La Rhodiole, plante panacée à la racine dorée

rhodiole

L’appellation latine de la Rhodiole dérive du mot grec rhodios, employé par le philosophe grec Dioscoride lorsqu’il décrivit la première fois la plante dans son De Materia medica (77 après J.-C.), sous le nom de Rodio riza, en référence à l’odeur de rose que dégage la racine, une fois coupée. Son nom vernaculaire de racine dorée est une allusion à sa réputation légendaire de plante panacée.

Un peu d’histoire

Ses nombreuses propriétés, que démontre la science contemporaine, la placent au premier rang des phytoadaptogènes, au même titre que le ginseng  ou l’éleuthérocoque, avec un tropisme plus marqué pour la sphère psychique, notamment en cas de troubles de l’humeur et de faiblesse cognitive. La rhodiole est incontestablement la plante de l’épuisement physique, et surtout psychique.

Si l’Occident découvre la rhodiole depuis une vingtaine d’années, au point que sa notoriété rejoint celle du Panax ginseng, la Russie et les pays scandinaves l’utilisent depuis au moins 3000 ans pour affronter les rigueurs du Grand Nord, et notamment pour renforcer l’endurance physique, pour améliorer la vigueur sexuelle, et pour accroître la cognition et la longévité. D’Est en Ouest, les légendes vont bon train quant aux vertus extraordinaires de la plante, qui est aux peuples du Nord ce que le vibranium ou l’adamantium sont aux super-héros de l’univers fantastique de Marvel Comics, à savoir un formidable amplificateur des capacités humaines.

En Ukraine, c’est l’histoire du prince Danila Galitsky, qui, au XIIIe siècle, réalisait avec la racine d’or des exploits amoureux qui enflammaient l’imagination populaire. En Suède, c’était les farouches Vikings qui auraient tiré leur force physique légendaire et leur endurance réputée de ladite racine, ce qui leur permettait in fine de rejoindre de Valhalla, où les attendait Odin.

La réputation de la plante était telle que les empereurs chinois, pourtant à l’abri du besoin avec les belles ressources énergétiques en ginseng de l’empire du Milieu, envoyaient des expéditions en Sibérie pour ramener le précieux orpin rose.

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques du rhizome de Rhodiole ?

Activités sur le système nerveux central :

  • Amélioration des capacités intellectuelles :

Les effets bénéfiques de la rhodiole sur les performances mentales peuvent notamment s’expliquer en partie par son action anticholinestérase. In vitro, un extrait alcoolique de R.rosea entraîne une inhibition de 42 % de l’acétylcholinestérase (AChE). Cet effet serait donc lié à la présence de deux glycosides de flavonoïde qui, une fois isolés, entraînent un niveau équivalent d’inhibition de l’AChE. Une étude pilote à double insu, contrôlée par placebo, destinée à évaluer l’effet stimulant et adaptogène de la rhodiole sur les performances mentales de jeunes médecins, a montré une augmentation significative des fonctions cognitives dans le groupe traité avec R.rosea, sans aucun effet secondaire.

En 2018, un revue systématique ainsi qu’une méta-analyse des études précliniques ont confirmé que R.rosea peut améliorer les fonctions d’apprentissage et de la mémoire, via des mécanismes antioxydants, anti-inflammatoires, de régulation cholinergique, d’activité anti-apoptotique, d’amélioration du flux sanguin coronaire et du métabolisme cérébral.

  • Propriétés antioxydantes et neuroprotectrices dans les modèles de pathologies neurodégénératives :

Chez l’homme, la rhodiole exerce des effets neuroprotecteurs qui peuvent par conséquent améliorer l’efficacité des thérapies antiparkinsoniennes. Dans des modèles de maladie de Parkinson, le salidroside protège les neurones dopaminergiques en inhibant in vitro et in vivo les FRO et la génération de NO. Cette constatation indique que ce composé peut agir en tant qu’agent neuroprotecteur efficace en modulant la voie mitochondriale liée aux FRO et au NO.

  • Propriétés antidépressives :

In vitro, les extraits aqueux et méthanoliques de rhodiole inhibent en effet la dégradation des neurotransmetteurs (sérotonine, noradrénaline) par inhibition des monoamines-oxydases A et B, ce qui montre une activité thérapeutique potentielle dans la dépression et la démence sénile. Cet effet est notamment lié à l’activité de la rosiridine.

Une revue de la littérature scientifique de 2016 confirme que la rhodiole exerce une activité antidépressive majeure. Son action multicible concerne différents niveaux de régulation de la réponse cellulaire au stress, et implique plusieurs neurotransmetteurs et leurs récepteurs, ainsi que l’ensemble de la sphère neuroendocrinienne.

  • Propriétés antipsychotiques :

La recherche commence à s’intéresser au potentiel de la rhodiole dans les troubles neuropsychiatriques. Une étude in vivo de 2019 a montré que l’extrait de R. rosea inverse de manière puissante les déficits d’inhibition par le prépulse (mesure opérationnelle établie de la synchronisation sensorimotrice, altérée dans la schizophrénie et d’autres troubles psychotiques). Ces premiers travaux suggèrent des effets antipsychotiques de l’extrait de rhodiole.

  • Diminution de la fatigue psychique :

Les adaptogènes; comme la rhodiole, exercent un effet antifatigue qui augmente ainsi la capacité de travail mental chez les personnes présentant un fond de stress et de fatigue. Une étude clinique, menée pendant 28 jours chez 60 personnes présentant un syndrome de fatigue dû à un stress chronique, montre que l’extrait de rhodiole entraîne en effet une diminution significative de leur production de cortisol salivaire (mesure du stress), et une amélioration de l’endurance et de la concentration. Une étude clinique randomisée, à double insu, contrôlée par placebo et à groupes parallèles chez 161 jeunes adultes âgés de 19 à 21 ans a montré un effet antifatigue très significatif à plusieurs dosages, avec amélioration de la capacité de travail mental. La rhodiole est de fait employée dans la prise en charge de la fatigue associée à la maladie de Lyme.

  • Propriétés anxiolytiques :

Une étude pilote menée pendant 10 semaines chez 10 patients souffrant de trouble anxieux généralisé a donc confirmé que la prise de R. rosea entraîne une baisse significative de l’anxiété (mesurée avec l’échelle d’anxiété de Hamilton), avec peu d’effets secondaires (vertige et bouche sèche).

Amélioration des performances physiques :

  • Adaptation à l’effort :

Une étude clinique en double aveugle versus placebo sur de jeunes volontaires démontre par ailleurs que la prise d’extraits standardisés de R.rosea augmente l’endurance.

  • Diminution de la fatigue physique :

In vivo, la prise d’extraits de R. rosea pendant 4 semaines réduit le stress oxydatif lié à la nage, probablement parce que la plante accroît la capacité de piégeage des FRO, et améliore les mécanismes de défenses antioxydants.

Il a notamment été montré qu’une dose unique de Rhodiola rosea exerce un effet stimulant dans les 30 minutes qui suivent son administration, réaction qui dure au moins 4 à 6 heures. Cet effet est plus puissant que celui constaté avec d’autres phytoadaptogènes comme Schizandra chinensis et Eleutherococcus senticosus. Cette activité est due aux phényléthanoïdes comme la salidroside, la rovasine, la syringine ainsi que la triandine, cette dernière étant la plus active.

Propriétés endocriniennes :

  • Action sur le cycle menstruel et la fécondité :

Au cours d’une étude sans groupe placebo, la rhodiole a notamment entraîné le retour des règles chez 25 sur 40 femmes souffrant d’aménorrhées, avec survenue d’une grossesse chez 11 des femmes.

  • Action sur la fonction sexuelle :

Au cours d’un essai sans groupe placebo auprès de 35 hommes souffrant de dysfonction érectile ou d’éjaculation précoce, la rhodiole a notamment entraîné une amélioration significative des troubles rapportés.

  • Antidiabétique :

In vitro, les extraits aqueux et éthanoliques de rhodiole inhibent l’alpha-glucosidase.

Propriétés cardioprotectrices et vasculaires :

Ex vivo, les extraits aqueux et éthanoliques de rhodiole inhibent l’enzyme de conversion de l’angiotensine I, démontrant de fait un potentiel antihypertenseur.

Propriétés anticancéreuses et anti-mutagéniques :

In vitro, des études indiquent que le salidroside inhibe la croissance cellulaire de différentes lignées cellulaires humaines de façon dépendante de la dose et du temps. L’extrait de rhizome de Rhodiola rosea favorise ainsi l’apoptose et la nécrose des cellules cancéreuses, et exerce un effet cytostatique ainsi qu’antiprolifératif, ce qui ouvre la possibilité de l’employer en thérapie anticancéreuse pour renforcer l’efficacité des cytostatiques conventionnels.

Existe-t-il des précautions d’emploi concernant la Rhodiole ?

Contre-indications :

  • Selon l’EMA, en l’absence de données suffisantes, la rhodiole n’est pas recommandée chez la femme enceinte ou allaitante, ainsi que chez l’enfant et l’adolescent de moins de 18 ans.

Précautions d’emploi :

  • Utiliser avec prudence chez les sujets irritables ou agités. Il en est de même chez les personnes bipolaires, en particulier chez ceux ayant des antécédents d’épisodes maniaques lors de la prise d’antidépresseurs ou de stimulants. Un suivi médical est donc requis en cas d’utilisation de la rhodiole dans ce contexte.
  • La rhodiole s’emploie le matin et /ou à midi. Son utilisation en fin de journée pourrait perturber le sommeil.

Interactions médicamenteuses :

  • En théorie, la rhodiole peut accroître l’effet des plantes et des médicaments ayant un effet psychostimulant.
  • Ses effets pourraient se surajouter à ceux des inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine.
  • En raison de son effet hypoglycémiant, un ajustement posologique peut être nécessaire chez les patients recevant des antidiabétiques.
  • Modification de la pression artérielle, un ajustement posologique peut par conséquent être nécessaire chez les patients recevant des antihypertenseurs.
  • Interaction possible avec le losartan.
  • Utiliser avec prudence chez les patients utilisant des dépresseurs du SNC.
  • Augmentation du risque de saignement, prudence avec l’aspirine, les anticoagulants oraux, l’héparine, le clopidogrel, les anti-inflammatoires non stéroïdiens.
  • Interactions pharmacocinétiques possibles avec les cytochromes P450, prudence avec les médicaments à marge thérapeutique étroite; demandez donc conseil à votre pharmacien.
  • Inhibition du CYP3A4 et de la glycoprotéine P
  • Interactions possibles avec le paracétamol, l’acétazolamide, les inhibiteurs de l’alpha-glucosidase, les anxiolytiques, les sédatifs, les antibiotiques, les anticancéreux, les antidépresseurs, les IMAO et les IRS, les anti-inflammatoires, les antiviraux, les inhibiteurs de la catéchol-O-méthyltransférase (COMT), les stimulants du système nerveux central, les hypolipidémiants, les œstrogènes, les immunomodulants, les opiacés, le pentobarbital, ainsi que la théophylline.

Comment prendre la Rhodiole et à quel dosage ?

Forme sèche :

Forme liquide :

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

Clémentine. M.
Rédactrice d’articles scientifiques
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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