La Busserole, raisin d’ours aux propriétés gargantuesques

feuilles de Busserole

La busserole est l’une des grandes absentes de la littérature médicale de toute l’Antiquité. Le Moyen-Âge ne fait guère mieux si l’on considère que les documents les plus anciens la concernant ne remontent qu’au XIIe siècle : certains livres anglais en relatent l’usage, elle est même mentionnée dans un herbier gallois du XIIIe siècle, intitulé Les médecins de Myddfai. En France, c’est Rabelais (médecin-écrivain) qui, le premier, souligne les effets diurétiques de la busserole dans son œuvre littéraire Gargantua, décrivant Pantagruel en proie à une infection urinaire.

Un peu d’histoire

Au XXe siècle, Botan réaffirme les pouvoirs diurétiques et antiseptiques de la plante. Il écrit que l’on « met cette double propriété à profit toutes les fois qu’il s’agit de guérir des inflammations accompagnées de purulence ». Leclerc, qui n’a rien ignoré de ce que ses prédécesseurs ont pu constater au sujet de la busserole, fait l’observation suivante; les feuilles du poirier agissent à la manière de celles de busserole. Voici ce qu’il en dit : « leur infusion se comporte comme un bon diurétique, capable d’exercer sur l’urine une action antiputride analogue à celle de l’uva-ursi : elle trouve donc son application dans les cystites, dans la bactériurie, dans la lithiase urinaire; sous son influence, le volume de l’urine augmente, le liquide excrété s’éclaircit et perd ainsi de sa fétidité et l’on obtient la sédation des phénomènes douloureux dont la vessie est le siège ».

Charles de Barbeyrac (1629-1699), lui aussi, conseillait la busserole « pour calmer les douleurs néphrétiques et faire disparaître les mucosités et le sable de l’urine ». Mais ce n’est que sur l’impulsion du médecin viennois Dehaen – qui est celui qui a sans doute le mieux apprécié la valeur thérapeutique de la busserole – que cette plante se recommande à « tous ceux qui présentent une suppuration prolongée et abondante, rebelle aux autres moyens thérapeutiques, vers le système urinaire, les reins, l’uretère, la vessie, l’urètre, le scrotum, le périnée, sans aucune empreinte vénérienne et en dehors des signes évidents d’un calcul », écrit-il dans le Ratio medendi in nosocomio practico en 1758.

À la suite de l’établissement de ces propriétés médicinales, nombreux seront les praticiens à se succéder, entrant dans la voie tracée par Dehaen pour éprouver cette plante que l’on dit être le meilleur remède des suppurations de l’appareil urinaire.

Quelles sont les principales propriétés pharmacologiques des feuilles de Busserole ?

Propriétés antiseptiques urinaires :

En effet ces propriétés sont en relation avec l’activité de l’arbutine, un puissant désinfectant et anti-inflammatoire urinaire, actif sur Escherichia coli, principal germe responsable des infections de l’arbre urinaire. L’arbutine n’est métabolisée que dans les voies urinaires, où elle s’hydrolyse en glucose et en hydroquinone, (substance très proche du phénol), un puissant antiseptique. Cette transformation s’opère par conséquent sur des urines alcalines ou alcalinisées.

Hydroquinone, acides phénoliques et picéoside agissent en synergie sur de nombreux germes : Escherichia coli, Staphylococcus aureus, Mycoplasmes, Pseudomonas aer., Proteus vulg., Klebsiella pneum., Enterococcus faecal., Streptococcus. Ces principes actifs sont également antimycosiques (candida albicans) et virostatiques.

Par ailleurs, les feuilles sont antimicrobiennesin vitro et in vivo vis-à-vis de nombreux germes (Candida, Staphylococcus, Escherichia, Salmonella).

Propriétés anti-inflammatoire, antalgique, astringente et décongestionnante des voies urinaires :

Ces propriétés sont notamment liées à la présence des iridoïdes et de l’allantoïne; cicatrisants et reconstituants de l’épithélium de la muqueuse urinaire.

Propriétés diurétiques :

L’action aquarétique de la busserole est due à l’arbutoside, aux flavonoïdes et aux glucosides phénoliques contenus dans ses feuilles. Chez le sujet en surcharge hydrique, la busserole augmente l’élimination rénale de l’eau. Elle améliore également l’élimination du sodium et du potassium. L’arbutoside (ou arbutine) est stable dans la drogue grâce aux tanins (d’où l’intérêt de conserver le totum) mais hydrolysé par les bactéries intestinales avec libération de son aglycone, l’hydroquinone (un phénol), conjuguée dans le foie, excrétée par voie rénale puis libérée dans les voies urinaires.

Propriétés vasculaires :

Les tanins galliques de la busserole possèdent des propriétés antihémorragiques utiles dans les hématuries. Ils améliorent la circulation sanguine de la muqueuse vésicale.

Existe-il des précautions d’emploi concernant la Busserole ?

L’hydroquinone nécessitant des urines alcalines pour être produite et exercer son action antiseptique, il est nécessaire au moment de l’utilisation de la busserole de s’assurer d’un pH urinaire alcalin (mesuré par bandelette réactive) ou d’alcaliniser les urines par l’apport simultané de bicarbonates de sodium; soit des eaux minérales comme St Yorre (4368 mg/L), Vichy Célestins (2989 mg/L) et Badoit (1300 mg/L), soit du bicarbonate de soude, ou bien de citrates (de sodium, potassium, magnésium), ou bien via une alimentation très riche en fruits et légumes. Il est conseillé de boire beaucoup durant le traitement (au moins deux litres d’eau par jour).

Contre-indication :

  • Selon l’EMA, la busserole n’est pas recommandé chez la femme enceinte ou allaitante en raison de ses propriétés ocytociques, c’est-à-dire utéro stimulantes et tératogènes).
  • La Busserole est également contre-indiquée en cas de cancer des voies urinaires, ainsi qu’en cas de maladies rénales.
  • Selon l’agence européenne, l’utilisation chez les enfants et les adolescents ne peut être recommandée pour un usage traditionnel, car les infections des voies urinaires chez les enfants et les adolescents, même à un stade précoce, doivent être traitées sous surveillance médicale.

Effets secondaires :

  • La prise d’un extrait de busserole peut colorer les urines en vert-brun.

Précautions d’emploi :

  • Les extraits de busserole s’utilisent en cures discontinues et de durée limitée.
  • La commission E allemande recommande de ne pas prolonger la prise de busserole au-delà d’une semaine ou plus de 5 fois par an sans un avis médical.
  • Selon l’EMA, l’emploi de la busserole chez l’homme sort de son usage traditionnel; lequel n’est recommandé que pour les femmes seulement.
  • En cas de surdosage, possibilité d’anorexie, nausées, vomissements, céphalées, irritabilité, insomnie, élévation de la fréquence cardiaque et albuminurie.

Interactions médicamenteuses :

  • La busserole peut potentialiser la toxicité gastro-intestinale des anti-inflammatoires non stéroïdiens de synthèse.
  • Éviter la prise conjointe de substances acidifiant les urines (médicaments, vitamine C, canneberge, jus de fruits acides tels que les agrumes ou les pruneaux).
  • Les extraits aqueux et méthanoliques de 5 produits uva-ursi ont montré une forte inhibition de l’isoenzyme du cytochrome p450.

Comment prendre la Busserole et à quel dosage ?

Forme sèche :

  • En complément alimentaire : sous forme d’extrait sec ou de poudre, en gélules.
  • Au cours d’infections urinaires, des gélules de bruyère peuvent être associées à cette prise, à raison d’1 gélule 3 fois par jour.

Forme liquide :

  • Extrait fluide de plante fraîche standardisé : 5 à 10 ml par jour dans un verre d’eau de préférence le matin.
  • Tisanes : 10 à 15 g de feuilles par litre d’eau (après ébullition, laisser cuire à petits bouillons pendant 30 mn), 1 à 2 g par tasse, à boire 3 à 4 fois / jour. Pour éviter l’irritation gastrique due à la richesse en tanins, il est possible d’y ajouter des feuilles de menthe.

La Busserole en préparation magistrale d’extraits standardisés sous forme liquide (EPS)

Association avec l’échinacée 1/3 pour 2/3 de busserole :

En cas de cystite avec baisse de défenses immunitaires en phase aiguë ou en prévention par cure de 8 à 10 jours (en alternance avec le mélange canneberge/piloselle ââ).

Association avec la piloselle 1/3 pour 2/3 de busserole :

Dans le traitement de cystite débutante, douloureuse ou avec hématurie. En prévention des colibacilloses à répétition, de cystites à urines claires ou encore d’inflammation des voies urinaires.

Association avec l’orthosiphon :

Pour les suites de colique néphrétique, inflammation des voies urinaires.

Association avec le mélilot :

Contre la congestion douloureuse du petit bassin et pour la cicatrisation des muqueuses urinaires au décours d’une cystite ou pyélonéphrite traitée par antibiothérapie.

 

Sources bibliographiques médicales et essais cliniques :

 

Clémentine. M.
Naturopathe – Aromathérapeute / Herboriste – Phytothérapeute
Consultante en phyto-aromathérapie Clinique et Ethnomédecine

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