L’aubépine, la blanche épine qui va droit au cœur !

aubépine

Hôte des campagnes, l’aubépine affectionne l’orée des forêts où elle semble monter la garde, tant en direction des lieux découverts que couverts où, alors, on la voit s’acoquiner à de grands feuillus ou à des résineux. Mais c’est sans doute aucun à la haie qu’elle est, avec l’épine noire, la plus attachée, cette même haie encore bien incomprise et dont Émile Cardot écrivait en 1907 qu’il ne fallait point médire d’elle parce qu’elle est capable de former d’excellentes clôtures, sans compter que ces arbustes tels qu’aubépines, coudriers, genévriers, formant ce que l’on appelle le mort-bois, sont des espèces végétales d’avant-garde qui préparent le terrain à d’autres aux statures plus imposantes : les arbres.

Alors par quel mystérieux prodige l’aubépine a-t-elle pu jouir et jouit-elle encore d’une popularité qui oscille entre l’indifférence et la reconnaissance tardive des bienfaits qu’elle est capable de prodiguer ?

Un peu d’histoire

L’Antiquité ne nous dit malheureusement rien sur le sujet. C’est du XIIIe siècle que les premiers signes d’intérêt pour l’aubépine proviennent de l’Italien Pierre de Crescens, qui fait par conséquent des fleurs de cet arbuste un remède de la goutte. Puis, trois siècles plus tard, c’est à l’Allemand Jérôme Bock d’employer ces mêmes fleurs contre la pleurésie.

Mais le salut va provenir d’un médecin de campagne, quasiment contemporain d’Henri Cazin (1836-1891), Ernest Bonnejoy (1833-1896), homme de la providence que Leclerc (historien de la phytothérapie), exhume des papiers relativement récents, puisqu’une année après la mort de Bonnejoy, Leclerc met la main sur diverses notes qu’on lui doit et dans lesquelles il laisse entendre avoir pris connaissance d’un document anonyme daté de 1695, et dans lequel l’auteur conseille la pervenche, l’alchémille et l’aubépine pour régulariser la tension artérielle et agir sur l’artériosclérose. C’est sans doute la première fois que l’on mentionne le fait que l’aubépine a du cœur !

Après prise de connaissance de ce texte de la fin du XVIIe siècle, Leclerc procède par conséquent à l’expérimentation heureuse de l’aubépine comme modératrice de l’éréthisme cardiovasculaire et privilégie cette plante à travers une observation clinique qui durera ainsi plus de trois décennies.

C’est donc, oui, on peut le dire, à la fin du XIXe siècle que démarre ce nouveau pan de la carrière thérapeutique de la blanche épine, son efficacité ayant été démontrée au tournant de ce siècle sur les désordres du cœur, l’angor, ou encore l’arythmie cardiaque.

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des sommités fleuries d’Aubépine ?

Propriété régulatrice du système cardiovasculaire :

Action cardiotonique :

  • Cette action démontre en effet un renforcement de la contraction du cœur (effet inotrope positif), un ralentissement de la fréquence cardiaque (effet chronotrope négatif), et une régularisation du rythme cardiaque.
  • Sous forme d’extrait hydroalcoolique, on note ainsi une amélioration des symptômes associés à des insuffisances cardiaques de stade I et II décrits dans la New York Heart Association : avec augmentation de la tolérance à l’effort et de la fraction d’éjection du ventricule gauche (FEV).

Action cardioprotectrice :

  • Une protection cardiaque est démontrée dans l’angine de poitrine, l’hypertension avec insuffisance myocardique ainsi que les troubles légers du rythme cardiaque.
  • Une augmentation du débit sanguin coronaire, de l’irrigation myocardite, et de la tolérance à l’exercice ont toutefois pu être observées. La protection cardiovasculaire passe également par l’inhibition d’enzymes telles que l’enzyme de conversion de l’angiotensine et de la phosphodiestérase, des effets anti-inflammatoires et anti-hyperlipidémiques, et une amélioration du statut des enzymes antioxydantes.
  • Une amélioration de la tolérance du myocarde est de fait mise en évidence à une déficience en oxygène par réduction des lésions de reperfusion suite à une ischémie-reperfusion avec baisse de 50% de la lactate déshydrogénase (LDH) libérée, de la taille de la zone infarcie et des phénomènes d’arythmie.
  • Une amélioration de la fonction de l’endothélium vasculaire et de son rôle de barrière (diminution de l’hyperperméabilité endothéliale et effet relaxant) a pu être démontrée, d’où une action intéressante dans l’athérosclérose ou l’insuffisance cardiaque. Cela est confirmé par une étude en double aveugle contre placebo de 2015 chez des sujets avec une angine de poitrine stable, qui montre que la prise d’un extrait d’aubépine associée à de l’exercice diminue le risque d’athérosclérose.

Action protectrice vasculaire et cérébrale :

  • La vitexine (un des composants de l’aubépine) présente en outre des effets neuroprotecteurs in vitro. In vivo, cette substance protège notamment le cerveau contre les lésions d’ischémie/reperfusion.
  • Un extrait éthanolique d’aubépine standardisé, in vitro réduit également les stress oxydant responsable du vieillissement de l’endothélium.
  • In vivo, l’aubépine améliore le déficit de mémoire induit par la scopolamine, améliore l’apprentissage, diminue l’activité de l’acétylcholinestérase ainsi que le niveau de peroxydation lipidique tout en augmentant l’activité de la super oxyde dismutase.

Action hypotensive :

  • Par inhibition de l’enzyme de conversion in vitro, d’où un effet vasorelaxant.
  • L’aubépine réduit également l’hypertrophie cardiaque consécutive à l’HTA.
  • L’action hypotensive de l’extrait d’aubépine a été confirmée dans une étude pilote à double insu randomisée sur l’hypertension artérielle légère essentielle. Son action sur la concentration cellulaire en Ca++ et inhibition de la Na+/K+-ATPase), avec diminution de la résistance des vaisseaux périphériques, inhibition de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (flavonoïdes, proanthocyanidines),ainsi qu’ effet hypotenseur intéressant chez les diabétiques.

Action anti-inflammatoire et antioxydante :

  • La vitexine présente une activité anti-inflammatoire, inhibant ainsi la migration des neutrophiles et la libération de médiateurs pro-inflammatoires.
  • L’effet antioxydant de l’aubépine est notamment en partie lié aux proanthocyanidines oligomériques ou OPC (= proanthocyanidines).

Action sur l’anxiété :

  • Action sédative et anxiolytique (notamment chez les patients hypertendus), avec diminution de l’agressivité.
  • Abaisse la température corporelle, et de ce fait, prépare le sommeil.

Existe-il des précautions d’emploi concernant l’Aubépine ?

Contre-indications :

  • Selon l’EMA, l’utilisation de l’aubépine n’est pas recommandée chez la femme enceinte ou allaitante ainsi que chez l’enfant de moins de 12 ans.

Précautions d’emploi :

  • Comme toute plante sédative, selon le dosage et la sensibilité de la personne, l’aubépine pourrait entraîner une baisse de la vigilance et s’avérer dangereuse en cas d’utilisation de machines ou de conduite de véhicules.
  • Il est vraisemblable que l’usage d’infusion de fleurs d’aubépine ne présente pas de risque, et qu’il vaut mieux éviter les extraits de fruits, en raison de la présence de tanins astringents.

Interactions médicamenteuses :

  • L’aubépine est en effet inductrice du CYP 3A4 au niveau de la phase 1 de détoxication hépatique. L’utilisation de l’aubépine peut par conséquent avoir un effet potentialisateur sur la digitaline, les dérivés nitrés, les médicaments antihypertenseurs (comme les bêtabloquants), les hypolipémiants. Leur utilisation concomitante peut toutefois nécessiter une diminution du dosage de ces médicaments et requiert un avis médical.

Comment prendre l’Aubépine et à quel dosage ?

Forme sèche :

En médicament :

L’aubépine rentre dans la composition d’un grand nombre de spécialités de phytothérapie, sous forme d’extrait sec, seule ou associée à d’autres plantes, comme la valériane, la passiflore, la mélisse, l’eschscholtzia, à raison d’1 à 2 cp ou gélules 2 à 3 fois/jour, selon l’état clinique.

Forme liquide :

En complément alimentaire :

  • Extrait fluide de plante fraîche standardisé : 5 à 10 ml par prise dans de l’eau, 1 à 3 fois par jour, selon l’intensité des symptômes.
  • Suspension intégrale de plantes fraîches : 5 ml 2 à 3 fois/jour dans de l’eau.
  • Infusion ou décoction : 10 et 20g de fleurs séchées pour 1L à infuser pendant 10 mn dans de l’eau bouillante. Boire 2 à 3 tasses par jour. Les baies d’aubépine (cenelles) sont astringentes et exercent une action favorable sur les maux de gorge. Elles ont les mêmes propriétés chimiques que les fleurs. Leur décoction permet de faire des gargarismes contre les maux de gorge.

L’Aubépine en préparation magistrale d’extraits standardisés sous forme liquide (EPS)

Association avec la passiflore :

En cas d’anxiété avec hyperactivité.

Association avec la valériane :

En traitement de l’angoisse et tensions musculaires avec signes fonctionnels cardio-vasculaires.

Association avec l’eschscholtzia :

Pour les troubles du sommeil avec signes neurotoniques (palpitations, hyperémotivité, anxiété).

Association avec le griffonia :

Contre les signes d’hyposérotoninergie (irritabilité, agressivité, impulsivité, endormissement tardif, etc.) avec éréthisme cardiaque.

Association avec l’olivier :

Pour lutter contre l’hypertension artérielle (HTA), prévention cardiovasculaire.

Association avec l’astragale et le ginkgo biloba :

En prévention de l’insuffisance microcirculatoire cérébrale dans un contexte de risque vasculaire.

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

Clémentine. M.
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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