diterpènes du gattilier (rotundifurane) agissent par forte analogie structurale avec les stéroïdes. En stimulant les récepteurs D2, les clérodadiénols exercent une activité anti-prolactine presque identique à celle de la dopamine.

Activité hormonale avec amélioration globale du cycle hormonal et réduction des symptômes du syndrome prémenstruel :

Le gattilier agit donc en tant qu’agoniste des récepteurs μ aux opiacés. Il mime l’action de la β-endorphine, normalise la sécrétion pulsatile de GnRh, hormone hypothalamique qui commande la sécrétion des gonadotrophines hypophysaires LH et FSH. De fait, il module la libération pulsatile de ces gonadotrophines (action anti-FSH).

Outre l’action freinatrice de la prolactine et l’action dopaminergique centrale qui expliqueraient l’activité du gattilier sur les aspects psychique, moteur et somatique du syndrome prémenstruel, la plante est anti-œstrogène, et entraîne une remontée des concentrations de progestérone en milieu de cycle.

De fait, le gattilier limite l’apparition des symptômes liés au syndrome prémenstruel (mastodynies, troubles de l’humeur), irritabilité, tensions mammaires, rétention hydrosodée, migraines, etc.). Dans ce contexte, il exerce un effet sédatif et anxiolytique.

Le gattilier est emménagogue ; il régularise le cycle menstruel en stimulant et en facilitant le flux sanguin menstruel dans le région pelvienne et l’utérus. Il corrige les anomalies du cycle menstruel en relation avec une insuffisance lutéale et hyperprolactinémie latente.

De nombreuses études cliniques ont montré l’efficacité du gattilier dans le traitement du syndrome prémenstruel, en particulier une étude menée en double aveugle contre placebo sur 1170 femmes, âgées en moyenne de 36 ans. L’étude a été conduite sur 3 cycles, au terme desquels les patientes recevant l’extrait ont noté une amélioration significative de leur état, tous symptômes confondus.

Par ailleurs, le gattilier amélioreraient les troubles climatériques de la ménopause et son usage s’est répandu au cours du XXe siècle dans cette indication.

Autres propriétés :

  • Anticancéreux :

Le gattilier inhibe la prolifération des cellules leucémiques myéloïdes HL-60 et favorise l’apoptose (rotundifurane, polyméthoxyflavones, lutéoline).

Existe-il des précautions d’emploi concernant le Gattilier ?

Contre-indications :

  • Contre-indiqué lors de la grossesse ou de l’allaitement.
  • Ne pas utiliser la plante en cas de mise en route d’un protocole de fécondation in vitro.

Précautions d’emploi :

  • Tout traitement à visée hormonale génitale nécessite obligatoirement un minimum de 3 mois avant tout résultat du fait du temps de maturation folliculaire de 90 jours. Cette recommandation est reprie par l’ESCOP, contrairement à l’EMA qui préconise de ne pas utiliser la plante durant plus de 3 cycles consécutifs. Tout au plus, peut-on recommander une surveillance médicale lors d’un traitement dépassant cette durée.

Interactions médicamenteuses :

  • Interférence avec les contraceptifs oraux (pilule)
  • Association déconseillée avec les médicaments agonistes dopaminergiques (antiparkinsoniens entre autres), ou antagonistes dopaminergiques (antiémétiques) en raison d’effet additifs ou antagonistes des extraits de gattilier
  • Association déconseillée avec les œstrogènes ou les anti-estrogènes (tamoxifène)

Comment prendre le Gattilier et à quel dosage ?

Forme sèche :

  • En complément alimentaire, sous forme d’extrait sec ou standardisé, de poudre en gélules.

Forme liquide :

Dans les mastodynies, la posologie peut être augmentée en fonction des besoins, l’effet étant nettement dépendant de la dose.

Le Gattilier en préparation magistrale d’extraits standardisés sous forme liquide (EPS)

En association avec l’alchémille :

Dans le syndrome prémenstruel avec métrorragies, à prendre à partir du 14e jour du cycle (éventuellement dès le 10e jour, en cas de troubles hormonaux commençant dès l’ovulation) jusqu’au 1er jour des règles.

En association avec l’ortie racine 1/3 pour 2/3 de gattilier :

Pour le fibrome, l’hyperplasie de la muqueuse utérine, l’hypertrophie bénigne de la prostate, la gynécomastie, notamment chez l’adolescent ou l’homme de plus de 50 ans.

En association avec l’artichaut :

Contre l’hyperprolactinémie, l’hyperœstrogénie, à prendre en 2e partie du cycle ou en continu. Sevrage de la lactation.

En association avec le mucuna 2/3 pour 1/3 de gattilier :

Dans la lutte contre la maladie de Parkinson, le syndrome des jambes sans repos, les troubles de l’humeur en relation avec une baisse de la dopamine.

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

Clémentine. M.
Rédactrice d’articles scientifiques
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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