Le Sureau, l’arbre-médecine purgatif plurimillénaire

sureau

Bien de ces noms vernaculaires reflètent l’une des caractéristiques propres au sureau; c’est-à-dire la petite acidité de ses fruits, qu’on exprime habituellement par l’adjectif suret. Cela n’a, semble-t-il, pas désobligé les populations préhistoriques, puisque nombre de stations datant de l’âge de bronze, puis du fer, ont révélé la présence de dépôts de graines de sureau. L’on sait donc qu’en Suisse et en Italie du Nord entre autres, on procédait déjà à la récolte primitive de ses baies, et en quantité suffisante pour, peut-être, imaginer la fabrication d’une boisson fermentée à base de baies de sureau. Ce petit arbre typiquement européen a donc une longue histoire, qui débute, avec sa déjà lointaine rencontre avec l’homme il y a de cela au moins 5000 ans, sinon bien davantage.

Un peu d’histoire

Cela peut surprendre, mais le sureau était connu des anciens Grecs, du moins de Théophraste qui lui donnait le nom d’aktê. À cette époque, on a déjà repéré quelques vertus ; l’histoire raconte que Hippocrate usait des baies et des feuilles comme drastiques dans l’hydropisie, et les hippocratiques à sa suite lui assignèrent d’identiques propriétés, le sureau étant bel et bien hydragogue, diurétique et laxatif. Il est donc actif, il oblige ceci ou cela à la circulation d’un point A à un autre B. C’est pourquoi, entre autres, il n’apprécie pas les affections par atonie.

Dioscoride distingue l’aktê du chamaektê, autrement dit « sureau de terre », qui n’est autre que l’hièble la belle (Sambucus ebulus); une plante, par la taille, plus proche de la terre que son « grand » frère Sambucus nigra.

Arbre-médecine, le sureau est mis en scène au sein de rituels qui laissent effectivement penser qu’il participe autant du médical que du magique. Par exemple, Albert le Grand « rapporte une croyance issue de la magie sympathique, d’après laquelle l’écorce serait laxative lorsqu’elle est détachée du tronc de haut en bas et vomitive si l’on a opéré en sens inverse ». De l’importance du geste. Et, concernant le sureau, cela n’est point si bête, cet arbuste pouvant être aussi bien laxatif que vomitif, il purge par les deux extrémités d’après l’aveu que d’aucuns ont pu faire !

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des baies de Sureau ?

Propriétés antivirales et antibactériennes :

  • Antibactériennes :

Il a été montré, en 2006, que l’extrait de fleur de sureau inhibe la libération, par les macrophages, de cytokines pro-inflammatoires induites par Porphyromonas gingivalis et Actonibacillus actinomycetemcomitans, deux pathogènes parodontaux. Il supprime l’activation des neutrophiles, qui se sont également impliqués comme effecteurs de destruction du tissu parodontal. Ces effets pourraient être attribués à l’inhibition de l’activation du facteur nucléaire kappa B (NF-kB) et de la phosphatidylinositol 3-kinase (PI3K).

En 2011, une étude in vitro a démontré pour la première fois que l’extrait standardisé de sureau possède une activité antimicrobienne à la fois contre des bactéries Gram + (Streptococcus pyogenes et les streptocoques des groupes C et G), et contre une bactérie Gram – (Branhamella catarrhalis).

  • Antivirales :

In vitro : L’extrait de baies de sureau inhibe de manière dose-dépendante le virus H1N1, responsable de la grippe A. Cette activité est plus particulièrement liée à sa teneur en flavonoïdes qui se lient au virus H1N1, ce qui empêche l’entrée du virus dans la cellule hôte. La plante se montre efficace sur 10 souches de virus de la grippe. Les baies de sureau semblent agir à deux niveaux : tout d’abord, elles neutralisent l’activité des hémagglutinines, glycoprotéines antigéniques présentes à la surface du virus et responsables de la fixation de la particule virale à un récepteur situé sur la cellule cible. Quand ces dernières se désactivent, les virus ne peuvent plus entrer dans les cellules hôtes, et donc se répliquer. Elles agissent aussi en stimulant le système immunitaire par augmentation de la production de cytokines par les monocytes (IL-1β, TNF-α, IL-8, IL-10).

Propriétés anti-inflammatoires et immunostimulantes :

  • Au niveau respiratoire :

Chez l’homme, une étude pratiquée chez 12 donneurs en bonne santé a montré que la production de cytokines inflammatoires (IL-1β, TNF-α, IL-6, IL-8) par rapport au lipopolysaccharide (LPS), un activateur connu des monocytes. L’augmentation la plus nette s’observe dans la production de facteur de nécrose tumorale alpha (TNF-alpha). Ces propriétés immunostimulantes pourraient présenter un intérêt chez les sujets atteints de la grippe, ainsi que chez les patients immunodéprimés atteints du cancer ou du sida qui suivent une chimiothérapie ou un autre traitement. Traditionnellement, les fleurs de sureau favorisent et augmentent les sécrétions bronchiques, en complément de leur action diurétique et sudorifique.

  • Au niveau intestinal :

De même, chez le sujet ayant une colite, la prise d’un régime alimentaire enrichi en extrait de sureau réduit de moitié, comparée au groupe contrôle, les dommages macroscopiques de la muqueuse et l’activité de la myéloperoxydase (mesure de l’infiltration des neutrophiles). Il a été également constaté un accroissement des enzymes lyposomales (acide phosphatase, cathepsine D), ce qui traduit une amélioration de l’intégrité de la muqueuse colonique.

Propriétés antioxydantes :

Les anthocyanes des baies de sureau exercent une forte action radicalaire, parmi les plus puissantes du monde végétal, 2 fois celle de la canneberge d’après le département américain de l’Agriculture.

Les baies de sureau, parmi tous les fruits, sont celles qui contiennent la plus forte concentration en anthocyanes (5 fois plus que dans les bleuets), parmi lesquelles le cyanidine-3-sambubioside-5-glucoside a montré une activité antioxydante.

Propriétés métaboliques et vasculaires :

Le dysfonctionnement des cellules endothéliales joue un rôle important dans l’initiation et le développement des maladies cardiovasculaires. In vitro, l’incorporation des anthocyanes dans ces cellules augmente la protection de celles-ci contre le stress oxydant, cause majeure de leur dysfonctionnement.

L’usage traditionnel du sureau dans le diabète a été conforté par la mise en évidence de propriétés antidiabétiques. L’extrait de sureau protège également l’hémoglobine contre la glycation.

Existe-t-il des précautions d’emploi concernant le Sureau ?

Contre-indications :

  • Selon l’EMA, l’usage du sureau chez les femmes enceintes ou allaitantes n’est pas recommandé, ni chez les enfants de moins de 12 ans.

Précautions d’emploi :

  • Une surveillance médicale est conseillée en cas d’utilisation chez le diabétique insulinodépendant.
  • Dans le cadre de l’automédication avec le sureau, en cas de survenue de dyspnée, de fièvre ou de crachats purulents, un médecin ou un professionnel de la santé qualifié devrait être consulté.
  • Risque d’aigreurs d’estomac, de nausées et vomissements après consommation de fruits insuffisamment cuits.

Interactions  :

  • Inhibition du CYP3A4 décrite pour un mélange d’Echinacea purpurea et de Sambucus nigra.

Comment prendre le Sureau et à quel dosage ?

Forme sèche :

Forme liquide :

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

 

Clémentine. M.
Rédactrice d’articles scientifiques
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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