La Passiflore, la belle fleur de la passion au bois dormant

passiflore

Lorsque les colons européens rencontrèrent pour la première fois une fleur de passiflore, il est permis de penser que, abasourdis face à tant de beauté, ils n’aient pas eu le temps ni le désir de s’enquérir de ses propriétés curatives. Nous savons, par exemple, que la tribu des Algonquins fit accéder une passiflore au rôle de tranquillisant dans leur pharmacopée. D’autres Amérindiens se servaient de la plante pour soulager les yeux gonflés et irrités, et la racine comme tonique général. Bien avant cela, cette passiflore était cultivée dans les jardins à l’époque des grands souverains aztèques tels que Moctezuma.

Un peu d’histoire

Bien qu’introduite en Europe au XVIIe siècle, la passiflore n’est pas regardée comme autre chose qu’une ornementale; ne nous étonnons donc pas que son histoire thérapeutique soit relativement récente sur l’ancien continent; surtout que ce n’est qu’en 1867 qu’est mentionnée pour la première fois l’action sédative de la passiflore par un médecin américain du nom de Phares, corroboré par Stapleton en 1904. Ces découvertes pharmacodynamiques n’ont donc rien d’européen, bien qu’elles aient été importées d’Amérique septentrionale jusque vers l’Europe, où la passiflore fut, très tôt, bien accueillie.

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des parties aériennes de Passiflore ?

Propriétés neuropsychiques :

  • Activité sédative :

La passiflore possède des activités hypnotiques, anxiolytiques, anticonvulsivantes et analgésiques, en relation avec l’action concomitante et synergique de l’ensemble des composants de la plante. Ces propriétés, démontrées in vivo, commencent en effet à être mises en évidence chez l’homme; comme le montre un essai contrôlé randomisé en double aveugle pilote de 2001 mené chez 36 patients pendant 4 semaines, indiquant une activité anxiolytique de la passiflore équivalente à celle de l’oxazepam.

Une autre étude menée en double aveugle contre placebo en 2009 a notamment montré que la prise de 500 mg d’extrait de Passiflora incarnata 90 min avant une intervention chirurgicale réduit efficacement le stress préopératoire, ce que confirme un autre essai réalisé en 2012 avant rachianesthésie auprès de 60 patients âgés de 25 à 55 ans, résultat obtenu sans que cela change les paramètres des tests de fonction psychomotrice, le niveau de sédation ou les données hémodynamiques.

L’activité de la plante passe par une inhibition de la monoamine-oxydase; une stimulation de la production de sérotonine ainsi qu’un effet agoniste au niveau des récepteurs à l’acide y-aminobutyrique (GABA). Cette activité sur le système gabaergique serait en partie liée à ses alcaloïdes indoliques de type harmane et à ses flavonoïdes (chrysine, homo-orientine, vitexine, isovitexine). Ces composés contribueraient à l’activité anxiolytique de la plante, comparable in vivo à celle du diazépam. Les extraits de Passiflora incarnata induisent des courants GABA dans les neurones de l’hippocampe in vitro, et présentent des effets anticonvulsivants in vivo, variables selon la méthode d’extraction. Cette activité implique des récepteurs gabaergiques aux benzodiazépines et opioïdes.

  • Activité cognitive :

Passiflora incarnata améliore ainsi la mémoire spatiale de façon dépendante à la dose et réduit l’anxiété. Elle influence de fait la neurotransmission, en réduisant la teneur en acide glutamique de l’hippocampe et en sérotonine corticale. Elle augmente également les taux de métabolites et leur renouvellement, ce qui confirme partiellement le mécanisme d’action de la plante sur les récepteurs GABA.

  • Activité hypnotique :

Après une augmentation de la motilité et de l’activité exploratrice du sujet pendant les 3 premières heures après la prise de passiflore, on constate dans un deuxième temps un ralentissement net de l’activité générale avec une composante sédative puis hypnotique, augmentant la durée du sommeil et potentialisant l’effet des somnifères. Par ailleurs, la passiflore diminue la température corporelle, condition favorable à l’entrée dans le sommeil. Cet effet est donc renforcé par l’action anticonvulsivante et antispasmodique du maltol, présent en petite quantité dans la plante. In vitro et in vivo, l’extrait de passiflore module positivement les rythmes circadiens en induisant des rythmes de grande amplitude sans déphasage dans l’expression de plusieurs gènes de l’horloge circadienne.

Une étude à double insu et contrôlée par placebo menée en 2012 chez 41 volontaires sains (18 à 35 ans) suivis en polysomnographie a par ailleurs évalué les effets de l’administration pendant 7 jours d’un extrait aqueux de Passiflora incarnata sur la quantité du sommeil. Elle a montré des corrélations positives significatives entre les mesures subjectives et les mesures quantitatives polysomnographiques du sommeil (endormissement et efficacité) par rapport au placebo.

Une étude in vivo de 2017 a montré que P. incarnata augmente significativement le temps total de sommeil, en relation avec une augmentation du temps passé par les sujets en sommeil lent, et une diminution significative de l’état de veille. En revanche, le temps passé dans le sommeil paradoxal a montré une tendance à la baisse, avec réduction de sa fréquence et de sa durée moyenne.

  • Activité analgésique :

In vivo, d’autres résultats anti-nociceptifs et comportementaux (sédation, anxiolyse) obtenus avec P. incarnata confirment que son activité peut provenir de mécanismes opioïdes et gabaergiques sous-jacents, et pourrait également impliquer une action potentielle de type cannabimimétique. Ces travaux montrent en effet que la plante pourrait être utile pour traiter la douleur neuropathique.

  • Activité neuroprotectrice :

In vivo, dans un modèle animal de troubles du sommeil, il a été confirmé, en 2019, que la vitexine, principal composant bioactif des extraits éthanoliques de feuilles et de fruits de Passiflora incarnata, amélioreen outre la neurogenèse hyppocampale, avec mise en évidence d’une augmentation du facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF) dans l’hippocampe et d’une baisse significative de la protéine Tau (un marqueur de la maladie d’Alzheimer) par rapport au groupe témoin. Ces bénéfices sont complétés par une amélioration de la mémoire selon le test du labyrinthe d’eau, le tout sans qu’aucun changement dans le comportement alimentaire, le poids corporel, le niveau métabolique et la composition corporelle des animaux ne soit constaté. Ces résultats identifient la passiflore comme une thérapie potentielle pour améliorer les fonctions mnésiques, et prévenir la maladie d’Alzheimer, en agissant sur l’hippocampe.

  • Activité psychocomportementale :

En 2019, une étude qualitative, exploratoire et observationnelle menée en Suisse a analysé pour la première fois les expériences vécues par des patients, en relation avec l’utilisation d’un extrait éthanolique de Passiflora incarnata. Les auteurs ont identifié trois types distincts de récits biographiques de patients attribués à différentes expériences lors de l’utilisation de la plante. Dans les récits de type 1, les utilisateurs ont décrit qu’ils passaient d’une orientation tournée vers la performance à la redéfinition des priorités au calme. Les patients avec des récits de type 2 ont maintenu une orientation de performance tout en adoptant le calme, alors que ceux délivrant des récits de type 3 ont maintenu une orientation vers la performance, et ont souffert d’une maladie persistante.

  • Activité sur la dépendance :

La benzoflavone trisubstituée (fraction BZF) de la passiflore a montré des résultats significativement encourageants dans l’inversion de la tolérance et de la dépendance de plusieurs médicaments psychotropes prédisposant à la toxicomanie, notamment la morphine, la nicotine, l’éthanol, le diazépam et le delta-9-tétrahydrocannabinol.

Aide au sevrage des benzodiazépines : non seulement la fraction BSF de passiflore ne génère pas de dépendance par elle-même, mais elle atténue la dépendance aux benzodiazépines, tel que cela a été montré in vivo.

Aide au sevrage de l’alcool : in vivo, une étude de 2017 a notamment montré que les groupes traités à l’alcool ont présenté une augmentation des seuils nociceptifs après le sevrage de l’alcool, qui a été inversé par Passiflora incarnata, lors de la mesure par le test de la plaque chauffante. En outre; le traitement contre l’alcoolisme a augmenté les taux de facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF) et d’interleukine-10 dans le cortex préfrontal, ce que P. incarnata n’a pas annulé. Ces résultats indiquent que la plante pourrait constituer un traitement potentiel du syndrome de sevrage alcoolique.

Propriétés somatiques :

L’activité périphérique de la passiflore contribue elle aussi à la détente et à l’induction d’un sommeil réparateur.

  • Sur le muscle :

La passiflore est un antispasmodique musculaire. Elle induit une augmentation de l’amplitude des contractions, une diminution de leur fréquence ainsi qu’ une baisse du tonus général. Par ailleurs, elle potentialise les effets de la papavérine, et antagonise la pilocarpine.

  • Sur l’appareil cardiovasculaire :

La passiflore possède également une action calmante au niveau cardiaque.

  • Sur l’appareil respiratoire :

On observe donc une augmentation de l’amplitude et de la fréquence respiratoire. Dans une étude contre placebo menée pendant 4 semaines; l’administration d’extrait d’écorce de passiflore a permis de réduire significativement la symptomatologie asthmatique.

Existe-t-il des précautions d’emploi concernant la Passiflore ?

Contre-indications :

  • Selon l’EMA; l’utilisation de la passiflore n’est pas recommandée chez la femme enceinte ou allaitante et chez les enfants de moins de 12 ans, à cause de la présence d’alcaloïdes.

Précautions d’emploi :

  • Comme toute plante sédative, selon le dosage et la sensibilité de la personne; la passiflore pourrait entraîner une baisse de la vigilance, et s’avérer dangereuse en cas d’utilisation de machines ou de conduite de véhicules.
  • L’avis d’un médecin ou d’un professionnel de la santé est par conséquent conseillé en cas d’utilisation en dessous de 12 ans ou si les symptômes s’aggravent lors de l’utilisation de la passiflore.

Interactions médicamenteuses :

  • La passiflore pourrait augmenter l’effet sédatif des plantes et des médicaments de synthèse de type anxiolytique ou antidépresseur, ainsi que l’activité des anticoagulants. Un avis médical est conseillé en cas d’association.
  • Interactions pharmacologiques possibles avec les benzodiazépines (lorazepam).
  • Les extraits de passiflore contenant les flavonoïdes orientine, apigénine, vitexine, pourraient interagir avec des polypeptides de transport d’anions organiques OATP2B1 et OATP1A2 et affecter ainsi l’absorption de certaines hormones (sulfates d’estrone-3, de prégnénolone, de déhydroépiandrostérone).

Comment prendre la Passiflore et à quel dosage ?

Forme sèche :

Forme liquide :

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

Clémentine. M.
Rédactrice d’articles scientifiques
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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