La mélisse, le cordial qui dissipe les vapeurs mélancoliques

mélisse

Depuis l’Antiquité, les hommes ont fait voyager la mélisse à travers le bassin méditerranéen afin qu’elle finisse par trouver sa place dans les pharmacopées de divers endroits du globe. Se propageant d’est en ouest, elle a commencé à se répandre très tôt en Asie Mineure, s’est retrouvée par la suite à croître en Espagne vers 960, puis par delà les Alpes par le biais des bénédictins.

Un peu d’histoire

Chez les anciens Grecs, on l’appelait melissophyllon. Il ne fait nul doute que la première personne à laquelle nous devons la primomention de cette plante dans son traité est Théophraste. Nicandre de Colophon présente la simple dans Les Thériaques et Les Alexipharmaques, nous offrant ainsi l’antidote parfait contre les morsures de scorpion et de chien enragé. Cette indication fut repris par Dioscoride, auquel il ajoute plusieurs propriétés telles que diurétique, emménagogue ou encore hypnotique. Le médecin grec l’utilisait également pour traiter les maladies pulmonaires ainsi que diverses douleurs.

Par delà les restes des ruines fumantes de l’Empire romain et de l’Antiquité tardive, un médecin syrien, connu sous le nom de Sérapion, semble être l’un des pionniers à attribuer à la mélisse sa vertu de « cordial ». Ce terme médical a été abandonné avec le temps et sera réappréhendé à l’aide de la définition suivante : un cordial est un médicament qui restaure la fonction cardiaque (du latin cor, « cœur »). Par conséquent, Sérapion pense que la mélisse peut rendre l’humeur bonne (le terme antidépresseur n’ayant pas encore été inventé). Il écrit : « La mélisse réjouit le cœur, aide à la digestion, ouvre les conduits du cerveau, fortifie le cœur défaillant ou affaibli, principalement les défaillances nocturnes, les palpitations et ôte toutes les imaginations fâcheuses du cerveau, principalement qui procèdent d’humeur mélancolique ».

Un siècle et demi plus tard, c’est au tour d’un autre médecin arabe, d’autant plus célèbre, Avicenne, de contribuer à l’édification de la réputation de la mélisse. Pour lui, cette plante est en effet un bon médicament pour le cœur, qui peut dissiper les « vapeurs » mélancoliques. Le Moyen Âge central regorge d’idées novatrices chez Avicenne; toutefois, cette période historique n’est qu’une répétition des paroles des anciens médecins grecs et romains.

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des feuilles de Mélisse ?

Action sédative et hypnotique sur le système nerveux central :

Chez l’homme, chez des patients souffrant d’anxiété légère à modérée, la plante exerce une activité anxiolytique, et améliore la qualité et la durée du sommeil. Elle exerce in vivo une activité analgésique périphérique. Elle favorise ainsi l’attention ainsi que le calme chez l’homme.

Dans un essai à double insu, randomisé, contrôlé par placebo mené en 2015 auprès de 55 volontaires pendant 14 jours, la prise 2 fois par jour d’extrait de feuilles de mélisse a réduit significativement les palpitations cardiaques et l’anxiété, sans effets secondaires.

La mélisse déplace des récepteurs nicotiniques et des récepteurs muscariniques dans les homogénats de membranes cellulaires de cortex cérébral humain, de manière dépendante de la dose. Par ailleurs, in vitro, la fraction acide de M. officinalis, dont l’effet neuroprotecteur apparaît plus puissant que celui de la fraction non acide, protège les neurones de granules cérébelleux en culture, contre l’apoptose induite par le peptide β-amyloïde et vis-à-vis du stress oxydatif. Ces données pourraient expliquer les capacités de la plante à ralentir le déclin des fonctions cognitives, comme le montre un essai à double insu, randomisé et contrôlé par placebo mené en 2003 pendant 4 mois auprès de 42 patients souffrant de maladie d’Alzheimer légère à modérée.

Les propriétés anxiolytiques de la mélisse seraient liées à une action de potentialisation du GABA; comme semble le montrer l’activité inhibitrice in vitro d’un extrait méthanolique de mélisse sur la GABA transamine (GABA-T), une enzyme cible des thérapeutiques de l’anxiété, de l’épilepsie et d’autres troubles neurologiques. Les principes actifs de la mélisse responsables de cet effet sont l’acide rosmarinique et les triterpènes de la plante.

Action antispasmodique :

L’extrait total de mélisse apporté en complément des traitements habituels chez des personnes atteintes du syndrome de l’intestin irritable a montré une capacité à réduire la fréquence et la sévérité des douleurs abdominales, ainsi que des ballonnements.

Un essai randomisé à double insu contrôlé par placebo auprès de 100 lycéennes de 2013 à 2014 a montré que la prise de mélisse entraîne une réduction significative de l’intensité des symptômes du syndrome prémenstruel.

Un essai clinique à double insu de 2017 indique que la prise d’extrait de mélisse réduit significativement la dysménorrhée, en relation avec l’activité antispasmodique de la plante.

Action protectrice du système gastro-intestinal :

La mélisse protège in vivo contre les ulcères en augmentant la sécrétion de mucines et la libération de prostaglandines E2, et en diminuant la libération des leucotriènes.

Action hypolipémiante :

L’extrait de mélisse a également été identifié comme ayant une action hypolipémiante en réduisant les taux de cholestérol total et de lipides totaux sériques, ainsi qu’en diminuant la peroxydation lipidique et en augmentant les taux de glutathion hépatique. Une capacité de modulation de la prise de poids, de la masse grasse et du métabolisme lipidique a également été décrite.

Action antimicrobienne et antiparasitaire :

In vitro, la mélisse est active contre un grand nombre de bactéries (comme les shigelles), de levures, de champignons (Trichophyton) et de parasites (Leishmania major et Trypanosoma brucei). La mélisse exerce également un effet antiviral contre Herpes simplex in vitro, notamment de type 2.

Autres propriétés :

  • Activité antioxydante :

Cette propriété, démontrée in vitro, est due essentiellement à la présence d’acide rosmarinique et de flavonoïde. Un effet protecteur d’extrait de Melissa officinalis contre le stress oxydatif induit par le peroxyde d’hydrogène (H2O2) a notamment été montré in vitro sur des cellules endothéliales vasculaires humaines.

De même, il a été constaté que la consommation régulière d’un infusé de mélisse réduit les marqueurs circulants du stress oxydatif, et stimule les systèmes de défenses antioxydantes chez des personnels hospitaliers exposés aux radiations dans un service de radiologie.

Existe-t-il des précautions d’emploi concernant la Mélisse ?

Contre-indications :

  • Contre-indiquée chez la femme enceinte ainsi que chez les enfants et les adolescents de moins de 18 ans.
  • Contre-indication chez les personnes atteintes de glaucome ou de la maladie de Basedow.

Précautions d’emploi :

  • Comme toute plante sédative, selon le dosage et la sensibilité de la personne, la mélisse pourrait entraîner une baisse de la vigilance, et s’avérer dangereuse en cas d’utilisation de machines ou de conduite de véhicules.
  • Une augmentation de la pression intraoculaire a pu être rapportée. De même, une freination de l’hormone thyroïdienne ou une diminution d’efficacité des traitements de substitution a pu être rapportée. De fait, un suivi médical est recommandé dans ces situations en cas d’utilisation de mélisse.

Interactions médicamenteuses :

  • Du fait de son action sédative et antispasmodique, la mélisse peut amplifier les effets de nombreux médicaments psychotropes ou agissants sur le système nerveux central, comme les somnifères, les antidépresseurs, les neuroleptiques antipsychotiques, les antitussifs (à basse de codéine ou de pholcodine) et les antalgiques contenant un dérivé opiacé (codéine, tramadol, morphine). Un suivi médical est nécessaire en cas d’association.
  • Risque d’interactions médicamenteuses avec les barbituriques, traitement de glaucome, substituts d’hormones thyroïdiennes, IRS (fluoxetine)…

Comment prendre la Mélisse et à quel dosage ?

Forme sèche :

Forme liquide :

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

Clémentine. M.
Rédactrice d’articles scientifiques
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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